
La pétole s’était installée en face du cap Finisterre, créant une nouvelle ligne de départ. A la faveur d’un bon positionnement, Yann Éliès a réussi à s’extirper de la meute dans la nuit.
Alors que le jour est sur le point d’enfler entre les paupières et que l’humidité poisseuse est toujours tenace, quelques bateaux sont appelés pour la vacation radio du matin. Il est 5 heures. Yann Éliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) est le premier à répondre : « J’ai passé une bonne nuit. On a avancé avec un vent inespéré et du coup, j’en ai profité pour bien dormir. Il y a du trafic sur zone et je vois des feux de temps en temps. Cela commence à me peser de ne pas avoir d’AIS car mon ordinateur ne fonctionne pas. Je ne sais pas avec qui je suis. Pour l’instant, je ne sais pas trop où est le vent et comment il va être jusqu’à l’arrivée ».
La réponse à ses questions ne va pas tarder. L’heure est en effet à la lecture du classement général pour Gilles Chiorri, depuis le bateau Direction de course. Tous sur le plan d’eau attendent avec angoisse le verdict d’une nuit de tous les dangers. Avec le secret espoir d’être parmi les premières cités. Vont-ils regretter les petites minutes de trop à somnoler ? Être heureux de savoir que leur choix de positionnement depuis que le vent a daigné leur insuffler l’énergie de progresser a été judicieux ? La sentence égrainée posément par l’ancien figariste est radicale. Un soulagement pour certains. En revanche, alors qu’ils en sont à 66 heures de course, les largués doivent prendre un bon coup de massue sur la calebasse. Selon les positions relevées par les balises Argos à 4 h 48, Yann Éliès, à 45 milles de la ligne d’arrivée à Porto, pointe en tête. Frédéric Duthil (Sepalumic) est sur ses talons à 1852 mètres et Xavier Macaire (Skipper Hérault) à 3 milles. Ce trio progressait à près de 7 nœuds, porté par un vent de Nord à tendance Ouest. Derrière, le chapelet du terrain perdu est intraitable. Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls), 4e, est à 6 milles. Michel Desjoyeaux (TBS), impérial jusqu’à hier après-midi, est quant à lui relégué à la 9e place à près de 8 milles. En l’état des choses, le triple vainqueur de l’épreuve prendrait donc une heure minimum de retard sur cette Solitaire du Figaro Éric Bompard Cachemire. D’autres prétendants cités au sein des favoris au départ de Bordeaux doivent encore plus faire la soupe à la grimace. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), Jérémie Beyou (Maître CoQ) ou Morgan Lagravière (Vendée) se voient au diable Vauvert.
La fin d’étape sera donc palpitante, le vent s’annonçant capricieux jusqu’à l’embouchure du Douro. Verdict sans doute en milieu d’après-midi.
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