La vision artificielle sur la Route du Rhum

Equipements
Mardi 8 novembre 2022 à 17h48

Pour finir premier, il faut d'abord finir, c’est un adage bien connu dans la course au large. Jamais celui-ci n'a été aussi vrai aujourd'hui car si les voiliers de course au large sont de plus en plus nombreux à s’équiper de foils, ils sont aussi plus vulnérables. En effet, la collision entre le foil d’un bateau lancé à grande vitesse et un objet flottant peut endommager le bateau. Pour minimiser ces incidents dans cette édition de la Route du Rhum plus de 50% de la classe Ultim et IMOCA ainsi que le bateau de Philippe Poupon FLO sont équipés du système SEA.AI (ex. OSCAR).

SEA AI positionné en tête de mât
Pour finir premier, il faut d'abord finir, c’est un adage bien connu dans la course au large. Jamais celui-ci n'a été aussi vrai aujourd'hui car si les voiliers de course au large sont de plus en plus nombreux à s’équiper de foils, ils sont aussi plus vulnérables. En effet, la collision entre le foil d’un bateau lancé à grande vitesse et un objet flottant peut endommager le bateau. Pour minimiser ces incidents dans cette édition de la Route du Rhum plus de 50% de la classe Ultim et IMOCA ainsi que le bateau de Philippe Poupon FLO sont équipés du système SEA.AI (ex. OSCAR).

Les origines du système et son évolution

Précédemment appelé OSCAR, SEA.AI a été conçu par le franco-allemand Raphaël Biancale. Avant de se concentrer sur ce projet, il a consacré sa carrière à la recherche et au développement dans le domaine des systèmes automobiles intelligents. L'inspiration pour SEA.AI lui est venue alors qu'il se trouvait au milieu de l’océan, de nuit et par mauvaise visibilité. Il s'est vite rendu compte qu'il n'existait pas, dans le monde marin, de systèmes d'aide à la navigation du type de ceux qu'il développait pour les voitures. Pour remédier à cette situation, il a créé OSCAR, devenu SEA.AI, qui associe la technologie des capteurs optiques à l'intelligence artificielle, non seulement pour détecter, mais aussi pour identifier les objets dans l'eau qui pourraient représenter une menace de collision pour un navire.

Qu’apporte ce système par rapport au radar et à l’AIS ?

Le radar a encore de beaux jours devant lui. Il permet de détecter des objets de taille relativement importantes. Quant à l’AIS, il identifie les navires qui en sont équipés, mais c’est loin d’être le cas de tous les navires. SEA.AI va bien au-delà de ce qu’apporte le radar et l’AIS.  Il détecte en permanence, de nuit comme de jour, des objets dans l'eau quelle que soit leur taille. Par exemple, des rondins de bois, des conteneurs, des bouées, des animaux marins de grande taille, des petits navires tels que des bateaux de pêche locaux, des icebergs, etc. Objets qui peuvent être capables d'endommager un bateau. Pour la sécurité (navigation en équipage, ce qui n’est pas le cas dans la Route du Rhum), il peut détecter un homme tombé à la mer y compris de nuit.

Comment ça marche ?

SEA.AI est constituée d’une unité de vision montée en tête de mât et d’une unité de traitement située en bas. La première, d’un poids de 750 gr, porte un ensemble de caméras capables de capturer des images optiques de jour, en haute résolution et même en basse lumière ainsi que des images thermiques 24h/24. Ces images sont ensuite transmises à l'unité de traitement où l'algorithme de SEA.AI les compare à sa base de données massive et en constante expansion afin de déterminer si un objet dans l'eau représente ou non une menace de collision. La base de données est la mémoire du système, elle n'a cessé de croître depuis la création de OSCAR (maintenant SEA.AI) en 2018. Pour aider son développement dans le domaine maritime, il a été créé BSB Marine avec la collaboration de Gaëtan Gouerou (ancien directeur général de l'IMOCA et co-créateur du Chantier CDK spécialisé dans les bateaux de course) ainsi que du soutien de plusieurs skippers (François Gabart, Armel Le Cléac’h, etc.) et à l’occasion de grande course comme le Vendée Globe, pour enregistrer des données et enrichir la base de données. Il en sera de même lors de cette édition de la Route du Rhum.

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Installation en tête de mât

L’avis de skippers

Le skipper du Vendée Globe, Romain Attanasio utilise le système sur son IMOCA Fortinet-Best Western depuis trois ans : « C'est comme avoir un équipier supplémentaire pour faire le quart et plus, pour un équipier c’est souvent difficile de regarder constamment devant soi car il y a beaucoup trop de paquets de mer à déferler. SEA.AI, lui est là-haut, en tête de mât, toujours à l'affût. Franchement, je ne pourrais pas m'en passer. Le plus gros risque qu'on a en course, en mer, c'est les collisions, donc le plus important c'est de regarder devant. Je me souviens que dans le défi Azimut, j’ai évité deux chalutiers à seulement 50 m, grâce à l'alarme de SEA.AI. Lors du Vendée Globe, dans le détroit de Le Maire, peu après avoir passé le Cap Horn, la même alarme m'a averti de la présence d'un petit voilier ». Philippe Poupon qui navigue en famille dans des zones souvent hostiles, nous indique que pour lui c’est une sécurité importante, pour cette raison, il n’a pas hésité à en équiper son bateau Flo pour la Route du Rhum.

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L’avenir pas seulement pour la course

La base de données d'images de SEA.AI continue à être enrichie, la capacité de l'intelligence artificielle à détecter et identifier les risques est sans cesse affinée et améliorée. Les modèles installés sur les voiliers de la Route du Rhum peuvent identifier avec précision des éléments relativement petits, telles qu'une bouée ou une personne, jusqu'à 150 mètres en avant. Le nouveau modèle, SEA.AI Sentry, conçu pour les navires commerciaux, les bateaux moteurs et la plaisance peut déjà identifier des objets similaires jusqu'à 700 m.

Les cibles AIS peuvent déjà être superposées sur les écrans radar ou introduites dans les logiciels de routage. Il est fort probable que la possibilité de superposer les objets flottants détectés par SEA.AI puisse être utilisée de manière similaire prochainement. Actuellement à l’étude, il y a la perspective que SEA.AI envoie des informations essentielles au pilote automatique du navire. Ainsi, dans le cas où un objet est identifié devant et que le skipper ne puisse pas réagir à temps, le pilote automatique pourrait décider de le contourner. Un système qui s’apparente au freinage d'urgence bien établi dans l'industrie automobile.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…