
Comme prévu, de nuit, les 41 concurrents ont rencontré des conditions plus que sportives à l’approche des côtes de la pointe espagnole.
Météo Consult les avait prévenu. La traversée apéritive du golfe de Gascogne allait s’achever dans une cavalcade endiablée à l’approche du cap Ortegal. Réputée pour l’austérité de ses habitants, la robustesse de ses côtes déchiquetées, cette partie de la Galice a offert une fois de plus son âpreté aux téméraires de la Solitaire du Figaro Éric Bompard Cachemire. Après des heures riveté à la barre sur une mer compliquée par une houle courte de deux mètres, avec parfois des rafales à plus de 40 nœuds, l’ensemble de la meute n’a guère été disert lors de la vacation média de 5 heures. Il a fallu attendre celle de sécurité pour enfin entendre un à un les skippers dirent que tout allait bien. Façon de parler bien sûr.
Une fois le soleil levé, alors que les pêcheurs du coin avaient éteint leurs lamparos et quitté la zone, la situation s’éclaircissait. Et Michel Desjoyeaux (TBS) pouvait glisser quelques mots : « J’ai passé une nuit rivé à la barre dans des grands surfs et sous spi lourd dès que c’est monté à plus de 30 nœuds. Comme on ne voit pas bien les vagues, on se fait piéger un peu plus souvent et je suis parti plusieurs fois au tas ». De telles situations ont été monnaie courante et surtout trébuchante pour tous. Nombre de bateaux ayant été aperçus couchés par les camarades présents à proximité. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) annonçant même au bateau direction de course qu’il allait faire quelques temps une route opposée pour se défaire d’un cocotier autour de son étai.
Michel Desjoyeaux voyait la journée à venir avec jubilation : « Pour la première fois depuis hier soir, je viens de descendre à l’intérieur pour regarder les positions des concurrents et j’ai de bonnes nouvelles. Il y a quelques petits camarades qui sont allés s’offrir un enterrement de première classe un peu plus à terre, dont le leader de la course, Groupe Quéguiner. Cela veut dire qu’avec Armel (Le Cléac’h) on est devant pour l’instant. Je pense que l’on va pouvoir empanner car le vent a molli et n’est plus qu’à 25 nœuds. On va donc repartir plus au large pour retrouver plus de pression. La journée devrait être la suite logique de ce qu’il se passe à terre. Le vent essaye de prendre le virage autour de la pointe Nord-Ouest de l’Espagne sans pouvoir rentrer dans les baies jusqu’à la Corogne. Il faut donc rester au large pour garder du vent frais tout en gérant l’orientation du vent de l’Est au Nord. Un petit casse-tête chinois mais c’est le jeu ».
Le vent devrait nettement tomber en fin de journée et la chaleur faire son apparition pour des organismes déjà bien entamés. La bulle dépressionnaire étant sur la route, elle sera peut-être une chance pour les retardataires de se refaire une santé. Viendra alors le choix de savoir de quel côté l’appréhender pour continuer la glissade vers Porto où ils devraient poser leur ciré demain en fin de journée.
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