Voir sans s’exposer : comment les drones transforment la plaisance ?

Equipements
Par Mark Bernie

Longtemps perçus comme de simples outils capables de générer des images inédites, les drones maritimes se sont faits maintenant une place à bord. Inspection, sécurité, secours, observation scientifique : leur rôle s’élargit à mesure que les usages se précisent. Sans remplacer l’expérience ni la prudence du marin, ils apportent un regard nouveau, souvent décisif, sur un milieu où l’erreur peut coûter cher.

Longtemps perçus comme de simples outils capables de générer des images inédites, les drones maritimes se sont faits maintenant une place à bord. Inspection, sécurité, secours, observation scientifique : leur rôle s’élargit à mesure que les usages se précisent. Sans remplacer l’expérience ni la prudence du marin, ils apportent un regard nouveau, souvent décisif, sur un milieu où l’erreur peut coûter cher.
© Bellergy RC / Pixabay

Les drones, un changement discret mais profond

La révolution des drones en mer ne tient pas à leur sophistication technologique, mais à la façon dont ils modifient la prise de décision. En navigation, tout commence par l’observation : comprendre l’environnement, anticiper une manœuvre, identifier un danger. Pendant longtemps, cette lecture reposait sur l’œil du marin, les jumelles, parfois la plongée ou la montée au mât. Le drone ajoute une capacité simple mais déterminante : voir sans s’exposer.

Aujourd’hui, le terme recouvre plusieurs réalités. Le drone aérien offre une vision globale et immédiate. Le drone sous-marin permet d’explorer ce qui se passe sous la ligne de flottaison sans mise à l’eau humaine. Quant aux drones de surface autonomes, encore rares en plaisance, ils sont déjà utilisés par les scientifiques et les services météo pour collecter des données en mer agitée. Tous participent à la même évolution : réduire l’incertitude avant l’action.

À bord, un outil de prévention plus qu’un gadget

En croisière, l’usage le plus répandu du drone reste l’inspection. Examiner un gréement, vérifier une tête de mât, contrôler l’état d’une voile ou d’un accastillage exposé devient possible sans monter ni improviser. Les navigateurs qui l’utilisent régulièrement parlent d’un gain de temps, mais surtout d’une baisse sensible de la prise de risque.

Sous l’eau, le raisonnement est identique. Après un choc, une vibration inhabituelle ou un mouillage douteux, le drone sous-marin permet de comprendre la situation avant d’agir. Ce regard immédiat évite bien des hypothèses hasardeuses et permet de décider calmement : intervenir, attendre ou modifier le programme.

Certains plaisanciers l’utilisent aussi pour mieux lire leur environnement immédiat. Observer l’état d’une passe, visualiser un clapot à l’extérieur d’un abri ou comprendre le comportement d’une zone de déferlement apporte une information locale précieuse. La prévision reste essentielle, et l’expertise d’un service météo professionnel demeure indispensable, mais le drone complète cette lecture en offrant l’image du moment, au bon endroit.

Secours en mer : gagner du temps quand chaque minute compte

C’est dans le domaine du sauvetage que l’intérêt des drones apparaît le plus clairement. En situation de recherche, la difficulté première n’est pas toujours d’intervenir, mais de localiser. En mer, la surface est vaste, les contrastes faibles, et le temps joue contre les équipes.

Les retours d’expérience montrent que le drone agit comme un accélérateur. Vue aérienne rapide, balayage ciblé d’une zone, guidage précis des moyens nautiques : il ne remplace ni le canot ni l’équipage, mais il améliore considérablement la connaissance de la situation. Dans certains cas, la détection d’un mouvement ou d’une signature thermique permet de réduire drastiquement le temps de recherche.

Pour les plaisanciers, ces usages professionnels ont une résonance directe. Lors d’une situation d’homme à la mer, conserver le contact visuel est souvent le point critique. Le drone offre une chance supplémentaire de maintenir cette localisation, surtout dans une mer formée ou par visibilité réduite.

L’exploration scientifique, moteur silencieux de l’innovation

Loin des pontons, les drones maritimes sont devenus des outils centraux pour les scientifiques. En surface comme sous l’eau, ils permettent d’aller observer des zones dangereuses ou inaccessibles, sans exposer d’équipage. Leur capacité à collecter des données répétables, sur de longues durées, a profondément modifié la recherche océanographique et météorologique.

Les missions d’observation de systèmes dépressionnaires ou de cyclones illustrent cette évolution. Les drones de surface autonomes peuvent traverser des zones de mer extrême, mesurer vents, vagues et échanges entre l’océan et l’atmosphère, puis transmettre ces données aux centres de prévision. Ces informations nourrissent directement les modèles utilisés par les services météo, avec un bénéfice concret pour l’ensemble des navigateurs.

Cette science appliquée rappelle une réalité essentielle : le drone n’est pas seulement une caméra volante ou immergée. C’est avant tout un capteur mobile, capable d’améliorer la compréhension d’un milieu complexe.

Image et photographie : un usage séduisant mais exigeant

La démocratisation des drones aériens a profondément renouvelé l’image maritime. Pour les photographes professionnels, ils offrent des angles inédits, autrefois réservés à des moyens lourds. Pour les amateurs, ils permettent de documenter une navigation, un mouillage ou un littoral avec une liberté nouvelle.

Mais cet usage est aussi celui qui demande le plus de rigueur. Voler en mer ne dispense pas du respect des règles, ni des principes élémentaires de sécurité. Préparation, anticipation, maîtrise du matériel et respect des zones autorisées sont indispensables. Le drone impose une discipline, sous peine de transformer un outil utile en source de danger.

Sous l’eau, l’image séduit également, mais la réalité est souvent plus complexe que les vidéos promotionnelles. Visibilité, lumière, courant et faune conditionnent fortement le résultat. Là encore, le drone n’est pas magique : il exige de l’expérience et une bonne compréhension du milieu.

Vers une intégration naturelle à la navigation moderne

L’avenir des drones maritimes se joue désormais dans leur intégration. Intégration réglementaire, avec des cadres de plus en plus clairs. Intégration opérationnelle, avec des outils plus simples, plus fiables, et réellement adaptés à la vie à bord. Et intégration culturelle, surtout : apprendre à considérer le drone non comme un gadget spectaculaire, mais comme un instrument d’observation parmi d’autres.

Pour le plaisancier, la question n’est pas de savoir s’il faut embarquer un drone, mais pourquoi et comment l’utiliser. Lorsqu’il permet de vérifier sans danger, de comprendre plus vite ou d’agir avec plus de discernement, il trouve naturellement sa place.

Alors, on embarque un drone ?

Les drones maritimes ne remplacent ni l’expérience, ni la prudence, ni la lecture attentive de la météo. Ils complètent. En apportant une vision nouvelle, parfois décisive, ils réduisent l’incertitude dans un environnement où elle est permanente. Inspection, secours, exploration, observation : leur utilité s’étend à mesure que les usages se structurent.

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.