Carte papier, tablette, traceur : survivre à la panne numérique en mer

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Par Le Figaro Nautisme

Traceurs multifonctions, tablettes, GPS, AIS, météo embarquée… Jamais la navigation n’a été aussi précise ni aussi confortable. Mais jamais elle n’a été aussi dépendante d’un même flux de données. À bord, le jour où l’électronique s’éteint ou, pire, se trompe sans le dire, la situation peut rapidement devenir critique. Comment organiser une redondance réellement efficace, identifier les pannes les plus fréquentes et continuer à naviguer proprement quand les écrans disparaissent ? Décryptage d’une sécurité moderne qui ne s’improvise pas.

Traceurs multifonctions, tablettes, GPS, AIS, météo embarquée… Jamais la navigation n’a été aussi précise ni aussi confortable. Mais jamais elle n’a été aussi dépendante d’un même flux de données. À bord, le jour où l’électronique s’éteint ou, pire, se trompe sans le dire, la situation peut rapidement devenir critique. Comment organiser une redondance réellement efficace, identifier les pannes les plus fréquentes et continuer à naviguer proprement quand les écrans disparaissent ? Décryptage d’une sécurité moderne qui ne s’improvise pas.

Carte papier, tablette, traceur : comment naviguer en sécurité à l’heure du tout numérique ?

Le progrès numérique a profondément transformé la navigation de plaisance. En quelques décennies, le navigateur est passé d’une lecture patiente de cartes papier et de calculs compliqués à une position instantanée affichée sur plusieurs écrans, enrichie de couches d’informations toujours plus nombreuses. Routes calculées, dangers signalés, météo intégrée, alarmes automatiques : la promesse est séduisante. Pourtant, derrière cette précision apparente se cache une vulnérabilité nouvelle, souvent sous-estimée.

Le danger moderne n’est plus seulement la panne franche, celle qui plonge brutalement le bateau dans le noir électronique. Il est aussi, et surtout, la panne cohérente. Celle qui fournit une information fausse mais crédible, reprise par l’ensemble des systèmes de bord, et acceptée sans remise en question par l’équipage.

Le piège de la confiance numérique

Sur de nombreux bateaux, la position donnée par les satellites alimente simultanément le traceur, la tablette, l’AIS, parfois la VHF ASN et même certaines fonctions du pilote automatique. Une seule source erronée peut ainsi contaminer toute la chaîne décisionnelle. L’écran ne s’éteint pas, il continue à afficher une route, une position, une certitude.

Les enquêtes d’accidents maritimes montrent régulièrement ce scénario : des navigateurs attentifs, expérimentés, mais piégés par une information numérique jugée fiable parce qu’elle est cohérente partout. Le regard quitte alors progressivement l’environnement réel pour se concentrer sur l’écran. Lorsque la divergence est enfin perçue, la marge de manœuvre est parfois déjà réduite.

À cela s’ajoutent des phénomènes désormais bien identifiés. Les perturbations des signaux satellites, longtemps considérées comme marginales, sont aujourd’hui reconnues comme un enjeu réel de sécurité maritime dans certaines zones. Brouillages, interférences, dégradations temporaires de précision peuvent affecter la navigation sans provoquer de panne visible. L’information existe, mais elle n’est plus exacte.

Des pannes souvent banales, aux conséquences sérieuses

Contrairement aux idées reçues, les pannes numériques les plus courantes ne sont pas spectaculaires. Elles sont souvent triviales. Une batterie fatiguée, une alimentation mal répartie, un alternateur défaillant ou une connexion oxydée suffisent à faire disparaître l’ensemble des aides électroniques.

D’autres pannes sont plus insidieuses. Une antenne GNSS défectueuse, un câble endommagé, un capteur mal configuré peuvent fournir une position erronée sans déclencher d’alarme. L’erreur se propage alors silencieusement à tous les équipements connectés.

Il faut également compter avec les erreurs d’affichage. Une cartographie non mise à jour, une mauvaise échelle, une couche d’information masquée ou un réglage inadapté peuvent faire disparaître un danger réel de l’écran. Là encore, le problème n’est pas l’absence d’information, mais sa mauvaise interprétation.

Enfin, certaines perturbations inattendues, comme des interférences électromagnétiques à bord, peuvent dégrader la réception VHF ou AIS sans que l’équipage n’en identifie immédiatement la cause. La sécurité se fragilise par accumulation de petits dysfonctionnements.

La vraie redondance ne consiste pas à multiplier les écrans

Face à ces risques, le réflexe le plus courant consiste à doubler les équipements. Pourtant, deux écrans alimentés par la même source de position, la même alimentation électrique et la même cartographie ne constituent pas une redondance, mais une duplication.

Une redondance efficace repose sur des niveaux réellement indépendants. Le premier niveau est celui du numérique principal, utilisé au quotidien. Il offre confort et précision, à condition d’être systématiquement confronté à la réalité : cap compas, sonde, amers visuels, logique du plan d’eau.

Le second niveau est un numérique de secours autonome. Indépendance électrique, batterie propre, idéalement une autre source de position ou au minimum un cheminement différent. Ce matériel ne doit pas rester théorique. Il doit être chargé, accessible et utilisé régulièrement pour rester opérationnel.

Le troisième niveau est l’analogique. Non pas par nostalgie, mais par nécessité. Quelques cartes papier pertinentes, un compas fiable, une montre, une estimation cohérente de la vitesse et un livre de bord tenu avec rigueur constituent la seule base réellement indépendante de toute électronique.

Savoir basculer sans improviser

Lorsque l’électronique disparaît, deux erreurs opposées guettent le navigateur. Continuer comme si de rien n’était ou, au contraire, se figer face à la perte d’information. La bonne réaction consiste à « acheter du temps ».

Réduire la vitesse, simplifier la situation, s’éloigner des dangers si possible ou se placer dans une configuration stable permet de reconstruire une navigation sereine. La bascule vers une navigation « à l’ancienne » doit être anticipée, écrite, comprise par l’équipage. Les analyses d’accidents soulignent un facteur récurrent : l’absence de vérification indépendante. Une route construite par une seule personne, sans contrôle croisé, laisse passer des erreurs qui deviennent ensuite la vérité du bord.

Naviguer sans écrans : une compétence toujours actuelle

Quand tout s’éteint, la mer ne change pas. Les dangers non plus. Ce qui change, c’est la manière de fabriquer une position.

La base reste l’estime. Cap suivi, vitesse estimée, temps mesuré. Cette position n’est pas parfaite, mais elle est explicable et évolutive. Elle permet de conserver une cohérence globale et de rester maître de sa navigation.

La profondeur offre ensuite des indices précieux. Comparée à la cartographie papier, elle permet de confirmer ou d’infirmer une hypothèse de position, en tenant compte de la marée et de la nature des fonds.

Enfin, le visuel reprend toute sa place. Relèvements, alignements, identification d’amers, croisement d’informations. Accepter une zone d’incertitude est souvent plus sain que de s’accrocher à un point numérique illusoire.

Météo et navigation : ne pas perdre la vision d’ensemble

La panne électronique affecte aussi la météo embarquée. Dans une navigation sérieuse, la météo ne se limite pas à une consultation ponctuelle. Elle s’inscrit dans une analyse continue, avec des tendances notées, des scénarios anticipés et des options de repli identifiées.

C’est dans ce cadre que l’expertise fournie par des services sérieux comme ceux de METEO CONSULT Marine prend toute sa valeur. Une information fiable sert non seulement à décider, mais aussi à documenter la décision et à conserver une cohérence stratégique même en cas de perte des outils numériques. 

S’entraîner pour éviter la sidération

La meilleure redondance reste inutile si elle n’est jamais utilisée. De nombreux navigateurs expérimentés pratiquent volontairement des séquences sans écrans, en conditions faciles. L’objectif n’est pas de revenir en arrière, mais de vérifier que la bascule est réelle, fluide et comprise par tous.

Ces exercices simples révèlent souvent des failles invisibles : compas peu lisible, cartes mal rangées, habitudes perdues. Ils permettent surtout d’éviter le véritable danger de la panne numérique : la sidération.

Rester navigateur avant tout

Le numérique a profondément amélioré la sécurité et le confort en mer. Il n’a pas supprimé la nécessité de comprendre, d’observer et de décider. Les incidents liés aux systèmes de navigation modernes rappellent une vérité immuable : la technologie est un outil, pas une garantie.

Carte papier, tablette, traceur ne sont pas des choix exclusifs. La sécurité repose sur une architecture cohérente, acceptant la panne, refusant la confiance aveugle et permettant, à tout moment, de revenir à une navigation fondée sur des preuves plutôt que sur des certitudes.

Pour vous accompagner dans vos navigations, pensez à vous équiper du Bloc Marine papier qui, lui, ne tombera jamais en panne !

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.