
LA SOLITAIRE attire de plus en plus les jeunes talents venus d'outre-Manche. Ils sont six, cette année, à défier les meilleurs marins français. David Kenefick était encore enfant lorsqu'il a vu passer la flotte de la Solitaire sous ses fenêtres de Crosshaven, en Irlande. En 2007, c'est en dériveur, et aux aurores, qu'il est allé accueillir des concurrents aux yeux rougis par la fatigue. Il a tout de suite compris l'effort physique demandé par cette course et s'est promis d'en prendre le départ le plus vite possible.
C'est désormais chose faite puisque le benjamin de l'épreuve devrait fêter ses vingt-deux ans en mer, au large de la péninsule Ibérique. Il rêve de décrocher la première place du classement bizuth, mais il devra pour cela surpasser les derniers arrivés du circuit et notamment deux Anglais, Edmund Hill et Jackson Bouttell. Ces deux jeunes navigateurs ont bénéficié du soutien de l'Artemis Offshore Academy, présente sur le circuit figariste depuis 2011. Les deux marins peuvent également compter sur les conseils de Sam Goodchild, deux Solitaires au compteur. À tout juste 23 ans, le marin anglais fait figure d'ancien parmi ses concurrents d'outre-Manche.
Grâce à son entraînement au Pôle course au large de Port-la-Forêt, en compagnie de son compatriote Henry Bomby, le jeune marin a pu se mesurer aux plus grands noms de la voile française. Marcus Hutchinson, le manager d'équipe des six skippers anglophones, explique qu'il ne serait pas surpris de voir Sam Goodchild se hisser entre la 10e et la 15e place du classement. «Il a désormais la maturité nécessaire», précise-t-il. Grâce à ses partenariats et à Artemis Offshore Academy, le jeune Anglais a pu se constituer un budget suffisant pour défier les plus grands. «Ce n'est pas parfait mais je n'ai pas à me plaindre», précise-t-il.
Au-delà des performances sportives, les skippers anglo-saxons doivent faire preuve d'imagination pour trouver des financements et participer à une course en France. Nick Cherry, un redoutable régatier qui prépare sa deuxième Solitaire avec une énergie communicative, insiste sur la nécessité de consacrer une large partie de son temps aux sorties en mer avec ses partenaires anglais qui découvrent le support Figaro.
«Il faut se rendre compte que le modèle économique de sponsoring voile français n'a pas d'équivalent de l'autre côté de la Manche, explique Marcus Hutchinson. Nous avons donc choisi de nous organiser en pool pour réaliser des économies d'échelle. Puis nous avons tenté une démarche originale: lancer un nouveau marin, David Kenefick, avec une identité forte, sans marque: Full Irish.» La voile du skipper affiche son drapeau national et la stratégie a bien fonctionné puisque la semaine dernière, soit une dizaine de jours seulement avant le départ, le Comptoir Irlandais a été séduit par le projet et a conclu un partenariat avec le jeune skipper. «Pour nous, c'est un cas d'école, se réjouit Marcus Hutchinson. Nous cherchons à développer ce genre de partenariats trans-Manche.» La filière internationale de la Solitaire est désormais solide et prête à se mesurer aux talents français.