Essai Isla 40 : la prestance des plus grands

Voiliers
Vendredi 2 juillet 2021 à 16h24

L’Isla 40 est la nouveauté surprise de la fin 2020 chez Fountaine Pajot. Une surprise d’autant plus aisée à cacher qu’elle repose sur la base du Lucia 40. Plus qu’un nouveau millésime, les nombreux changements opérés sur cette génération 2 méritaient bien une nouvelle appellation et surtout un essai complet. Les salons aux quatre coins du monde ayant été annulés les uns après les autres, nous avons attendu le printemps dernier et une magnifique journée dans le pertuis rochelais pour essayer celui qui inaugure désormais la gamme voile du chantier rochelais et se devait donc d’être à son image.

©Fountaine Pajot - Gilles Martin-Raget
L’Isla 40 est la nouveauté surprise de la fin 2020 chez Fountaine Pajot. Une surprise d’autant plus aisée à cacher qu’elle repose sur la base du Lucia 40. Plus qu’un nouveau millésime, les nombreux changements opérés sur cette génération 2 méritaient bien une nouvelle appellation et surtout un essai complet. Les salons aux quatre coins du monde ayant été annulés les uns après les autres, nous avons attendu le printemps dernier et une magnifique journée dans le pertuis rochelais pour essayer celui qui inaugure désormais la gamme voile du chantier rochelais et se devait donc d’être à son image.

« Tout ce qui se voit change, tout ce qui ne se voit pas reste ! »

Si un catamaran de 40 pieds contenterait nombre de plaisanciers, force est de constater que pour les leaders du marché il s’agit d’une entrée de gamme. Comme dans beaucoup d’autres domaines la rentabilité y est plus délicate à trouver, d’où le choix « industriel », à l’image de ce qui peut se faire dans l’automobile, d’utiliser une plateforme existante pour lancer un nouveau modèle. Les investissements en matière de moules sont réduits, et surtout la courbe d’apprentissage des opérateurs liée à toute nouveauté est extrêmement limitée. Au-delà de l’objectif économique et commercial, il y avait la volonté que le benjamin de la famille adopte les codes esthétiques et fonctions pratiques de ses grands frères, étrennés notamment à partir de l’Elba 45. La stratégie retenue peut donc se résumer à « tout ce qui se voit change, tout ce qui ne se voit pas reste ! », et le cocktail final est, il faut bien le dire, diablement séduisant.

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Il y a d’abord ces étraves inversées sans lesquelles un Fountaine-Pajot n’est (déjà !) plus tout à fait un membre à part entière de la famille. Il y a ensuite, dès que l’on a traversé le très beau cockpit revêtu de teck et entièrement de plain-pied, cet aménagement de nacelle qui change tout. Si le design du mobilier adopte bien entendu les dernières tendances esthétiques de la marque, de l’arrondi des meubles au choix des matériaux, c’est surtout la nouvelle disposition des fonctions intérieures qui retient l’attention. La table à cartes en partie avant du Lucia, qui n’avait plus vraiment de raison d’être – obligeant à traverser le carré, à s’asseoir pour bien lire les instruments, le plus souvent face à la lumière –, est remplacée par un espace navigation dès l’entrée. Immédiatement accessible à tribord, on y consulte la cartographie debout, on communique à la VHF, en lien direct avec la personne à la barre. Le plateau et sa belle fargue inox ne sont bien sûr pas au format grand-aigle, mais qui s’en plaindra encore ? Ils sont juste parfaits pour accueillir le Bloc Marine, seul ouvrage papier encore vraiment usité au quotidien.

A bâbord, la cuisine en L déploie son très beau plan de travail en corian blanc et intègre absolument tout ce dont on peut avoir besoin pour sustenter l’équipage : évier double bac, plaque trois feux, four, micro-ondes, rangements et poubelle avec accès supérieur. Le compartiment froid (144 l) migre vers l’avant bâbord, près du tableau électrique, ce qui le rend accessible à tout l’équipage, en quête d’une boisson fraîche par exemple. Le carré, s’il est toujours situé sur tribord, prend la forme d’un U, avec une table basse en standard, bien complémentaire de la table de cockpit. Surtout est intégré en son centre, plus qu’une méridienne, un véritable siège de veille-stand-by, avec vision sur les voiles par le hublot zénithal, version business class des meilleures compagnies aériennes, avec son accoudoir gainé cuir.

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Dans les coques, nous avons bien entendu un faible pour la version Maestro – trois cabines – dans laquelle la coque tribord est intégralement dédiée au propriétaire. Avec son Island Bed, son bureau, ses nombreux rangements, son immense salle d’eau et sa porte l’isolant de la nacelle dès la descente, c’est une véritable suite que l’on découvre, impressionnante sur un 40 pieds ! Les longs hublots de bordé et ceux présents dans la jupe assurent vision sur l’extérieur et luminosité, tandis que les nombreux panneaux ouvrants se chargent de la ventilation. Un choix très cohérent dans cette taille de navire, sur laquelle partir en croisière à six paraît parfaitement adapté. De même, retenir la version 2 cabines / 1 salle d’eau dans la coque bâbord offre plus d’espace dans cette dernière, avec notamment une douche vraiment séparée. Pour autant, bien que représentant moins de 20 % des commandes, l’usage charter n’a pas été négligé, avec une version d’aménagement pouvant aller jusqu’à 4 cabines / 4 salles d’eau et même un couchage skipper.

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À l’extérieur, le plan de pont connaît peu d’évolution, tant il était déjà parfaitement rationnalisé. Au-delà du cockpit qui entre assises en L et table d’un côté, méridienne de l’autre et banquette arrière peut accueillir plus de personnes que l’on ne souhaite en inviter pour l’apéritif, le poste de barre et manœuvres a été particulièrement bien pensé par ses concepteurs. Comment ont-ils fait sur un quarante pieds pour que deux personnes puissent le partager sans se gêner, regrouper barre à roue et la plupart des manœuvres, le rendre accessible depuis le cockpit comme depuis le pont, et enfin ménager deux marches confortables pour aller en quelques secondes faire tomber la grand-voile dans l’easy-bag depuis le bimini rigide ? C’est tout le talent et l’expérience des équipes de Berret-Racoupeau Yacht Design et du bureau d’études chantier. C’est ergonomiquement très réussi, à l’exception peut-être des manettes moteur autour desquelles les drisses et écoutes ont tendance à venir s’enrouler. 

Au pied de mât on reste époustouflé devant l’immensité du coffre central dans lequel est stockée la chaîne de mouillage. On peut y rentrer complètement pour vérifier le sérieux de l’installation des systèmes. Les relais électriques et autres circuits d’eau y sont parfaitement protégés. Cet espace capable d’engouffrer moult pare-battages, amarres, matériel de pêche, voire kayak ou paddles gonflables, pourra sans problème être qualifié de « mother-in-law cabin » par les sujets espiègles de sa gracieuse majesté. Une qualification également valable pour les exiguës pointes avant, que, dans tous les cas, il ne faut pas surcharger de matériel pour respecter l’assiette du navire. Mais on plaint le pauvre skipper qui devra y dormir, la tête au-dessus des pieds des occupants de la cabine avant tribord.

À la sortie du port des Minimes, nous côtoyons un Athena 38, comme un passage de relais d’une génération à l’autre, symbole également de l’évolution en taille et volume. Rendez-vous compte que l’Athena 38, rendant déjà 33 cm à l’Isla 40, avait encore à l’époque un petit frère, le Tobago 35. La grand-voile est envoyée à la volée depuis le poste de barre. Avec sa corne elle cumule 59 m² qui, associés aux 36 m² du génois promettent des performances décentes pour un bateau s’annonçant à 9,2 t sur la balance. En l’absence malheureuse de gennaker sur ce bateau d’essai et dans un temps de demoiselle dans lequel l’anémomètre n’affichera jamais le chiffre des dizaines, on apprécie pourtant la barre très sensible et la très grande facilité à virer. À 45° du vent apparent, avec moins de 9 nœuds de vent, l’Isla 40 avance sans ciller à 5 nœuds. En abattant un peu, à seulement 60° et sans un souffle d’air en plus, ce sont les 6 nœuds qui sont atteints. On enchaîne pendant deux bonnes heures les bords entre îles de Ré et d’Oléron, décourageant quelques concurrents pourtant ambitieux de poursuivre la confrontation improvisée. Toutes les bonnes choses ayant une fin, nous faisons appel aux deux moteurs Volvo de 30 CV pour nous ramener dans le bon timing au port. À 7,2 nœuds sur le fond avec les moteurs à 2 200 tours par minute ce sera fait et bien fait, la seule interrogation portant sur l’utilité de proposer en standard des 20 CV ? Les 30 CV paraissent si bien dimensionnés et ils ne coûtent que 614 euros de plus !

Bien sûr, pour le plaisir nous aurions aimé plus de vent, mais c’est dans le petit temps que les bons bateaux se révèlent, et l’Isla 40 nous a très agréablement surpris dans ces conditions délicates. Nous aurions bien aimé aussi envoyer un beau gennaker et filer à la vitesse du vent, mais il est d’autant plus méritoire de séduire avec son seul génois. Enfin, nous aurions aimé passer plus de temps à bord, tant l’Isla 40 semble avoir les capacités d’un grand voyageur. Mais essayer de magnifiques bateaux reste encore malheureusement un métier, pas encore un mode de vie à plein temps. Et en quittant l’Isla 40, on ne peut s’empêcher de penser que le temps file vite, lui qui en offre autant, si ce n’est plus, qu’un 45 pieds d’il y a seulement 10 ou 15 ans !

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© Fountaine Pajot - Gilles Martin-Raget

On a aimé :

- Suite propriétaire

- Aménagement de la nacelle

- Performances

On a moins aimé :

- Proximité drisses / commandes moteurs

- Très nombreuses options

- Cabine skipper extrême

Fiche technique

Longueur de coque : 11,93 m

Largeur hors tout : 6,63 m

Poids lège : 9,5 t

Tirant d’eau : 1,21 m

Surface grand-voile : 59 m²

Surface Génois : 36 m²

Motorisation standard : 2 x 20 CV

Motorisation option : 2 x 30 CV

Architectes : Berret-Racoupeau Yacht Design

Eau douce : 2 x 265 l

Gasoil : 300 l

Prix standard : (Maestro 3 cabines / 2 salles d’eau) : 300 760 € H.T.

Principales options :

Version Grand Large : 15 500 € H.T.

Version Oceanic : 29 000 € H.T.

Version Comfort : 37 000 € H.T.

Prix du bateau essayé : 422 339 € H.T. (préparation et exportation incluses)

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.