Guerre des pavillons : pourquoi les plaisanciers français changent-ils de couleurs ?

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Longtemps, arborer un pavillon étranger était perçu comme une manœuvre d'initié ou un acte de rébellion administrative. Mais la donne a changé : le choix des couleurs à la poupe est devenu une décision stratégique, dictée par le programme de navigation et la gestion patrimoniale. Si le mythique pavillon belge a perdu de sa superbe, de nouvelles options comme la Pologne ou les îles Cook redessinent la carte de nos ports. Enquête sur un phénomène qui dépasse le simple cadre de l'immatriculation.

Longtemps, arborer un pavillon étranger était perçu comme une manœuvre d'initié ou un acte de rébellion administrative. Mais la donne a changé : le choix des couleurs à la poupe est devenu une décision stratégique, dictée par le programme de navigation et la gestion patrimoniale. Si le mythique pavillon belge a perdu de sa superbe, de nouvelles options comme la Pologne ou les îles Cook redessinent la carte de nos ports. Enquête sur un phénomène qui dépasse le simple cadre de l'immatriculation.

Sur les pontons de Port-Camargue, les pavillons tricolores côtoient désormais une diversité chromatique surprenante. Jean-Luc, propriétaire d'un sloop de 14 mètres, vient de troquer ses couleurs belges pour un pavillon polonais. « Ce n'est pas par manque de patriotisme, explique-t-il, mais par souci de simplification. Avec la fin de la validité simplifiée pour les non-résidents en Belgique, j'étais dans une impasse administrative. La Pologne m'a offert une solution pérenne, sans renouvellement annuel et reconnue mondialement ». Comme lui, des milliers de plaisanciers français ont dû revoir leur stratégie suite aux durcissements des législations européennes.

La fin de l’Eldorado belge et l’émergence polonaise

Pendant plus de vingt ans, le pavillon belge a été le refuge préféré des marins français. Sa popularité reposait sur une liberté quasi totale en matière d'équipement de sécurité, loin des contraintes de la Division 240 française. Mais en 2019 et 2020, Bruxelles a sifflé la fin de la récréation en imposant des critères de résidence ou une propriété majoritaire par des nationaux belges pour l'obtention de la « lettre de pavillon ». Ce verrouillage a jeté un froid sur les plaisanciers qui cherchaient avant tout la simplicité.

Aujourd'hui, c'est le pavillon polonais qui rafle la mise pour les unités de moins de 24 mètres. Contrairement à la France, la Pologne propose une immatriculation à vie, sans taxe annuelle de navigation et avec une procédure entièrement dématérialisée. Pour un coût initial d'environ 500 euros, un plaisancier s'affranchit des renouvellements bureaucratiques. Toutefois, il ne faut pas s'y tromper : pour un résident français naviguant dans les eaux territoriales, la « Loi Leroy » de 2016 reste implacable. Quel que soit le pavillon, si vous résidez en France, vous devez vous acquitter du droit annuel de navigation (le Passeport de Navigation) et respecter les règles de sécurité françaises dès lors que vous vous éloignez des côtes. L'intérêt du pavillon étranger est donc devenu plus administratif que purement fiscal pour le plaisancier sédentaire.

Les pavillons de grand large : l’option du patrimoine et de la discrétion

Pour les propriétaires de grandes unités ou ceux qui préparent un tour du monde, la réflexion s’oriente vers des horizons plus lointains. Les pavillons des îles Marshall, des îles Cook ou des îles Caïmans ne sont pas seulement des noms exotiques sur une carte ; ce sont des juridictions hautement spécialisées dans le yachting de luxe et la grande croisière. Ces pavillons offrent une flexibilité juridique inégalée, notamment en permettant de loger le bateau dans une structure sociétale (Type LLC) qui protège le patrimoine personnel du propriétaire en cas de litige maritime majeur.

Le choix d'un pavillon comme celui des îles Cook est particulièrement prisé pour les navigations hors Union Européenne. Il permet de s'affranchir des normes de marquage CE parfois contraignantes pour des navires construits hors Europe et offre une reconnaissance diplomatique solide dans les ports internationaux. C'est le choix qu'a fait Antoine, qui s'apprête à traverser le Pacifique : « En naviguant sous pavillon des îles Cook, je bénéficie d'une structure de gestion simplifiée pour mon équipage et d'une fiscalité adaptée à mon itinéraire mondial, tout en sachant que mon navire est enregistré sur une "liste blanche" de sécurité maritime ».

Une décision à prendre selon son programme

Le pavillon n'est plus une étiquette immuable, mais un outil que l'on adapte. Pour un navigateur côtier en Bretagne, le pavillon français reste souvent la solution la plus simple, offrant une assistance consulaire directe et une revente facilitée sur le marché local. À l'inverse, pour celui qui souhaite naviguer en Méditerranée orientale ou dans les Caraïbes, l'agilité d'un pavillon international devient un atout.

La sécurité reste cependant le maître-mot. Quelle que soit la couleur du pavillon, la préparation technique et la connaissance de l'environnement sont les seuls vrais garants d'une croisière réussie. En 2026, la guerre des pavillons n'est plus une quête de l'ombre fiscale, mais une recherche d'efficacité administrative pour passer plus de temps sur l'eau et moins de temps derrière un bureau.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.