Voie d’eau à bord : votre pompe de cale est-elle suffisamment puissante pour sauver la situation ?

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Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Une pompe de cale annoncée pour un certain nombre de litres par heure évacue-t-elle réellement la quantité annoncée ? Nous avons confronté les chiffres pour comprendre ce qu’une pompe va réellement faire le jour où l’eau commence à envahir le bord…

Il est deux heures du matin. Le bateau navigue sous pilote lorsqu’une alarme retentit. Celle de la pompe de cale. On soulève une trappe du plancher et le constat tombe immédiatement : il y a de l’eau dans les fonds. La bonne nouvelle, c’est que la pompe fonctionne. Et ouf, elle est donnée pour 4 000 litres par heure. Deuxième réflexion, beaucoup moins confortable : combien évacue-t-elle réellement ? Car le chiffre inscrit sur une pompe ne correspond pas nécessairement au débit que vous obtiendrez une fois celle-ci installée au fond de votre bateau. Pour rejoindre la mer, l’eau doit remonter jusqu’au passe-coque, parcourir plusieurs mètres de tuyau, négocier des courbes et parfois des coudes. La pompe est alimentée par une batterie dont la tension n’est pas forcément optimale. Sa crépine peut être partiellement encombrée. Résultat : les 4 000 litres annoncés peuvent être très éloignés de la réalité.

4 000 litres par heure… mais dans quelles conditions ?

Pour comprendre, il faut commencer par une notion essentielle : la hauteur de refoulement. Une pompe électrique centrifuge perd progressivement de ses performances lorsqu’elle doit élever l’eau. Le débit obtenu lorsque la sortie de la pompe se trouve pratiquement à son niveau n’est donc pas celui mesuré lorsque l’eau doit monter d'un ou deux mètres pour atteindre le passe-coque. Les essais réalisés sur les pompes de cale montrent que l’écart entre performances nominales et performances réelles peut atteindre plusieurs dizaines de pourcents lorsque l’on reproduit une installation à bord. Prenons notre pompe théorique de 4 000 litres par heure. Imaginons qu’elle perde 20 % de ses performances du seul fait de son installation et de la hauteur de refoulement. Nous voici déjà à 3 200 litres par heure. Ajoutons plusieurs mètres de tuyau, quelques changements de direction, une alimentation électrique imparfaite et une crépine légèrement encrassée. Dans une installation défavorable, il devient tout à fait possible de se rapprocher de 2 000 ou 2 500 litres par heure. Autrement dit, la moitié ou presque du chiffre qui vous rassurait lorsque vous avez acheté votre pompe.

Votre tuyau fait partie de la pompe

Lorsqu’un plaisancier souhaite améliorer la capacité d’assèchement de son bateau, son premier réflexe consiste généralement à installer une pompe plus puissante. C’est logique. Mais ce n’est pas toujours la meilleure solution. Une pompe n’est qu’un élément d’un circuit. Le diamètre du tuyau, sa longueur, son parcours et celui du passe-coque ont une influence directe sur le débit final.

Un tuyau annelé, extrêmement courant à bord, crée davantage de pertes de charge qu’un conduit intérieur parfaitement lisse. Chaque courbe ralentit également l’écoulement. Les changements de direction brutaux sont encore plus pénalisants. Imaginez une pompe installée tout au fond de la coque. Son tuyau remonte verticalement, contourne une cloison, traverse un coffre, franchit un coude et rejoint enfin son passe-coque au-dessus de la flottaison. Sur le papier, l’installation fonctionne parfaitement. Pour l’eau, elle ressemble plutôt à une course d’obstacles. Et si le diamètre du tuyau est insuffisant, acheter une pompe encore plus puissante ne réglera pas nécessairement le problème.

Quand la batterie commence à faiblir

Il existe une autre différence fondamentale entre le débit théorique et celui dont vous disposerez le jour de l’avarie : l’électricité. Une pompe électrique est directement dépendante de sa tension d’alimentation. Or une voie d’eau peut parfaitement survenir alors que le moteur est arrêté et que les batteries sont déjà fortement sollicitées. Pilote automatique, électronique, éclairage, réfrigérateur, communications : les consommateurs sont nombreux à bord. La tension disponible aux bornes de la pompe peut alors être inférieure à celle utilisée pour établir ses performances nominales. Et ce n’est pas tout. La tension mesurée directement sur la batterie n’est pas forcément celle qui arrive jusqu’à la pompe…

La pompe tourne toujours et, à l’oreille, tout semble normal. Pourtant, son débit peut avoir sensiblement diminué. Voilà pourquoi vérifier simplement que la pompe se déclenche en soulevant son flotteur n’est pas un véritable test…

Une cale n’est jamais vraiment propre

Reste un grand classique : l’obstruction de la crépine. Cheveux, fibres textiles, poussières, morceaux de peinture, petits déchets et résidus divers finissent inévitablement par rejoindre le point le plus bas du bateau. La crépine est précisément là pour les empêcher d’atteindre la turbine et de bloquer le mécanisme. Mais plus elle retient de déchets, plus elle limite l’arrivée d’eau…

Une pompe peut donc parfaitement sembler fonctionner lors d’un contrôle rapide tout en étant incapable d’atteindre son débit normal lorsqu’il faudra réellement évacuer plusieurs centaines de litres. 

Alors la solution pour connaître la capacité réelle de votre prompe est finalement très simple : faites entrer volontairement une quantité d’eau connue dans la cale et chronométrez son évacuation. Si 100 litres sont évacués en trois minutes, votre installation débite environ 2 000 litres par heure. Peu importe alors ce qui est écrit sur l’étiquette : vous connaissez enfin le débit réel de votre bateau.

Mais de quelle capacité d’évacuation avez-vous besoin ?

Toute la question est de savoir si ce débit sera suffisant face à une voie d’eau et c’est là que les chiffres deviennent, parfois, angoissants. Prenons une ouverture circulaire située environ 50 centimètres sous la surface. Les lois de l’hydrodynamique permettent d’estimer la quantité d’eau susceptible d’entrer en fonction de la taille de cette ouverture et de la pression. Avec un trou de seulement 10 millimètres de diamètre, nous sommes autour de 550 litres par heure. Une pompe correctement installée peut suivre sans difficulté. À 20 millimètres, on approche déjà 2 200 litres par heure. Notre pompe théorique annoncée pour 4 000 litres, mais qui n’en évacue peut-être réellement que 2 000 ou 2 500, commence à atteindre ses limites. Avec 30 millimètres de diamètre, nous approchons 5 000 litres par heure et plus le trou devient important, plus les milliers de litres s’accumulent à bord. Une ouverture de 50 millimètres – 5 cm -, peut laisser entrer près de 14 000 litres d’eau par heure lorsqu’elle se trouve à 50 centimètres sous la surface. Placez cette même brèche plus profondément et le débit augmente encore…

On comprend immédiatement pourquoi une pompe de cale classique ne peut pas être considérée comme une protection absolue contre une voie d’eau importante. Elle pompe. Mais la mer entre simplement beaucoup plus vite.

Une pompe de cale n’est pas conçue pour sauver seule un bateau éventré

Cette réalité est d'ailleurs inscrite dans la philosophie même des normes concernant les systèmes d’assèchement des petites embarcations. Une pompe de cale est avant tout destinée à évacuer les accumulations normales d’eau : infiltrations, pluie, embruns ou petites entrées d’eau mais elle n’est pas dimensionnée comme un système capable, à lui seul, de maîtriser l’envahissement provoqué par une avarie importante de coque. Son véritable rôle consiste alors à vous faire gagner du temps.

Chaque litre évacué vous offre quelques secondes pour colmater la voie d’eau !

La priorité : empêcher l’eau d’entrer

Face à une voie d’eau importante, la meilleure pompe reste finalement… l’équipage. Il faut trouver l’origine de l’envahissement. Une durite d’eau de mer sortie de son raccord peut être remise en place. Une vanne défectueuse peut parfois être obturée. Une brèche peut être réduite avec du matériel prévu à cet effet ou, en dernier recours, avec ce que l’on trouve à bord car même un colmatage imparfait peut transformer complètement la situation. Reprenons notre ouverture de 50 millimètres laissant entrer près de 14 000 litres par heure. Si l’équipage réussit à réduire la section effective de la fuite à l’équivalent d’un trou de 20 millimètres, l’entrée d’eau retombe aux environs de 2 200 litres par heure. La pompe qui était totalement dépassée quelques minutes auparavant peut soudain parvenir à stabiliser le niveau. C’est souvent ainsi que l’on gagne la bataille contre une voie d’eau : en réduisant ce qui entre plutôt qu’en cherchant uniquement à augmenter ce qui sort.

Et si la meilleure pompe était une alarme ?

Il existe enfin une autre manière d'améliorer la sécurité : plutôt que de compter uniquement sur une énorme pompe, on peut multiplier les niveaux de défense. Une première pompe automatique installée tout en bas des fonds traite les petites quantités d’eau habituelles. Une seconde, plus puissante et placée légèrement plus haut, ne doit normalement jamais fonctionner. Si elle se déclenche, c’est qu’un événement inhabituel est en train de se produire. Son fonctionnement peut alors être associé à une alarme sonore qui vous préviendra d’un problème majeur à gérer immédiatement.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.