Une plaisance plus écologique est-elle possible ?

Economie

Nos bateaux sont propulsés par le vent ou via des moteurs de plus en plus sophistiqués et propres. Les méthodes de construction dans l’industrie nautique sont très contrôlées et rejettent moins de polluants. Pourtant, la plaisance est loin d’avoir un impact neutre sur notre petite planète bleue ! Alors, comment l’industrie nautique peut-elle répondre à la demande croissante de ses clients en respectant une plaisance plus écologique ?

Le Sun Fast 30 One Design est le premier bateau de série au monde à utiliser la résine recyclable Elium dans le but de réduire son impact environnemental ©Jeanneau - JM Liot
Nos bateaux sont propulsés par le vent ou via des moteurs de plus en plus sophistiqués et propres. Les méthodes de construction dans l’industrie nautique sont très contrôlées et rejettent moins de polluants. Pourtant, la plaisance est loin d’avoir un impact neutre sur notre petite planète bleue ! Alors, comment l’industrie nautique peut-elle répondre à la demande croissante de ses clients en respectant une plaisance plus écologique ?

Pourquoi une plaisance écologique ?
Naviguer, cela signifie forcément, en tout cas en plaisance, être à l’écoute de son environnement, ne serait-ce que pour une question de sécurité. Et ce milieu est particulièrement fragile et en grand danger. Alors, si dans notre pratique régulière, on peut éviter d’aggraver la situation, c’est déjà cela de pris ! Quelques gestes simples peuvent suffire à faire la différence. Oui, on peut vouloir « naviguer propre » au sens écologique du terme, dans le but de sauvegarder notre espèce mais aussi, plus prosaïquement, pour continuer à profiter de cet exceptionnel terrain de jeu que nous offrent les océans. La connaissance de ce milieu fragile et sa préservation font maintenant partie intégrante du « bon sens marin », tout comme gérer sa météo, la sécurité à bord et la navigation !

Des solutions pour naviguer « plus propre » ?
Pour limiter la pression sur certaines zones sensibles et/ou remarquables, les mouillages, la pêche et les accès y sont régulés. Et cela fonctionne. Les mérous sont revenus en nombre à Port Cros et quand on trouve une place pour mouiller aux Tobago Cays, aux Baths ou aux Lavezzi, on en profite pleinement, sans être entassés les uns sur les autres. Et que dire des réservoirs à eaux grises et noires qui nous permettent, dans les mouillages sur-fréquentés, de profiter des baignades sans arrières pensées ?
C’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Le constructeur de catamarans Fountaine-Pajot a réalisé une étude des impacts sur l’environnement de ses bateaux. Le résultat conclut que 20% des émissions de gaz à effet de serre dans la vie d’un bateau sont liés à sa construction. Il reste donc 80% pour l’utilisation ! Il est donc essentiel de construire des bateaux selon des normes plus écologiques mais aussi de les imaginer pour qu’ils soient moins émetteurs dans leur exploitation au quotidien et dans leur fin de vie…

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Des mouillages sur bouées et limités dans le temps permettent de protéger efficacement les zones les plus sensibles, comme ici dans les Grenadines© JC Guillaumin

Quelle construction nautique pour demain ?
A quelques rares exceptions, les bateaux de plaisance construits aujourd’hui sont quasiment tous en composite. Cette méthode est simple et permet de produire des navires en grandes séries. On applique dans un moule une résine - souvent polyester - renforcée par de la fibre de verre, du kevlar ou encore du carbone. Des produits tous dérivés du pétrole et qui, une fois assemblés, sont quasiment impossibles à séparer et donc, à recycler efficacement. L’industrie nautique développe des solutions, comme des résines intégrant un certain pourcentage d’éléments recyclés, ou des fibres naturelles comme le lin ou le bambou en lieu et place de la traditionnelle fibre de verre. Le groupe Bénéteau propose déjà des unités (comme le Jeanneau Sun Fast 30 One Design) fabriquées à base de résine recyclable. L’objectif affiché du groupe est de réduire ses émissions de CO2 de 30% d’ici à la fin de la décennie via des solutions technologiques en utilisant des résines biosourcées mais aussi des foils ou encore de nouvelles motorisations : électriques, hybrides, etc.

Diesel, électrique, pile à combustible… : quelle énergie choisir pour son bateau ?
Marc Van Peteghem, célèbre architecte naval – dont les bateaux ont gagné toutes les courses possibles depuis 40 ans, mais aussi concepteur des Lagoon, Outremer, etc. - a une formule qui résume tout : « Light is green ». Que l’on pourrait traduire par « la légèreté est la véritable écologie ». Et oui, un bateau léger a besoin de moins d’énergie pour avancer, il est donc important de limiter les équipements pléthoriques - et lourds - à bord. C’est vrai pour les voiliers, c’est encore plus le cas pour les bateaux à moteur. Des moteurs qui sont de plus en plus efficients et qui peuvent être alimentés maintenant par différentes énergies, comme le gasoil, l’électricité ou, pourquoi pas, une pile à combustible.

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Le Samana 59 de Fountaine Pajot, un catamaran à hydrogène pour un bateau 100% décarbonné (ou presque). © Fountaine Pajot - Gilles Martin-Raget


Si les moteurs diesel émettent moins de CO2 que ceux à essence, ils restent alimentés par un combustible fossile particulièrement polluant et nocif pour notre climat (NDLR : on parle ici d’un fait scientifique et non pas d’une opinion). Les moteurs électriques sont une solution intéressante dans le cadre d’un voilier qui n’a besoin de propulsion que pour les manœuvres de port. Ils peuvent être rechargés par des énergies renouvelables (panneaux solaires – éoliennes – hydrogénérateurs). Par contre, cela ne peut suffire, aujourd’hui, à remplacer le gasoil sur les bateaux à moteur qui ont besoin d’une bonne autonomie. La pile à combustible pourrait être une solution intéressante. Mais la production de méthanol ou d’hydrogène pour l’alimenter est essentiellement réalisée à base de charbon ou de gaz… Le méthanol produit avec des résidus agricoles n’aura jamais une production suffisante pour répondre aux besoins de la plaisance. Et oui, rien qu’en France, on compte 13 millions de plaisanciers. Et, chaque année, 12 000 nouveaux viennent rejoindre cette cohorte de passionnés.

Une utilisation des bateaux plus cohérente ?
La réalité de l’utilisation des bateaux de plaisance par ces millions d’utilisateurs est assez compliquée à appréhender. Les études documentées sur le sujet sont rares et assez anciennes. En 2014, 54% des plaisanciers déclaraient, par exemple, sortir en mer entre 10 et 40 jours par an. Cette sous-utilisation des navires de plaisance associée à un coût d’acquisition et d’entretien important et au manque de places dans les ports a ouvert la voie à de nouvelles pratiques. La location, la copropriété ou la co-navigation, le fluvial et la création de services de location entre particuliers ou via des « clubs de propriétaires » par des plateformes spécialisées sont en plein essor.

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La location est une des solutions permettant de limiter l’impact écologique d’un bateau en partageant son utilisation… © JC Guillaumin


Ces nouvelles pratiques sont-elles une solution pour limiter l’impact de la plaisance sur notre environnement ? Pas forcément, mais elles répondent à une réalité : la demande croissante de plus en plus d’utilisateurs pour des activités multiples et différenciées et non plus centrées sur une seule passion… Espérons que ces nouvelles manières de vivre la mer permettront aussi d’imaginer une industrie nautique plus écologique !

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L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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