Odyssée Premium veut réinventer la copropriété de bateaux avec le « Smart Yachting »
Dans le nautisme aussi, l’augmentation des prix pousse à repenser certains modèles. Odyssée Premium s’attaque notamment à une réalité bien connue des propriétaires : un bateau peut représenter un investissement conséquent tout en restant inutilisé une grande partie de l’année. La société estime ainsi qu’un navire est immobilisé 95 % du temps.
Plutôt que de renoncer à la propriété ou de se tourner vers la location, la plateforme défend donc une troisième voie : partager la propriété d’une unité haut de gamme entre un nombre très limité d’armateurs.
Baptisée « Smart Yachting », l’approche repose sur un principe assez simple : partir du programme de navigation souhaité pour déterminer le bateau adapté, puis constituer un groupe de deux à quatre copropriétaires maximum. Odyssée Premium veut ainsi inverser la logique habituelle de l’achat. Le navigateur commence par définir ses envies et ses besoins plutôt que par sélectionner un bateau uniquement en fonction de l’enveloppe qu’il peut consacrer à son acquisition. En mutualisant l'investissement, la plateforme entend ouvrir l'accès à des unités plus ambitieuses, citant notamment le chantier X-Yachts parmi ses partenaires. L’entreprise résume sa philosophie par une question : « Pourquoi posséder 100 % d'un bateau quand on n'a que 20 % du temps pour en profiter ? »
Derrière la formule, l’enjeu consiste surtout à appliquer au nautisme haut de gamme une logique d’usage sans abandonner la notion de propriété.
Partager un bateau ne se résume toutefois pas à diviser son prix par quatre. Disponibilités, manière de naviguer, niveau d’entretien attendu ou encore rapport au matériel peuvent rapidement devenir des sujets de friction.
C’est précisément sur ce terrain qu’Odyssée Premium entend se différencier. La plateforme prévoit un système de « matching » destiné à réunir des propriétaires présentant des profils compatibles, notamment selon leurs zones de navigation et leurs exigences en matière d’entretien. Pour répartir les périodes les plus convoitées, le calendrier doit fonctionner avec une priorité tournante d’une année sur l’autre. Le prêt du bateau est par ailleurs interdit afin, selon la société, de préserver son état.
Contrairement à une formule de location ou d’abonnement, les membres restent propriétaires du bateau. Le dispositif repose sur un contrat de quirataires, avec le nom des copropriétaires porté sur l’acte de francisation. Odyssée Premium indique également que le montage prévoit l’absence de solidarité des dettes entre les membres ainsi que des clauses permettant de protéger le reste du groupe en cas de défaut de paiement de l’un des propriétaires.
Ce cadre juridique est évidemment l'un des points déterminants du concept : derrière la promesse d’un accès plus rationnel au bateau haut de gamme, il faut aussi organiser la vie commune autour d’un actif dont la valeur peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.
Odyssée Premium donne justement un premier exemple économique avec une unité de 46 pieds. La société avance un apport initial d’environ 200 000 euros HT, contre 800 000 euros pour une acquisition intégrale, ainsi que des frais de gestion mensuels autour de 250 euros, contre plus de 2 500 euros dans le scénario de pleine propriété présenté dans son dossier.
La maintenance et la logistique sont annoncées comme entièrement déléguées. Sur un cycle de trois ans, l’entreprise évalue par ailleurs l’entretien d’un 46 pieds à environ 30 000 euros. L’objectif est de conserver le bateau dans un état permettant de préserver au mieux sa valeur avant, au terme du cycle, de choisir entre renouvellement, montée en gamme ou revente.
Ces montants restent ceux communiqués par Odyssée Premium et dépendront naturellement de l’unité choisie et de son utilisation.
L’autre volet du projet concerne la gestion quotidienne. Avec son service « Ready-to-Sail », Odyssée Premium promet de prendre en charge maintenance, avitaillement et conciergerie afin que chaque propriétaire retrouve un bateau prêt à naviguer.
La société va même jusqu’à prévoir la remise en place des effets personnels de chaque armateur,vêtements, décoration ou encore vins, avant son arrivée à bord. Une manière de tenter de résoudre l’un des principaux paradoxes de la copropriété : partager physiquement le bateau tout en conservant, lors de chaque séjour, la sensation de retrouver sa propre unité.
La gestion doit également s’appuyer sur un environnement numérique partagé : calendrier des navigations, documents techniques et administratifs ainsi que suivi des charges doivent être centralisés respectivement via Google Calendar, Drive et Sheets.
Fondée et dirigée par Olivier Michaud, Odyssée Premium prévoit le lancement officiel de son site internet le 9 mai. La société affiche déjà un objectif de volume d’affaires compris entre 2,4 et 4,8 millions d’euros pour sa première année. Reste désormais à voir si le modèle saura convaincre une clientèle traditionnellement attachée à la propriété individuelle. Car le véritable défi du « Smart Yachting » ne sera peut-être pas seulement économique : il consistera à faire accepter que l’on puisse partager la propriété d’un bateau sans avoir le sentiment de partager son expérience à bord.