Rencontre avec Yves Parlier, navigateur reconverti dans les ailes de kite

Economie
Lundi 15 mars 2021 à 14h11

Pour rappel, près de 90% du transport mondial de marchandises passe par la voie maritime, et le secteur du fret maritime représente environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les objectifs affichés par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) sont de réduire de 40% les émissions de CO2 des navires en 2030. Si rien n’est entrepris, ces émissions pourraient bondir de 250 % d’ici l’horizon 2050.

Simultanément l’UE a un objectif de neutralité carbone en 2050 (article 4 de l'accord de Paris) pour réussir à contenir le réchauffement climatique. L'accord demande des réductions rapides d'émissions de gaz à effet de serre à travers des contributions nationales (NDC) révisées tous les cinq ans et à la fois une stratégie long terme.

Les grands navires de commerce n’ont pas toujours une bonne réputation au regard des émissions, et un ensemble de projets innovants commencent à voir le jour. Les voies explorées sont très différentes, mais à terme on peut s’attendre à voir des solutions mixtes et complémentaires de plusieurs sources d’énergie qui permettront non seulement de réduire la facture énergétique, mais aussi et surtout de réduire l’empreinte carbone.

Parmi les solutions explorées citons les plus abouties :

  • Le projet Solid Sail des Chantiers de l’Atlantique, dont le démonstrateur de 38 mètres de haut sera installé dans les prochains mois à Saint-Nazaire. Il s’agit d’un mât qui se bascule (pour permettre de réduire le tirant d’air sous les ponts) associé à une voile solide composée de panneaux qui se hissent et se déploient comme une voile.
  • Le cargo « Canopée », 121 mètres de long, en cours de construction et qui sera équipé de 4 ailes Oceanwings® pour une surface totale de voiles d’environ 1 450 m² (conçu par le célèbre cabinet d’architecture VPLP Design). Ces voiles assisteront le navire en sus d’une propulsion classique hybride GNL – gasoil. Le navire est destiné à transporter les éléments de la fusée Ariane 6 vers la Guyane. Ce navire devrait permettre une économie de 7 200 tonnes de CO2 par an, ce qui donnera environ 30% d’émissions polluantes en moins.
  • Les ailes de kite, développées, parmi d’autres acteurs, par Yves Parlier et sa société Beyond the Sea®.

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Yves Parlier dont le palmarès en course au large est éloquent (Vainqueur de la Mini Transat, de la Solitaire du Figaro, etc.), est aussi connu pour ses prouesses techniques lors du Vendée Globe 2000 / 2001, en réparant son mât cassé, en autonomie complète, seul sur une île isolée au Sud de la Nouvelle Zélande, puis à court de nourriture, finissant la course en se nourrissant d’algues…

Après de nombreux records à la barre de ses bateaux (toujours très innovants), Yves a pris la barre de Beyond the Sea®, qui développe des ailes de kite destinées à la propulsion vélique à bord des bateaux de plaisance (voile ou moteur), mais aussi avec l’ambition affirmée de se tourner vers les navires de commerce de toutes tailles…

L’équipe d’ingénieurs menée par Yves Parlier travaille sur l’utilisation d’ailes de kite comme mode de propulsion. L’avantage de ce mode réside dans le fait que l’intégration à bord est relativement simple et n’exige pas une conception dédiée ou des modifications drastiques.

Si l’idée d’Yves est d’équiper tout type et taille de navire, l’approche se veut rationnelle et par paliers successifs.

La gamme commence donc par des petites ailes dénommées LibertyKite®, dont la mise en œuvre est aisée, grâce à une surface relativement modeste (20m²) et au vol auto-stable. Les applications pour ce modèle sont variées, gain en autonomie pour des bateaux de plaisance à moteur désirant parcourir de grandes distances, ou à bord de voiliers en appoint aux voiles, ou alors en sécurité en cas de démâtage pour pouvoir rallier un port. Cette dernière application a été retenue par 12 skippers du Vendée Globe qui se sont équipés de LibertyKite®.

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© B. Gergaud

A ce jour près de 120 ailes ont été produites.

Il existe une aile plus grande, dénommée SeaKite® semi-automatisée et disposant d’électronique embarquée dont la surface atteint 40 à 50 m², et sans doute plus dans le futur. A partir de cette taille et afin d’améliorer la force de traction, l’aile de kite est dans un vol dynamique et la trajectoire décrit des 8 afin d’accélérer le vent apparent et d’augmenter drastiquement la force de traction sur les suspentes. L’objectif dans ce développement en cours est de disposer d’un ensemble intégrant un système automatisé (lanceur, récupération, pilotage) avec un niveau de fiabilité et de duplication garantie.

Enfin à moyen terme, c’est-à-dire à une échéance de 3 à 5 ans, l’idée est la mise en place d’ailes de kite de 200 m² et plus, qui modélisation à l’appui, apporterait en vol dynamique près de 20 tonnes de traction par 25 nœuds de vent réel. Lorsque l’on sait que la force de traction requise pour faire naviguer un porte-container de 350 mètres à 18 nœuds est de 100 tonnes, on apprécie l’intérêt des solutions complémentaires comme les ailes de kite. Ces ailes aux dimensions imposantes équiperaient des navires à partir de 60 mètres de longueur.

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Dans le cadre de ses activités, Beyond the Sea® s’est entouré de plusieurs partenaires techniques, tant au niveau académique (ENSTA Bretagne, Ecole Polytechnique, Mines Paris Tech et d’autres), qu’au niveau des entreprises avec entre autres l’armateur CMA-CGM. Ce dernier collabore non seulement au cahier des charges, mais aussi accompagne la R&D à ses différents stades de validation. Simultanément CMA CGM mène des études statistiques des différentes conditions météorologiques rencontrées sur les différentes routes maritimes afin d’estimer les gains d’une propulsion d’appoint avec une aile de kite. L’objectif à terme de l’armateur est de réduire de 5% sa consommation de carburant fossile.

On comprend que nous sommes encore à l’aube de l’usage des ailes de kite sur les grands navires de commerce comme complément dans un mix de solutions alternatives au pétrole, mais les volontés sont désormais en place au niveau des acteurs politiques et économiques, et Yves Parlier a embarqué dans ce nouveau défi avec détermination et des premiers résultats prometteurs.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.