Les épaves mythiques encore recherchées aujourd’hui

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Malgré des décennies de progrès en océanographie, en cartographie des fonds marins et en robotique sous-marine, certaines épaves majeures demeurent introuvables. Leur disparition ne relève pas seulement de la légende : elle s’explique par la violence des naufrages, l’immensité des zones de recherche, la fragilité des archives et, parfois, par des enjeux politiques qui freinent volontairement les explorations. Ces navires, chargés d’or, d’artefacts ou de secrets d’État, incarnent aujourd’hui les plus grandes énigmes du patrimoine maritime mondial.

Malgré des décennies de progrès en océanographie, en cartographie des fonds marins et en robotique sous-marine, certaines épaves majeures demeurent introuvables. Leur disparition ne relève pas seulement de la légende : elle s’explique par la violence des naufrages, l’immensité des zones de recherche, la fragilité des archives et, parfois, par des enjeux politiques qui freinent volontairement les explorations. Ces navires, chargés d’or, d’artefacts ou de secrets d’État, incarnent aujourd’hui les plus grandes énigmes du patrimoine maritime mondial.
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Le San José, un trésor englouti devenu affaire d’État

Le San José n’est pas un simple galion de commerce. En 1708, il est au cœur du système financier de l’empire espagnol, chargé d’acheminer vers l’Europe les richesses extraites des mines du Pérou et de la Nouvelle-Grenade. À son bord se trouvent des tonnes d’or et d’argent, mais aussi des émeraudes, destinées à financer l’effort de guerre espagnol contre l’Angleterre et ses alliés.
Intercepté par une escadre britannique au large de Carthagène des Indes, le San José est touché lors de l’affrontement. Une explosion interne, probablement liée à la soute à poudre, provoque son naufrage quasi immédiat, entraînant la mort de la majorité de l’équipage.
Si la Colombie annonce en 2015 avoir localisé l’épave à grande profondeur, son statut reste gelé. Le San José est revendiqué comme navire d’État par l’Espagne, tandis que la Colombie considère l’épave comme faisant partie de son patrimoine subaquatique. À cela s’ajoutent des débats sur la conservation scientifique, l’interdiction du pillage et le respect des sépultures marines. Résultat : l’épave est connue, mais toujours inaccessible, transformée en symbole des tensions entre archéologie, souveraineté et mémoire historique.

Le Flor de la Mar, le naufrage qui hante encore l’histoire portugaise

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Construit en 1502, le Flor de la Mar est l’un des plus imposants navires portugais de son temps, mais aussi l’un des plus controversés. Conçu à l’origine pour le commerce des épices entre l’Inde et l’Europe, il s’avère rapidement trop lourd et structurellement fragile pour affronter durablement les mers d’Asie. Malgré cela, il est réutilisé dans un contexte militaire majeur : la prise de Malacca en 1511, carrefour stratégique du commerce asiatique.
Après la conquête de la ville, le Flor de la Mar est chargé d’un butin colossal, décrit dans les chroniques comme un mélange d’or massif, de bijoux royaux, d’objets cérémoniels et de richesses issues des échanges entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Le navire quitte Malacca en pleine mousson, surchargé, avec une coque déjà affaiblie par les années.
Pris dans une violente tempête dans le détroit de Malacca, il s’échoue sur des récifs et se disloque rapidement. La majorité du trésor disparaît avec lui. Depuis, la zone supposée du naufrage a profondément évolué : sédiments mobiles, mangroves, déplacements du littoral. Les historiens estiment que l’épave a pu être ensevelie, fragmentée ou totalement dispersée, rendant toute localisation extrêmement difficile, malgré cinq siècles de recherches.

Le HMS Sussex, l’or diplomatique disparu en Méditerranée

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Le HMS Sussex est un puissant navire de ligne de la Royal Navy, engagé dans une mission aussi stratégique que discrète. En 1694, il transporte une cargaison d’or exceptionnelle destinée à soutenir des alliances européennes contre la France de Louis XIV. Cette cargaison n’est pas commerciale : elle est diplomatique, destinée à influencer l’équilibre des puissances en Europe.
Pris dans une tempête au large du détroit de Gibraltar, le navire sombre avec près de 500 marins. Les récits de l’époque évoquent un naufrage brutal, dans une zone où les fonds plongent rapidement à plusieurs centaines de mètres. Contrairement à d’autres épaves historiques, aucune trace visuelle formelle n’a jamais confirmé sa localisation.
Depuis les années 1990, plusieurs campagnes de recherche ont été menées à l’aide de sonars et de véhicules téléopérés. Mais la topographie complexe, combinée à la profondeur extrême, rend toute identification définitive délicate. Le HMS Sussex est aujourd’hui considéré comme l’une des épaves les plus difficiles à explorer de Méditerranée, à la frontière entre mythe documenté et réalité inaccessible.

Le Merchant Royal, le trésor anglais qui défie l’Atlantique

Le Merchant Royal quitte les Caraïbes en 1641 chargé d’une cargaison exceptionnelle, résultat du commerce entre l’Angleterre et l’empire espagnol. À son bord se trouvent des pièces d’or, des lingots d’argent, mais aussi des richesses privées appartenant à des marchands et investisseurs européens.
Victime d’une voie d’eau irréparable, le navire sombre au large des Cornouailles après plusieurs tentatives de remorquage. Des témoignages contemporains décrivent un naufrage progressif, laissant espérer que l’épave soit restée relativement intacte. Pourtant, malgré ces indications précises, sa position exacte n’a jamais été confirmée.
Les fonds atlantiques de la région sont vastes, profonds et balayés par des courants puissants. Le Merchant Royal est devenu un symbole de la fragilité du commerce maritime au XVIIe siècle, où des fortunes colossales pouvaient disparaître à quelques milles des côtes, sans laisser de trace durable.

Le SS Port Nicholson, le mythe moderne d’un trésor de guerre

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Le SS Port Nicholson est torpillé en 1942 par un sous-marin allemand alors qu’il navigue au large de la côte Est des États-Unis. Officiellement, il transporte des véhicules et du matériel militaire. Mais des documents apparus plusieurs décennies plus tard suggèrent une cargaison bien plus sensible : plusieurs tonnes de platine, destinées à l’Union soviétique dans le cadre des accords financiers alliés.
Des expéditions privées ont exploré l’épave à partir des années 2000. Si le navire a bien été localisé, aucune preuve formelle de la présence du platine n’a été apportée. Certains historiens estiment que la cargaison n’a jamais existé, tandis que d’autres pensent qu’elle pourrait être dissimulée dans des compartiments encore inaccessibles.
Le Port Nicholson illustre parfaitement la différence entre épaves anciennes et épaves modernes : ici, les archives existent, mais sont incomplètes ou classifiées, et le mystère ne vient plus du temps, mais de la guerre et du secret d’État.

Des épaves qui interrogent notre rapport à l’histoire engloutie

Ces navires disparus ne sont pas seulement des trésors potentiels. Ils sont devenus des objets d’étude, de débat et parfois de conflit. À mesure que les technologies progressent, la question n’est plus seulement de savoir si ces épaves seront retrouvées, mais dans quelles conditions, et avec quels objectifs.
Car tant qu’elles resteront hors d’atteinte, ces épaves mythiques continueront de rappeler que les océans demeurent l’un des derniers grands territoires de mystère de notre planète.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.