Hivernage à flot : ce que 5 hivers de tempêtes disent vraiment du risque météo

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Par Mark Bernie

Laisser son bateau à l’eau pendant l’hiver est souvent perçu comme un choix pratique ou économique. Mais ces cinq dernières années ont profondément modifié la donne. Enchaînement de tempêtes, surcotes marquées, houles longues et niveaux d’eau inhabituels ont rappelé que l’hivernage à flot est avant tout une décision météo. En analysant les statistiques des hivers récents et les mécanismes en jeu, cet article propose une lecture factuelle pour aider les plaisanciers à faire un choix éclairé, loin des idées reçues.

Laisser son bateau à l’eau pendant l’hiver est souvent perçu comme un choix pratique ou économique. Mais ces cinq dernières années ont profondément modifié la donne. Enchaînement de tempêtes, surcotes marquées, houles longues et niveaux d’eau inhabituels ont rappelé que l’hivernage à flot est avant tout une décision météo. En analysant les statistiques des hivers récents et les mécanismes en jeu, cet article propose une lecture factuelle pour aider les plaisanciers à faire un choix éclairé, loin des idées reçues.
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Laisser son bateau à l’eau pendant l’hiver, c’est accepter une équation simple et parfois brutale : le risque ne vient pas seulement du vent, mais de la combinaison du vent, de la houle et de la surcote, au mauvais moment, sur une place qui n’offre pas toujours les marges nécessaires. Ces dernières années ont rappelé qu’un seul épisode suffit à ruiner une saison entière de tranquillité.
Sur les cinq derniers hivers, le scénario le plus piégeux n’est pas forcément la tempête majeure annoncée plusieurs jours à l’avance. Ce sont plutôt les enchaînements et les décalages. Un creusement rapide, une bascule de secteur qui met le plan d’eau en résonance, une surcote qui efface la marge sous les pendilles, puis une houle résiduelle qui persiste alors que le vent faiblit. Certains épisodes ont marqué les esprits par leur intensité, avec des pressions très basses et des rafales atteignant des valeurs exceptionnelles sur les zones exposées. D’autres ont été moins spectaculaires, mais plus sournois, frappant large et durablement.
Sur le littoral français, l’hiver n’est pas qu’une saison moins fréquentée. En Méditerranée, c’est aussi une période où la mer conserve beaucoup d’énergie et où les épisodes méditerranéens peuvent se combiner à des vents violents, générant une mer courte, désordonnée, et des niveaux d’eau anormalement élevés dans les ports. Ces épisodes, plus intenses et plus fréquents qu’il y a quelques décennies, changent profondément la manière d’envisager l’hivernage à flot dans certaines zones.

Ce que disent vraiment cinq hivers de tempêtes

Si l’on observe les hivers récents, de 2020 à 2024, un constat s’impose : les configurations à fort impact se répètent, mais sous des formes variées. Certaines saisons ont été dominées par des successions de dépressions atlantiques très creuses, d’autres par des épisodes courts mais violents, parfois dans un contexte globalement doux. Autrement dit, l’absence de froid marqué n’est en rien une garantie de tranquillité.
Pour un bateau laissé à l’eau, les dommages constatés lors de ces hivers se regroupent presque toujours autour de quelques mécanismes très concrets, bien connus des ports, des chantiers et des assureurs.
Le premier concerne les efforts sur les amarres. Sans rupture franche, l’usure accélérée fait son œuvre : ragage, échauffement, protections qui se déplacent, gardes qui travaillent en permanence. Le bateau n’a pas besoin de rompre pour s’abîmer. Un mouvement excessif et répété suffit à endommager un liston, un chandelier ou le gelcoat.
Le deuxième point touche aux entrées d’eau et aux avaries de pont. Un panneau fatigué, un capot mal verrouillé, un passe-coque mal serré ou avec du jeu peuvent devenir des points faibles lorsque la mer se charge en énergie. L’hiver agit alors comme un révélateur impitoyable de ce qui tenait jusque-là... par habitude !
Viennent ensuite les conséquences indirectes. Une surcote associée à de fortes pluies peut transformer un quai en zone inondée, compliquer l’accès au bateau et retarder toute intervention. Dans ces conditions, un problème mineur peut rapidement prendre de l’ampleur.
Enfin, le facteur humain reste déterminant. Une grande partie des sinistres d’hivernage à flot ne sont pas liés à une mauvaise décision initiale, mais à l’absence de réaction au bon moment. Un bateau surveillé, renforcé avant le coup de vent, encaisse bien mieux qu’un bateau laissé sans suivi.

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Faire un choix raisonné, la météo comme outil de décision

Au fond, la question de laisser ou non son bateau à l’eau l’hiver n’a pas de réponse universelle. L’exposition réelle dépend du bassin, de sa capacité à casser la houle et à limiter la résonance, bien plus que de sa réputation. Deux ports voisins peuvent offrir des niveaux de protection très différents face à un même épisode météo.
La première question à se poser concerne l’exposition à la houle, plus qu’au vent. Certains bassins ventilés restent très sûrs tant que l’eau reste plate, alors que d’autres, pourtant abrités du vent dominant, deviennent problématiques dès qu’une houle d’un secteur inhabituel s’invite.
La seconde question porte sur la capacité du quai et de l’amarrage à encaisser un niveau d’eau anormalement élevé. Sur certains sites, la marge est faible et la combinaison d’une surcote et d’une mer agitée suffit à mettre les amarres en contrainte permanente.
La troisième question est organisationnelle. Un hivernage à flot maîtrisé suppose une vraie stratégie de surveillance. Savoir à partir de quel seuil météo intervenir, comment renforcer l’amarrage, et qui peut agir rapidement en cas d’alerte. Dans cette logique, la météo devient un outil de gestion du risque et non une simple information consultative.
Les retours de terrain sont souvent très similaires. Des plaisanciers découvrent après une nuit agitée que leur bateau a tenu, mais que les amarres ont travaillé bien au-delà de l’ordinaire. Des professionnels rappellent que ce sont rarement les pics extrêmes qui causent le plus de dégâts, mais la répétition des efforts sur plusieurs heures. Et dans les ports, le constat est clair : les bateaux suivis et renforcés avant l’épisode traversent mieux l’hiver que ceux laissés sans attention.
Laisser son bateau à l’eau en hiver peut être un choix cohérent lorsque le plan d’eau est réellement protecteur, que l’amarrage est dimensionné pour durer et que la surveillance est assurée. À l’inverse, la mise au sec reste souvent la solution la plus sécurisante, transformant un risque météo complexe en simple contrainte logistique.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.