
Avec le départ dimanche de la 12ème édition de la Transat Jacques Vabre, Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) franchit un nouveau palier dans sa campagne de préparation à l’Everest de la voile, le Vendée Globe 2016. Pour sa première course transatlantique en Imoca, voilier support de la grande transhumance planétaire, Fabrice va bénéficier du format du double, idéal pour s’aguerrir toujours et encore, aux côtés d’un immense professionnel, le Finistérien Eric Péron.
Les deux hommes aux parcours nautiques pourtant si différents, ont trouvé les atomes crochus indispensables pour partager l’aventure entre Normandie et Brésil, et la juste mesure entre apprentissage et performance sportive. Fort de ses 7 traversées de l’Atlantique, et pour sa seconde participation à la Transat Jacques Vabre, Amedeo plonge avec délice dans le grand bain de la classe Imoca, conscient de la hiérarchie qu’impose la course aux armements, mais avec plus que jamais ce désir singulier de partager son regard de Candide, jeune Télémaque de la voile à l’assaut de son Odyssée.
Le bon casting
Le choix d’un binôme pour une transat en double peut être dicté par nombre de facteurs humains, sportifs ou techniques. Fabrice Amedeo, humble devant la tâche, connait ses manques et ses lacunes, notamment à bord d’un 60 pieds Imoca. Eric Péron, fraichement débarqué d’une remarquable Volvo Ocean Race est à l’évidence un marin à qui l’on aimerait ressembler, athlète complet, navigateur confirmé, compétiteur né, doué, doté de la juste mesure d’humour et de convivialité pour faire trois semaines durant le Maître d’apprentissage idéal. Amedeo va donc s’inspirer de l’homme, s’imprégner de son esprit, copier la méthode du marin, et engranger avec appétit la masse de connaissance qu’Eric dispensera sans retenue. « On s’entend naturellement bien avec Eric qui a intégré mon niveau de jeu d’amateur éclairé. Il va m’épauler sur la partie sportive du projet. J’attends de lui qu’il m’apprenne, qu’il me donne les clés. C’est pour moi une transat d’apprentissage, et pour lui, un challenge sportif. Mais il intègre parfaitement le fait que je suis encore en « formation Imoca ». Il est intelligent et a compris les nuances…Il a par exemple un savoir faire informatique très poussé depuis la Volvo Ocean Race, et je vais beaucoup apprendre à son contact », déclare Fabrice Amadeo.
Des objectifs mesurés
Naviguer, certes, mais avec en tête toujours l’idée, l’envie viscérale de raconter, de partager. Journaliste, Fabrice Amedeo ne se départira pas totalement en mer de sa fibre professionnelle. Par l’image, par l’écrit, il compte bien narrer heurs et malheurs par le menu, avec cependant une dose toujours aussi mesurée d’ambition. « On est conscient qu’il y a deux divisions sur cette TJV en 60 pieds, les bateaux à foïls et la génération 2012 d’un côté, et les bateaux de la génération de Newrest-Matmut. Le jeu consistera à ne pas trop regarder les nouveaux bateaux qui sont en capacité de nous distancer à certaines allures… C’est déjà énorme pour moi d’être en Imoca. Je connais ma place. J’accepte être décroché à certains moments. J’ai de bons partenaires qui connaissent la cohérence du projet. On ne se raconte pas d’histoires. Il nous est difficile d’ambitionner mieux qu’une 10ème place… »
Voir Itajai…
Eric Péron était en 2009 au départ de la Transat Jacques Vabre, mais pas à l’arrivée, suite à la perte de la quille du 40 pieds de son co-skipper de l’époque Tanguy De Lamotte. Il a pourtant découvert la ville en avril dernier, dans le cadre de la Volvo Ocean Race avec le bateau Dong Feng. Mais là encore, le démâtage du VOR 65 l’a privé d’une découverte par la mer. « Je me réjouis de pouvoir enfin y arriver par la mer, et en course » s’amuse t’il. « La course au large est un grand jeu pour moi, et il me tarde d’entrer dans la cour… » Flatté d’avoir ainsi été appelé par Fabrice, Eric entend par dessus tout partager une méthodologie, une approche toute en sécurité du métier. « Je peux lui apporter quelque chose en matière de trajectoires, mais surtout lui inculquer comment ne pas se mettre en danger avec le bateau. »