Faut-il manger des oursins pour sauver les algues ?
En Méditerranée, les algues, jouent un rôle fondamental. Elles produisent de l’oxygène, elles sont le premier étage de la chaîne alimentaire, servent d’abri et de nurserie à de nombreuses espèces marines dont les poissons. Elles stabilisent les fonds marins et en stockant du carbone, elles atténuent les effets du changement climatique. Lorsqu’elles disparaissent, c’est tout l’écosystème qui s’appauvrit et dysfonctionne. Or, dans de nombreuses zones côtières, les scientifiques observent une transformation inquiétante des fonds marins en « déserts sous-marins », presque dépourvus de végétation. Dans ce cas, ce n’est pas la pollution qui est le responsable.
Un herbivore naturel en Méditerranée
L’oursin violet (Paracentrotus lividus) est un herbivore naturel de la Méditerranée. En temps normal, il participe à l’équilibre de l’écosystème en broutant les algues. Mais quand sa population explose et qu’il devient surabondant, il détruit les peuplements d’algues le problème apparaît lorsque sa population explose. Cette surabondance est principalement due à la surpêche des prédateurs naturels comme les poissons (sars, girelles, dorades) et les crustacés, le réchauffement de l’eau et la réglementation de la pêche commerciale et de loisirs. C’est bien là qu’il y a un paradoxe. Cette espèce est réglementée pour maintenir ses populations notamment pour une exploitation commerciale mais sans prédateurs pour les réguler, les oursins se multiplient et consomment les algues plus vite qu’elles ne repoussent, laissant derrière eux des fonds rocheux nus ou ras. On passe de petites forêts sous-marines à des pelouses. Ceci à été démontré dans les zones plus protégées de nos côtes (Parc national de Port-Cros, Parc national des Calanques, réserve Naturelle de Cerbères Banyuls, réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio) mais aussi dans des dizaines d'autres zones de Méditerranée. On pourrait se dire que la perte des algues n’est qu’un souci écologique de plus mais nous avons notamment l’obligation de par les réglementations européennes à les maintenir en bonne santé. Algues à protéger et économie de l’oursin à maintenir. Faut-il choisir ou trouver le moyen de concilier les deux ?
Pêcher et manger des oursins : une solution écologique ?
Les populations d'oursins sur nos côtes ont diminué de manière importante depuis la création des stations d'épurations. Elles traitent efficacement les rejets en mer. Il y a donc moins de nourriture pour les larves d'oursins mais aussi pour les adultes qui filtrent aussi la matière organique. Même à l'heure actuelle, si vous voulez voir beaucoup d'oursins plongez à Cortiou, au droit du rejet de la station d’épuration de Marseille ! Les larves vivent jusqu'à 40 jours dans le plancton et les oursins adultes vendus sur nos côtes sont...italiens pour la plupart (1). La densité normale dans des zones non perturbées de Méditerranée est de moins d’un oursin par mètre carré. On considère qu’au-delà de cette valeur, l'écosystème dysfonctionne (perte de diversité, perte d'habitat, perte de nurseries de poissons). Face à ce constat, certains chercheurs et certains gestionnaires de zones marines proposent une idée pragmatique : réduire localement les populations d’oursins par la pêche, y compris pour la consommation humaine. Dans certaines zones pilotes, cette approche a montré des effets positifs. La densité des oursins a diminué entrainant une reprise progressive des algues et le rétablissement de certaines espèces associées (cas du Cap d'Agde). Dans ce contexte précis, manger des oursins peut donc contribuer à restaurer les peuplements algaux. Oui, mais ce n’est pas si simple.
Une fausse bonne idée si elle est mal encadrée
Cependant, cette solution comporte de nombreux risques si elle est appliquée sans précaution. Les oursins ne sont pas nuisibles par nature. Ils font partie intégrante de l’écosystème. S’ils sont trop pêchés, cela peut entrainer leur disparition locale notamment dans des zones marines où les populations sont déjà dans une phase de déclin. De plus, la surconsommation pourrait créer une pression commerciale, entraînant exactement les mêmes dérives que celles observées pour d’autres espèces marines.
Alors que faire ?
La majorité des spécialistes s’accordent sur le fait que manger en excès des oursins n’est pas une solution miracle. Cela peut être un outil parmi d’autres, à condition d’être strictement encadré et appliqué dans les zones où ils sont en surpopulation.
Finalement et de façon assez habituelle quand on parle d’écologie, cela revient à une question de choix de société : comment souhaitons-nous interagir avec les écosystèmes marins ?
Oui, manger des oursins peut aider à sauver les algues de Méditerranée, mais uniquement dans des contextes précis, encadrés scientifiquement et réglementairement. Et non, ce n’est pas une solution universelle, ni un substitut à la protection des écosystèmes marins. Au fond, la survie des algues méditerranéennes dépend moins de nos assiettes que de notre capacité collective à restaurer des mers vivantes et équilibrées.
(1) Pour une analyse récente de la situation voir Thouroude et al., 2025. How marine protected areas shape habitat complexity: interactions among algal communities, herbivores and predators. Marine Ecology Progress Series, 774:73-90.
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