
La 44e édition de la Solitaire débute demain pour un parcours en quatre étapes s'annonçant sélectif à souhait.
La flotte figariste quitte aujourd'hui Bordeaux à 15 h 15 pour une première mise en jambe. Un prologue entre le pont de Pierre et le pont d'Aquitaine ne devant toutefois pas compter pour le classement. Mais la grande transhumance des 41 participants de la Solitaire du Figaro Éric Bompard Cachemire débute véritablement ce dimanche à 13 h depuis Pauillac, et ce, par une première étape doublement amphibiotique. En effet, après un périple de 536 milles offrant une sortie de l'estuaire de la Gironde, une navigation hauturière et une côtière, ils découvriront la toute récente Douro Marina, à deux pas du centre historique de Porto.
Thierry Chabagny (Gedimat), le couteau entre les dents, sera plus que vigilant sur les premiers milles du parcours proposé dans un chenal où bancs de sable et objets flottants peuvent jouer les chausse-trapes sur une trentaine de milles. Même si le courant descendant doit être favorable: «La façon dont on va s'extraire de la Gironde va être très importante. Les premiers à passer la pointe de Grave vont pouvoir envoyer le spi, et cela risque donc d'étaler la flotte. Méfiance, donc. Surtout que le vent portant dans le golfe de Gascogne va être de plus en plus fort en allant vers le cap Finisterre».
Après cet aspirateur à vent pouvant dépasser les 30 noeuds, dans la soirée de lundi, la configuration de la course devrait changer selon Cyrille Duchesne, prévisionniste chez Météo Consult. Une petite bulle dépressionnaire, synonyme de vents faibles, va donc bloquer l'alizé portugais et devenir un véritable noeud gordien où les choix stratégiques seront primordiaux. Anthony Marchand (Bretagne-Crédit Mutuel Performance) aime ces situations qui font le sel de la course: «Dans cette zone de grosse molle, même si les options sont connues, il va falloir bien les gérer. Soit la contourner, soit essayer de couper la poire en deux en souhaitant ne pas se faire piéger sur une route plus directe. Mais c'est le principe de la Solitaire, trouver le bon placement par rapport aux adversaires.» Cette première partie de course devrait constituer déjà un sérieux aperçu des forces vives de l'épreuve. Mais la route sera encore très longue pour décrocher la timbale vers le 23 juin au pied des falaises dieppoises. Un écrémage scélérat devant impitoyablement faire rire ou grincer des dents.
Car seulement après un peu moins de trois jours de repos, les organismes déjà légèrement entamés prendront la route depuis Porto pour rejoindre la cité espagnole de Gijon, via une bouée située en plein golfe de Gascogne. Un golfe qu'ils traverseront à partir du 13 juin pour une 3e étape devant les faire enrouler l'île d'Yeu, marque de parcours qui ouvre une classique balade côtière des rivages bretons menant cette fois-ci vers le nouveau port de plaisance de Roscoff. Enfin, après une reptation le long des côtes d'Albion, un marin consciencieux, ayant su se jouer de tous les pièges et de l'adversité, pourra légitimement être consacré à Dieppe. Car ils le savent tous, dans ce monde sauvage de la Solitaire l'important est d'être constant.