Naviguer de nuit : repères, méthodes et réflexes pour une navigation maîtrisée en plaisance

Culture nautique
Par Mark Bernie

Naviguer de nuit en voilier ou en bateau à moteur ne s’improvise pas. Lecture des feux, réglage des instruments, veille, sécurité à bord, anticipation du trafic : voici un guide complet et concret pour les plaisanciers qui souhaitent franchir le pas et prendre la mer après le coucher du soleil.

Naviguer de nuit en voilier ou en bateau à moteur ne s’improvise pas. Lecture des feux, réglage des instruments, veille, sécurité à bord, anticipation du trafic : voici un guide complet et concret pour les plaisanciers qui souhaitent franchir le pas et prendre la mer après le coucher du soleil.
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Naviguer de nuit change radicalement la perception de la mer. Les distances paraissent différentes, les reliefs disparaissent, le vent semble plus présent, le trafic plus proche qu’il ne l’est réellement. Ce qui était familier de jour devient un univers de points lumineux et de silhouettes indistinctes. Pourtant, bien préparée, la navigation nocturne en plaisance n’a rien d’exceptionnel. Elle exige simplement davantage de méthode, d’anticipation et de discipline.
Il ne s’agit pas d’une pratique réservée aux marins aguerris ou aux équipages de course. En croisière, il arrive fréquemment de devoir terminer une traversée après le coucher du soleil, de partir avant l’aube pour profiter d’une fenêtre météo, ou d’entrer au port de nuit. Encore faut-il savoir comment s’y préparer.

 

Préparer la navigation avant la tombée du jour

La réussite d’une navigation nocturne se joue avant la nuit. Une route claire et validée sur la cartographie papier et électronique est indispensable. Les points de passage doivent être définis, les dangers identifiés, les alignements et feux remarquables repérés à l’avance.
La lecture des cartes demande une attention particulière aux caractéristiques des feux : couleur, rythme, période, portée lumineuse. Une bouée à éclats blancs toutes les 3 secondes ne se confond pas avec un feu isophase rouge. La nuit, ces détails deviennent la clé de l’identification. Les instruments doivent être opérationnels : GPS, sondeur, AIS si le bateau en est équipé. Il est prudent de vérifier l’éclairage du compas, le fonctionnement des feux de navigation et l’autonomie des batteries. Une panne électrique en navigation nocturne complique rapidement la situation. À bord, tout doit être sécurisé. Les déplacements sont moins évidents dans l’obscurité, même avec un éclairage minimal. Les gilets doivent être accessibles, les lampes frontales chargées, et une lampe étanche prête à l’usage.

 

Adapter sa vision et son éclairage

L’œil met du temps à s’adapter à l’obscurité, environ 20 à 30 minutes pour atteindre une vision nocturne optimale. Un éclairage blanc puissant à l’intérieur du bateau ruine immédiatement cette adaptation. C’est pourquoi l’éclairage rouge est privilégié à la table à cartes : il préserve la vision nocturne tout en permettant de lire. Sur le pont, les lampes frontales doivent être utilisées avec discernement. Un faisceau dirigé vers un équipier peut l’éblouir durablement. En navigation nocturne, la discrétion lumineuse est une règle de base.
Il faut également accepter que la perception des distances soit altérée. Une lumière fixe peut sembler proche alors qu’elle est située à plusieurs milles. Le radar ou l’AIS, lorsqu’ils sont disponibles, permettent de confirmer les estimations visuelles.

 

Lire et comprendre les feux en mer

La nuit, la mer se transforme en langage lumineux. Les feux de navigation des autres navires deviennent des informations essentielles : rouge à bâbord, vert à tribord, blanc à l’arrière. Identifier une route de collision potentielle repose sur une observation attentive et continue. Un feu blanc seul peut indiquer un navire au mouillage, un bateau à moteur vu de l’arrière, ou un pêcheur en action selon sa configuration. La vigilance est donc permanente. Vous pouvez retrouver le détail des feux et marques de nuit dans le Bloc Marine, votre indispensable à la navigation.  La règle reste identique à celle du jour : maintenir une veille efficace. En plaisance, cela signifie une présence active dans le cockpit, sans distraction. Les écrans ne remplacent pas l’observation visuelle.

 

Organiser la veille à bord

Même en équipage réduit, une organisation claire s’impose. Les quarts, même courts, permettent de conserver une attention constante. La fatigue augmente les erreurs d’interprétation, ralentit les réactions et altère le jugement. En navigation nocturne côtière, la charge mentale est plus importante qu’au large. Les dangers sont plus nombreux : casiers de pêche mal signalés, petits bateaux sans AIS, zones de trafic dense, entrées de port parfois peu lisibles. Il est recommandé de réduire la toile ou la vitesse si nécessaire. La priorité n’est pas la performance mais la maîtrise.

 

Entrer ou sortir d’un port de nuit

C’est souvent le moment le plus délicat pour un plaisancier. Les feux d’entrée peuvent se confondre avec les lumières de la ville. Un alignement bien préparé sur la carte facilite l’approche. La prudence impose une vitesse modérée et une anticipation des manœuvres. Les défenses et les amarres doivent être prêtes à l’avance. Chercher une place dans un port inconnu de nuit reste déconseillé sans préparation précise. Lorsque cela est possible, une arrivée de jour demeure préférable. La navigation nocturne ne doit pas être subie mais choisie.

 

Les conditions météo, un facteur amplifié

La nuit, le vent peut paraître plus soutenu, la mer plus formée. En réalité, c’est souvent la perception qui change. L’absence de repères visuels amplifie les sensations. La brume ou les entrées d’air froid en fin de journée peuvent réduire la visibilité. Une navigation nocturne par visibilité réduite demande un niveau d’attention nettement supérieur. Les prévisions météo doivent être consultées avant le départ, et actualisées si possible en cours de route.

 

Sécurité et redondance : une règle d’or

En plaisance, le principe de redondance reste fondamental. Le GPS est un outil précieux, mais la carte papier et le compas demeurent indispensables. Une panne d’écran en pleine nuit ne doit pas priver le navigateur de ses repères. Les phares et balises lumineuses constituent une aide visuelle irremplaçable. Même à l’ère du radar et de l’AIS, l’identification d’un feu côtier reste une confirmation rassurante de la position. La sécurité repose moins sur la technologie que sur la capacité à anticiper.

 

Une expérience exigeante mais enrichissante

Naviguer de nuit transforme le rapport à la mer. Le bruit du sillage devient plus présent, le ciel plus vaste, la concentration plus intense. Pour un plaisancier, c’est une étape importante, souvent redoutée avant d’être appréciée. Avec une préparation rigoureuse, une veille attentive et une navigation réfléchie, la nuit ne représente pas un danger supplémentaire, mais un environnement différent qu’il convient d’apprivoiser.
 

Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.