
À Tortola, la dernière journée de course a offert un décor digne des grands classiques : ciel bleu, chaleur estivale, rafales jusqu’à 20 nœuds et un vent parfois capricieux, assez instable pour maintenir la tension jusqu’au bout. Une météo exigeante, mais parfaite pour faire ressortir les équipages les plus constants, les plus inspirés… et les plus nerveux.
Chris Haycraft, président de la régate et lui-même deuxième en Sport Multihull, résumait parfaitement l’état d’esprit général : malgré un vent parfois moins généreux qu’espéré, l’essentiel était là — des courses animées, des marins ravis et une régate mémorable. Sept belles manches sur trois jours dans la plupart des classes, un comité de course salué de tous, et cette sensation familière à BVI : celle d’un événement qui sait toujours livrer le spectacle.
Thunder and Lightning frappe fort
Parmi les grands temps forts de cette édition, la victoire du TF 10 Thunder and Lightning de John Hele en Performance Multihull a marqué les esprits. Pour une première participation au BVI Spring Regatta, l’équipage a signé une performance impressionnante avec trois victoires de manche en six courses, et surtout une victoire finale acquise avec un seul petit point d’avance sur le redoutable Gunboat 72 Layla.
Derrière eux, le superbe Nigel Irens 63 Sophia complète le podium. Hele, qui navigue entre les Bermudes, New York et Newport, ne cachait pas son enthousiasme : après une tentative contrariée l’an dernier, son retour dans les BVI a largement été récompensé. Il a notamment salué la beauté des parcours autour des îles et la qualité de la concurrence, avec un Layla constamment dans son sillage. Une lutte serrée jusqu’au bout, exactement ce qu’on attend d’une grande régate.
Apollo garde son cap dans la flotte CSA Spinnaker
Autre duel de haut niveau : celui de la classe CSA Spinnaker, où l’issue restait totalement ouverte avant la dernière journée. Apollo, le J121 de Don Nicholson, ne comptait alors qu’une demi-longueur d’avance sur Lady M, le Club Swan 42 de Joan Rodriguez, tandis que Kairos, le J105 d’Antolin Velasco, restait lui aussi dans le match.
Dans cette lutte sous haute pression, Apollo a su faire parler sa régularité. Nicholson expliquait avoir abordé la journée avec un objectif simple : faire deux manches propres, sans erreur, et limiter les fautes. Mission accomplie. Dans une classe où tout se joue souvent sur les détails, entre lecture des bascules de vent et gestion parfaite du rating, Apollo a tenu bon et s’est offert une victoire particulièrement savoureuse.

Des batailles de bareboats jusqu’à la dernière manche
La tension n’était pas moindre dans les classes CSA Bareboat. En Bareboat 1, l’équipe locale de Tortola embarquée sur Shore Thing/Team Riteway, un Sunsail 46, a fini par prendre le dessus avec 8 points, grâce notamment à deux victoires lors de la dernière journée. Les Salish Sisters, venues de Vancouver, terminent deuxièmes à seulement deux points, au terme d’une semaine faite de duels serrés et de nombreux changements de leader.
L’équipage de Shore Thing a mis en avant la qualité de la concurrence, l’excellente ambiance sur l’eau et l’apport précieux de la connaissance locale. Un mélange de maîtrise, d’adaptation et de plaisir partagé qui résume assez bien l’esprit de cette régate.
En CSA Bareboat 2, le suspense a duré jusqu’aux derniers bords. Le Dufour 41 Mistral s’est finalement imposé dans un mano a mano haletant face au Dufour 41 Topaz de Charlie Garrard. Là encore, tout s’est joué de très peu : un seul point au classement final. Terry McGloughlin, à bord de Mistral, racontait une journée marquée par des oscillations incessantes, des écarts minimes et une lutte tactique permanente. Le genre de scénario qui épuise les équipages… mais fait le bonheur des passionnés.
Dans la flotte Sport Multihull, la belle histoire est signée Barney Crook. À bord de son Corsair 31-1D Airgasm, il remporte la classe avec une belle marge sur son rival de longue date Chris Haycraft et son Corsair F31 Ting A Ling II. Une victoire qui a une saveur toute particulière : la dernière remontait à… 1986. Crook n’a pas seulement gagné, il a dominé une flotte relevée et animée, notamment par l’arrivée des Diam 24, présents pour la première fois. Il évoquait avec plaisir cette rivalité stimulante avec Haycraft, une opposition qui pousse chacun à se dépasser. Avec un équipage composé de marins locaux, dont son fils Adam, il a trouvé le bon rythme, la bonne alchimie, et surtout la vitesse. Résultat : une victoire nette, et en prime le trophée de Best BVI Boat.
Panacea X, Libertas, La Novia : les autres grands noms de 2026
Plusieurs autres bateaux ont également survolé leur catégorie cette année. En CSA Performance Cruising, Panacea X, le Salona 45 de Ben Daniels, a réalisé une semaine presque parfaite avec cinq victoires et une deuxième place, s’adjugeant la classe avec autorité. L’équipage a profité d’un groupe particulièrement expérimenté, d’une excellente lecture des parcours et de conditions favorables aux qualités du bateau.
En CSA Non-Spinnaker, Libertas, un Beneteau First 40, n’a laissé aucune chance à ses adversaires en remportant les six manches disputées. Une domination totale construite sur une navigation propre, rapide et parfaitement adaptée aux conditions changeantes. Du côté des Cruising Multihull, La Novia, le Leopard 50 de George Coutu, s’impose lui aussi avec maîtrise, malgré une opposition plus coriace que prévu de la part d’Avel Vaez, vainqueur l’an dernier en Performance Cruising. Une victoire acquise avec sérieux, qui donne déjà des envies de retour à l’équipage, lequel a d’ailleurs… réservé son emplacement pour l’an prochain. Enfin, en One Design IC24, c’est RIP, mené par Harry Bowerman, qui s’offre la première place devant Bravissimo, confirmant là aussi la densité du plateau.

Plus qu’une régate, une grande fête de la voile
Au-delà des résultats, cette édition 2026 a rappelé ce qui fait la singularité de la BVI Spring Regatta : un savant mélange de compétition de haut niveau, de convivialité et d’ancrage local. Les équipages ont salué l’organisation, la qualité de l’accueil à Nanny Cay Marina and Resort, ainsi que l’engagement impressionnant des bénévoles et des équipes sur l’eau.
Le Guy Eldridge Spirit of Enthusiasm Award a d’ailleurs été remis cette année aux volontaires des mark boats, récompensés pour leur travail remarquable tout au long de la semaine. Un hommage fort à ces femmes et ces hommes de l’ombre qui rendent possible le spectacle. Pour Miles Sutherland-Pilch, directeur général de Nanny Cay, cette régate reste le grand temps fort de l’année, autant pour mettre en valeur le site que pour célébrer l’énergie collective de toute la communauté nautique. Même tonalité chez la directrice de l’événement, Cayley Smit, qui a insisté sur la gratitude de l’organisation envers les compétiteurs, les bénévoles et les partenaires, tous essentiels à la réussite de ce rendez-vous.
Cap sur 2027
Au final, cette 53e BVI Spring Regatta & Sailing Festival restera comme une édition particulièrement réussie : des écarts minimes, des classements longtemps indécis, de nouveaux bateaux marquants et une atmosphère fidèle à la réputation des BVI. Une régate où l’on a beaucoup manœuvré, beaucoup transpiré, souvent douté… mais visiblement adoré chaque minute. Une chose est sûre : à peine la ligne d’arrivée franchie, beaucoup regardaient déjà vers l’année prochaine. Et à Nanny Cay, on est déjà prêt à recommencer.
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