
Alors que les leaders quittent définitivement les côtes anglaises à la bouée Owers pour traverser la Manche, le scénario a encore changé sur cette 46ème Solitaire du Figaro - Eric Bompard cachemire qui s’annonce indécise jusqu’au bout. Adrien Hardy (Agir Recouvrement) et Xavier Macaire (Skipper Hérault) se sont fait la belle devant Vincent Biarnès (Guyot Environnement) et Benjamin Dutreux (Team Vendée) et distancent Yann Eliès (Groupe Quéguiner - Leucémie Espoir) et Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) de 5 milles. De quoi remettre en cause le classement général, même si à 100 milles de l’arrivée, et dans les conditions de vent très aléatoires annoncées, l’élastique peut encore se tendre ou se détendre… voire casser !
« Franchement, Xavier est impérial, il navigue super bien et ça ne va pas être facile de le battre sur cette étape ». C’est Vincent Biarnès (Guyot environnement), revenu du diable vauvert hier et 3ème au pointage de 5 heures, qui rendait hommage à la vacation ce matin au Skipper Hérault. Une phonétique qui colle décidément à la peau de Xavier Macaire depuis le départ de Torbay. Après avoir vu son avance de 7 milles fondre complètement en deux heures, stoppé net au pied du cap de Start Point, certains se seraient lamentés sur leur sort, d’autres auraient craqué. Solide, le Montpelliérain a accepté ce revers et su prendre le train, attelé à la locomotive d’Adrien Hardy venu faire le plein de charbon à la côte. Ces deux-là ne se sont pas lâchés, navigant au nord d’une flotte reconstituée. Avec un peu plus de pression et de bons recalages à terre, toujours en phase avec les petites bascules et le courant, ils viennent de passer avec 4 petites minutes d’écart la bouée Owers au lever du jour. Le courant a renversé et porte désormais à l’Ouest ; il va ralentir encore un peu la progression des suiveurs, bref tendre encore l’élastique.
La dorsale, seule planche de salut
Dire que certains se sont refaits la cerise à Start Point est un euphémisme. Chance ou réussite ? Peu importe, c’est le jeu d’une navigation estivale en Manche où vent et courant rebattent les cartes parfois à grandes brassées. C’est ainsi les Biarnès (Guyot environnement), Richomme (Skipper Macif 2014), Dutreux (Team Vendée), ou le brillant anglais Alan Roberts (Magma Structures) sont passés comme des fleurs. Plus compliquée fût la progression de Yann Eliès (Groupe Quéguiner - Leucémie Espoir) et Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) qui ont choisi de se marquer et de rester plus au large, progressant jusqu’à 0,5 nœuds moins vite que les leaders cette nuit. Muets à la vacation, les deux patrons de cette 46ème Solitaire du Figaro - Eric Bompard cachemire doivent commencer à trouver détestable le scénario de cette dernière étape qui s’annonce indécise jusqu’au bout. Le vent d’Ouest/Sud-Ouest pourrait bien tenir pour la traversée de la Manche au reaching. Mais une petite cellule anticyclonique centrée sur le Cotentin peut encore ouvrir le jeu jusqu’à l’arrivée à Dieppe, distante de 47 milles après l’atterrissage à Antifer.
Une quatrième nuit en mer ?
Difficile dans ces conditions de faire une ETA. Dans 2 à 3 nœuds de vent, un Figaro Bénéteau est quasiment arrêté. Avec un petit thermique de 6 à 8 nœuds, il marche quasiment à la vitesse du vent s’il n’est pas pile dans l’axe. Autant dire que les skippers vont s’appliquer à récupérer par petites siestes ce matin sous pilote bien réglé en mode vent, en prévision d’un final homérique. C’est à quelques mètres que peut se jouer le classement final de cette 46ème Solitaire du Figaro - Eric Bompard cachemire. Si Adrien Hardy ne peut prétendre qu’à la victoire d’étape pour finir en beauté (il est 23ème au général), les paris entre Yann, Charlie et Xavier pour le général sont ouverts.