
Le San José, un trésor englouti devenu affaire d’État
Le San José n’est pas un simple galion de commerce. En 1708, il est au cœur du système financier de l’empire espagnol, chargé d’acheminer vers l’Europe les richesses extraites des mines du Pérou et de la Nouvelle-Grenade. À son bord se trouvent des tonnes d’or et d’argent, mais aussi des émeraudes, destinées à financer l’effort de guerre espagnol contre l’Angleterre et ses alliés.
Intercepté par une escadre britannique au large de Carthagène des Indes, le San José est touché lors de l’affrontement. Une explosion interne, probablement liée à la soute à poudre, provoque son naufrage quasi immédiat, entraînant la mort de la majorité de l’équipage.
Si la Colombie annonce en 2015 avoir localisé l’épave à grande profondeur, son statut reste gelé. Le San José est revendiqué comme navire d’État par l’Espagne, tandis que la Colombie considère l’épave comme faisant partie de son patrimoine subaquatique. À cela s’ajoutent des débats sur la conservation scientifique, l’interdiction du pillage et le respect des sépultures marines. Résultat : l’épave est connue, mais toujours inaccessible, transformée en symbole des tensions entre archéologie, souveraineté et mémoire historique.
Le Flor de la Mar, le naufrage qui hante encore l’histoire portugaise

Construit en 1502, le Flor de la Mar est l’un des plus imposants navires portugais de son temps, mais aussi l’un des plus controversés. Conçu à l’origine pour le commerce des épices entre l’Inde et l’Europe, il s’avère rapidement trop lourd et structurellement fragile pour affronter durablement les mers d’Asie. Malgré cela, il est réutilisé dans un contexte militaire majeur : la prise de Malacca en 1511, carrefour stratégique du commerce asiatique.
Après la conquête de la ville, le Flor de la Mar est chargé d’un butin colossal, décrit dans les chroniques comme un mélange d’or massif, de bijoux royaux, d’objets cérémoniels et de richesses issues des échanges entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Le navire quitte Malacca en pleine mousson, surchargé, avec une coque déjà affaiblie par les années.
Pris dans une violente tempête dans le détroit de Malacca, il s’échoue sur des récifs et se disloque rapidement. La majorité du trésor disparaît avec lui. Depuis, la zone supposée du naufrage a profondément évolué : sédiments mobiles, mangroves, déplacements du littoral. Les historiens estiment que l’épave a pu être ensevelie, fragmentée ou totalement dispersée, rendant toute localisation extrêmement difficile, malgré cinq siècles de recherches.
Le HMS Sussex, l’or diplomatique disparu en Méditerranée

Le HMS Sussex est un puissant navire de ligne de la Royal Navy, engagé dans une mission aussi stratégique que discrète. En 1694, il transporte une cargaison d’or exceptionnelle destinée à soutenir des alliances européennes contre la France de Louis XIV. Cette cargaison n’est pas commerciale : elle est diplomatique, destinée à influencer l’équilibre des puissances en Europe.
Pris dans une tempête au large du détroit de Gibraltar, le navire sombre avec près de 500 marins. Les récits de l’époque évoquent un naufrage brutal, dans une zone où les fonds plongent rapidement à plusieurs centaines de mètres. Contrairement à d’autres épaves historiques, aucune trace visuelle formelle n’a jamais confirmé sa localisation.
Depuis les années 1990, plusieurs campagnes de recherche ont été menées à l’aide de sonars et de véhicules téléopérés. Mais la topographie complexe, combinée à la profondeur extrême, rend toute identification définitive délicate. Le HMS Sussex est aujourd’hui considéré comme l’une des épaves les plus difficiles à explorer de Méditerranée, à la frontière entre mythe documenté et réalité inaccessible.
Le Merchant Royal, le trésor anglais qui défie l’Atlantique
Le Merchant Royal quitte les Caraïbes en 1641 chargé d’une cargaison exceptionnelle, résultat du commerce entre l’Angleterre et l’empire espagnol. À son bord se trouvent des pièces d’or, des lingots d’argent, mais aussi des richesses privées appartenant à des marchands et investisseurs européens.
Victime d’une voie d’eau irréparable, le navire sombre au large des Cornouailles après plusieurs tentatives de remorquage. Des témoignages contemporains décrivent un naufrage progressif, laissant espérer que l’épave soit restée relativement intacte. Pourtant, malgré ces indications précises, sa position exacte n’a jamais été confirmée.
Les fonds atlantiques de la région sont vastes, profonds et balayés par des courants puissants. Le Merchant Royal est devenu un symbole de la fragilité du commerce maritime au XVIIe siècle, où des fortunes colossales pouvaient disparaître à quelques milles des côtes, sans laisser de trace durable.
Le SS Port Nicholson, le mythe moderne d’un trésor de guerre

Le SS Port Nicholson est torpillé en 1942 par un sous-marin allemand alors qu’il navigue au large de la côte Est des États-Unis. Officiellement, il transporte des véhicules et du matériel militaire. Mais des documents apparus plusieurs décennies plus tard suggèrent une cargaison bien plus sensible : plusieurs tonnes de platine, destinées à l’Union soviétique dans le cadre des accords financiers alliés.
Des expéditions privées ont exploré l’épave à partir des années 2000. Si le navire a bien été localisé, aucune preuve formelle de la présence du platine n’a été apportée. Certains historiens estiment que la cargaison n’a jamais existé, tandis que d’autres pensent qu’elle pourrait être dissimulée dans des compartiments encore inaccessibles.
Le Port Nicholson illustre parfaitement la différence entre épaves anciennes et épaves modernes : ici, les archives existent, mais sont incomplètes ou classifiées, et le mystère ne vient plus du temps, mais de la guerre et du secret d’État.
Des épaves qui interrogent notre rapport à l’histoire engloutie
Ces navires disparus ne sont pas seulement des trésors potentiels. Ils sont devenus des objets d’étude, de débat et parfois de conflit. À mesure que les technologies progressent, la question n’est plus seulement de savoir si ces épaves seront retrouvées, mais dans quelles conditions, et avec quels objectifs.
Car tant qu’elles resteront hors d’atteinte, ces épaves mythiques continueront de rappeler que les océans demeurent l’un des derniers grands territoires de mystère de notre planète.
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