Desjoyeaux : « Gabart ? Simple, efficace et de bon goût... »

Course au large
Par Couturié, Martin

Le double vainqueur du Vendée Globe tresse des lauriers à son jeune poulain.

Le double vainqueur du Vendée Globe tresse des lauriers à son jeune poulain.
AMBIANCE AVANT DEPART
AMBIANCE AVANT DEPART© La Chaîne Météo

Michel Desjoyeaux est entré dans la légende en remportant deux fois le Vendée Globe (2001 et 2009). Et logiquement, François Gabart s'est tourné vers son écurie «Mer Agitée» pour l'aider à préparer un tout premier tour du monde en solitaire. Un projet qui, sauf catastrophe, devrait devenir gagnant dimanche aux Sables d'Olonne au terme d'une circumnavigation parfaitement maitrîsée. Une incroyable performance à l'âge de 29 ans saluée à sa juste valeur par «le Professeur»....

LE FIGARO. - Si on vous demandait un qualificatif pour résumer la performance de François Gabart?

Michel DESJOYEAUX - Je suis partagé entre «prévisible» et «exceptionnelle». Prévisible car j'étais convaincu qu'il avait les capacités pour le faire et exceptionnelle parce qu'il est en train de le faire. Heureusement, il y a quelques erreurs, mais il n'y en a pas beaucoup, il reste celui qui en a fait le moins et c'est pour ça qu'il est devant. Au niveau de Madère, il a perdu la tête de la course et je pense qu'il aurait pu la reprendre un peu plus vite au large du Brésil. Mais c'est à peu près tout

Ce garçon là est vraiment le gendre idéal?

François, c'est simple, efficace et de bon goût. Aujourd'hui, on a du mal à lui trouver des défauts. Il y en a un qui va lui compliquer l'existence ces prochains jours, c'est qu'il est trop gentil. Il ne dit jamais non. Vous voyez un peu la gueule du défaut... (rires)

Qu'est-ce qui vous a le plus impressionné dans son tour du monde?

C'est sa performance globale. C'est bien beau de savoir qu'on est bien préparé et qu'on a le bateau pour faire une performance mais il faut appliquer tout ce qu'on a appris. François est un garçon intelligent. Et la manière dont il a assumé ses responsabilités pour répondre aux attentes est vraiment impressionnante.

Son cocktail de la réussite?

Un rubik's cube à je ne sais combien de faces... Parfois, la valeur n'attend pas le nombre des années et c'est le cas de François. Quand tout s'enclenche parfaitement, se passe bien, on devient inarrêtable. Ses adversaires savaient déjà de quoi il est capable et ça se confirme aujourd'hui. Ils vont devoir s'habituer à le voir gagner. Il a la capacité d'intégrer ce dont il a besoin pour progresser, il a aussi sa propre ligne de conduite. Nous, avec notre équipe de Mer Agitée, on lui a juste mis à disposition ce qu'on sait faire. Clairement, c'est lui qui aura gagné, ce n'est pas moi.

Avant ce Vendée Globe, il n'avait pourtant pas un palmarès énorme...

Parce qu'il n'a que 29 ans. Il a déjà remporté sa première traversée de l'Atlantique en solitaire avec la Transat B to B en 2011 et a fini deuxième de la Solitaire du Figaro en 2010 en gagnant cette année-là le championnat de France de course au large en solitaire. Si on rajoute qu'il est en passe de gagner son premier Vendée Globe, ça fait tout de même un palmarès colossal pour un gamin de cet âge là.

Certains sont agacés car il est presque trop parfait...

J'ai lu sur votre site Figaro Nautisme en effet les propos de Kito de Pavant, c'est un point de vue. Je trouve qu'on ne peut pas ne pas se satisfaire de quelqu'un qui réussit brillamment sans marcher sur la tête des autres.

Il a sûrement eu des coups de mou durant ce Vendée globe mais sa décontraction a été impressionnante...

Tout le début, jusqu'au cap Horn, il n'a pas eu trop de coups de mou. Il en a eu quelques-uns ces derniers temps mais il est juste porté par ce qu'il est en train de réussir, ça amoindri la douleur. Et sa lassitude vient du fait qu'il a été énormément sollicité par les médias, et comme il ne dit jamais non, il s'est laissé bouffer... En tout cas, concernant sa décontraction, il ne joue pas un rôle de composition pendant ce Vendée Globe, il est lui-même. Sur ce genre de course, on ne peut pas se mentir, surtout à ce niveau d'efficacité, ni mentir aux autres.

Vous avez l'impression de vous revoir jeune?

Je suis ravi que vous me compariez à quelqu'un d'aussi brillant...

Vous avez vu passer de nombreux jeunes dans votre carrière. Avez-vous des rapports particuliers avec François Gabart?

Oui puisque c'est le seul avec qui j'ai passé un mois en mer, en tête à tête. Cela s'est soldé par un abandon dans la Barcelona World Race et une grosse déception. J'ai pu découvrir une autre facette du gars, qui en plus de ses grandes capacités de marin, de compétiteur, a des qualités humaines que l'on ne peut découvrir que dans ces moments là.

On a évoqué une trinquette magique à bord de son Macif?

C'est une évolution de ce que j'avais en 2000-2001, que Vincent a utilisé en 2004-2005 puis moi en 2008-2009 et qui va peut-être encore avoir ses lettres de noblesse en 2012-2013. Les autres n'ont pas copié parce qu'ils pensaient que ça ne servirait à rien. On saura si ça a joué dans la course quand on verra dans quel état est l'une des voiles d'Armel Le Cléac'h. Cette sorte de trinquette de mauvais temps n'est pas seulement une voile qui permet d'aller vite dans certaines conditions et de battre des records, elle permet aussi d'économiser une autre voile qui sera utilisée deux mois plus tard pour la remontée de l'Atlantique. Quand on voit qu'Armel n'a pas tenu la cadence dans certaines conditions, je pense qu'il est handicapé à ce niveau là.

Le bateau de Gabart a eu des soucis?

Oui mais on racontera ça après la course... Il n'a en tout cas pas eu de problèmes rédhibitoires ou dans les moments où il ne fallait pas en avoir. Ce qui a permis à François et Armel de décrocher leurs poursuivants au milieu de l'océan Indien, ce ne sont pas seulement les bonnes conditions et les bonnes voiles, c'est aussi que leurs rivaux ont tous eu des petits problèmes qui les ont empêchés de mettre le turbo. C'est d'ailleurs dans cette zone que l'écart est vraiment devenu important.

Votre record du Vendée Globe (84 jours, 3 heures) va largement tomber. Près d'une semaine...

C'est anecdotique pour moi. Ce record est représentatif de l'évolution des bateaux, de la technologie et de ce que les marins peuvent en tirer aujourd'hui mais la course, c'est d'arriver avant le deuxième, le reste on s'en fout... Le record sur 24h, c'est pareil. C'est un heureux concours de circonstances avec des conditions météo optimales. D'après ce que l'on sait, le record de vitesse de Macif c'est 31,7 noeuds, moi il y a quatre ans, je suis allé à 33,04 noeuds mais les circonstances de course ne permettaient pas de tenir 24h.

Comment jugez-vous ce Vendée Globe, une grande édition?

Indépendamment du vainqueur, je trouve que le Vendée Globe d'il y a 4 ans était quand même plus beau, au niveau du plateau mais aussi des histoires. Celui de cette année est dans la droite lignée de l'évolution de l'épreuve: de l'aventure pure et dure vers de plus en plus de compétition. On voit aussi la fracture sociale sur le cas de Bernard Stamm, où les gens ne veulent pas admettre qu'il y a des règles et que si on ne veut pas s'y plier, on ne fait pas la course.

Les portes des glaces ont réduit le champs des schémas de prévisions...

J'ai deux contre-exemples. Dans la descente de l'Atlantique, il n'y a pas de marque de parcours du Pot-au-noir jusqu'à la première porte au sud de Cape Town et les bateaux se retrouvent à plus de 500 milles d'écart en latéral pour finalement finir serrés au bout de huit jours. La situation vient de se reproduire avec Golding et Le Cam qui partent chacun d'un côté et qui finalement se retrouvent bord à bord. Je ne pense donc pas que les portes des glaces changent quelque chose.

Donc vous n'êtes pas pour une remise en cause de ce système...

Si on veut maintenir le principe de solidarité entre les gens de mer tel que voulu par le droit maritime et par les règles de course, il faut garder les portes des glaces. Sinon on fait sauter ces conditions d'entraide, les marques de parcours et ça redevient les jeux du cirque. Et là, s'il y en a un qui va dans les glaces et qui se fout en l'air, je n'irai pas le chercher. Chacun sa merde...

Vous avez envie d'y retourner?

J'ai regardé ça de l'extérieur, et ça me va très bien. Ça ne m'a pas manqué de ne pas y être. Ce n'est pas contre la course, mais je n'avais tout simplement pas la motivation pour y aller et cette course est impossible à faire si on n'a pas une envie suffisante. Aujourd'hui, je n'ai pas envie d'y aller même si je n'ai rien contre affronter François à l'avenir.

Où en êtes-vous de vos recherches pour votre projet Mod70?

Il y a des jours où ça avance et d'autres où ça recule. Pour l'instant, je suis sur un joli bateau blanc en attendant le début d'une nouvelle histoire. Le début de la saison, ce sera quand j'aurai des sous. J'aimerais bien avoir des pistes chaudes, ça me détendrait, mais pour le moment... Pourtant, on a un bateau, une équipe performante, on l'a montré sur le tour de l'Europe l'année dernière. J'ai tout de même une forte notoriété et une expérience qui sont mises en lumière grâce à l'exploit de François aujourd'hui...

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.