
Une victoire familiale qui valide une vision technique
Le grand vainqueur au classement général IRC, et détenteur du RORC Transatlantic Trophy 2026, s’appelle Palanad 4, un Mach 50 français porté par un duo père-fils. À bord, Olivier Magre, propriétaire, a confié les choix sportifs à son fils Antoine, skipper du bateau. Une relation rare en course au large, fondée sur la confiance, qui a trouvé son aboutissement au terme d’une traversée exigeante.
Au-delà de l’émotion, cette victoire fait figure de démonstration technique. Le Mach 50, avec son étrave scow assumée, devait encore prouver sa pertinence en conditions océaniques. Vents soutenus, mer formée, rythme constant : le concept a tenu sur la durée et s’est montré redoutablement efficace sous jauge IRC. Pour Antoine Magre, ce succès valide des mois de réflexion et de préparation autour d’un bateau pensé pour le large, pas seulement pour la vitesse pure.
Duel de géants et record absolu en multicoque
La confrontation entre les MOD70 Argo et Zoulou a offert l’un des scénarios les plus intenses de cette édition. Au terme d’un véritable match race à l’échelle de l’Atlantique, Argo a établi un nouveau record multicoque sur le parcours Lanzarote–Antigua en 4 jours, 23 heures, 51 minutes et 15 secondes.
La performance impressionne par sa constance. Des journées entières à plus de 30 nœuds, une pression permanente exercée par Zoulou, et un écart final réduit à seulement 2 heures et 32 minutes. La victoire d’Argo s’est construite autant sur l’eau que dans les mois précédents, avec une préparation méticuleuse et une capacité à gérer un sérieux problème de safran en pleine course, sans jamais lever le pied.
Raven, la nouvelle frontière du monocoque océanique
En monocoque, Raven a marqué un tournant. Le Baltic 111 de 34 mètres devient le premier monocoque assisté par foils de cette taille à traverser l’Atlantique en course, tout en signant un record monocoque en 6 jours, 22 heures, 27 minutes et 47 secondes. Skippé par Damien Durchon, Raven a démontré qu’un foiler partiel pouvait conjuguer très haute performance et sécurité offshore. À plus de 30 nœuds, le bateau ne vole pas totalement mais s’appuie sur ses appendices pour gagner en stabilité et en contrôle. Une approche hybride qui pourrait bien inspirer l’avenir des grandes unités de course au large.
Ino Noir, la régularité récompensée
Derrière Palanad 4, Ino Noir s’est offert une solide 2e place au général IRC. Le Carkeek 45 de James Neville a traversé un Atlantique particulièrement éprouvant, marqué par un vent soutenu et une mer dure quasi permanente. Malgré des casses matérielles en fin de parcours qui ont contraint l’équipage à lever légèrement le rythme, le bateau britannique a tenu bon, confirmant sa capacité à jouer les premiers rôles sur la durée.
Jackknife, l’esprit corinthien dans toute sa force
Parmi les histoires marquantes de cette édition, celle de Jackknife occupe une place à part. Ce J/125 de 30 ans, mené par Sam Hall avec son père Andrew, a remporté IRC Two et terminé 3e au classement général IRC, face à une flotte bien plus récente et plus puissante. Piloté intégralement à la barre, jour et nuit, Jackknife a rappelé que la connaissance intime d’un bateau, la discipline d’équipage et la constance peuvent rivaliser avec les projets les plus modernes. Une performance qui incarne parfaitement l’ADN corinthien de la RORC Transatlantic Race.
Le double, un défi à part entière
La division double a mis en lumière des approches très différentes du large. Si le ketch Adrien a été le premier à rallier Antigua en temps réel, c’est le Pogo 12.50 Kornog 2 qui s’est imposé au classement corrigé. Une victoire acquise au terme de 13 jours d’efforts soutenus, démontrant l’efficacité des unités légères et modernes dans les traversées océaniques à deux.
Linnea Aurora, la maîtrise d’un géant
Avec ses 128 pieds et près de 160 tonnes, Linnea Aurora a remporté le Superyacht Trophy. Gérer une telle unité sur plus de 3 000 milles, tout en conservant un véritable rythme de course, souligne le niveau de préparation et de coordination nécessaire pour transformer une traversée en performance sportive crédible.
Maxitude et la reconnaissance du Yacht Club de France
Le Lift 45 Maxitude a bouclé la traversée en 10 jours et 12 heures, décrochant le Yacht Club de France Trophy. Pour Xavier Bellouard, ce succès représente l’aboutissement d’un objectif de longue date et une reconnaissance forte au sein de la tradition française de la course au large.
L’édition 2026 restera aussi associée au drame vécu par l’équipage de Walross 4. La perte d’un marin en plein Atlantique a profondément marqué la flotte. Le soutien apporté par l’organisation, les services de secours et l’ensemble des concurrents rappelle que, dans la course au large, la solidarité et le respect de la mer restent indissociables de la performance.
Cap sur 2027
La prochaine édition de la RORC Transatlantic Race s’élancera de Marina Lanzarote lors de la deuxième semaine de janvier 2027, dans le cadre du RORC Season’s Points Championship. À la lumière de 2026, une certitude s’impose : l’Atlantique continuera d’être ce juge implacable où seuls les projets solides, les équipages soudés et une préparation sans compromis peuvent prétendre s’exprimer pleinement.
vous recommande