
L’instauration de marques de parcours dans les mers du Sud limite les risques de rencontrer des icebergs et facilite les secours en cas de fortune de mer.
A sa création en 1989, le parcours du Vendée Globe se voulait simple. Réaliser un tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance, en laissant à bâbord les trois Caps de Bonne Espérance, Leeuwin et Horn. Le règlement tenait en trois lignes. L’histoire dramatique du Vendée Globe 1996-1997 changea la donne. Après les chavirages successifs de Raphaël Dinelli, Tony Bullimore et Thierry Dubois, puis la disparition du Canadien Gerry Roufs, les organisateurs durent revoir les règles du jeu. Premier constat : toutes ces fortunes de mer eurent lieu dans les traversées de l’Océan Indien et du Pacifique Sud, et parfois sous des latitudes australes très basses. Les Australiens s’insurgent Ce dernier point souleva une vive polémique aux antipodes. En effet, la Marine nationale australienne en charge d’organiser les sauvetages de Dubois et Bullimore déploya des moyens aériens et maritimes considérables pour remplir sa mission. Les avions de reconnaissance n’avaient pas un rayon d’action suffisant et ne pouvaient pas balayer la zone de recherche plus d’un quart d’heure avant de retourner à leur base. Les bâtiments de guerre australiens mirent aussi un temps fou pour rejoindre les naufragés. Les autorités de Sydney fustigèrent cette course planétaire qui envoyait des marins au casse-pipe, près de l’Antarctique, en dépit de toutes normes élémentaires de sécurité. Dans un premier temps, en 2000-2001, il fut donc décidé de limiter la distance qui sépare la course du continent australien en établissant une marque de parcours. Les portes des glaces Depuis cette date, les outils satellitaires capables de détecter la présence d’icebergs dans les mers du sud sont devenus beaucoup plus fiables. En disposant de fichiers précis de ces mines flottantes, les organisateurs instaurent depuis la précédente édition du Vendée Globe des passages obligatoires qui empêchent les solitaires de plonger dans le grand Sud proche du 60ème parallèle sud, où pullulent les icebergs et autres growlers qui s’en détachent. Ces derniers, à fleur d’eau, étant indétectables. Ces marques de parcours baptisés « portes des glaces », sont au nombre de huit. Une à la sortie de l’Atlantique, au sud de la pointe de l’Afrique, quatre disséminées à intervalles réguliers dans l’Océan Indien, et trois dans la traversée du Pacifique Sud. Un jeu limité On ne peut que saluer cette initiative qui évite aux navigateurs de courir de trop grands risques. Seul petit bémol, l’intérêt sportif de la course autour de l’Antarctique est limité car ces passages obligés, plantés haut en latitude, limitent les options stratégiques. Plus question de partir dans le grand Sud pour aller chercher une dépression favorable ou plonger pour se raccourcir considérablement la route. Les solitaires n’ont d’autre choix que d’infléchir légèrement leur trajectoire à gauche ou à droite d’une porte à une autre en jouant avec la force et la direction du vent. Un revers de la médaille qui est tout simplement le prix de la sécurité.