Retour à la Base : attention, une course peut en cacher une autre !

Course au large
Par Figaronautisme.com

À quelques jours du départ de la 16e édition de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre, les skippers de la classe IMOCA se plongent progressivement dans leur bulle de concentration, pour mieux affronter l’immense épreuve à venir… Car cette année, ce n’est pas une seule course transatlantique qui attend les marins, mais bien un aller-retour successif et inédit, qui va les mener à batailler en mer durant près de six semaines ! Un challenge physique et technique à la hauteur de l’objectif final : assurer leur place sur la ligne de départ du Vendée Globe 2024.

©Anne Beaugé / Retour à La Base
À quelques jours du départ de la 16e édition de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre, les skippers de la classe IMOCA se plongent progressivement dans leur bulle de concentration, pour mieux affronter l’immense épreuve à venir… Car cette année, ce n’est pas une seule course transatlantique qui attend les marins, mais bien un aller-retour successif et inédit, qui va les mener à batailler en mer durant près de six semaines ! Un challenge physique et technique à la hauteur de l’objectif final : assurer leur place sur la ligne de départ du Vendée Globe 2024.

« Et si on pimentait un peu le jeu ? » Voilà ce que la classe IMOCA semble avoir soufflé à ses marins en concoctant le calendrier de cette fin d’année 2023. Car à l’heure de quitter leurs pénates pour gagner les pontons havrais, c’est bien pour deux courses consécutives que les skippers ont préparé leurs bagages : la Transat Jacques Vabre, qui s’élancera en double le dimanche 29 octobre des côtes normandes, puis le Retour à La Base, qui partira le 26 novembre de Fort-de-France (Martinique) pour rallier Lorient… le tout en solitaire, pour couronner l’affaire !

Un scénario sans précédent qui suscite autant d’excitation que d’appréhension dans les 38 équipes engagées sur le Retour à La Base. Car tous savent déjà qu’ils n’auront que très peu de temps pour goûter à la douceur de vie antillaise… Sur la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre et son parcours théorique de 5400 milles nautiques, qui les fera passer par deux fois le redoutable Pot au Noir, ce sont deux bonnes semaines de mer qui attendent les duos les plus rapides – plus de 3 semaines pour les plus lents ou les éclopés des alizés ! Pas besoin de dégainer son calendrier pour comprendre qu’avec un nouveau départ prévu pour le 26 novembre, le compte-à-rebours sera très vite écoulé avant de reprendre la mer…

Petits secrets pour se reposer

Comment récupérer au mieux entre ces deux épreuves ? A ce jeu, tous les marins ont leurs petits secrets : du surf pour Yannick Bestaven (Maître Coq), un logement en pleine forêt pour Isabelle Joschke (MACSF), ou encore le trio gagnant « dormir, manger et rire » pour la Britannique Pip Hare (Medallia) ! « Tout le monde sera bien cramé, il faudra bien recharger les batteries, le challenge résidera surtout là », confirme l’expérimenté Jérémie Beyou, le skipper de Charal qui prévoit pour sa part de mettre en place « un sas psychologique entre les deux courses pour réussir à vraiment couper. »

Et si les jeunes parents étaient enfin un peu favorisés à ce jeu-là ? « Ce qui est sûr, c’est qu’on va tous commencer la course cuits, souligne ainsi Eric Bellion, le skipper du tout nouvel IMOCA Stand as One. C’est aussi l’avantage d’avoir un enfant en bas âge finalement : être cramé, je sais ce que c’est ! » Et la navigatrice Samantha Davies (Initiatives-Cœur) d’y voit même du positif dans cet enchaînement qui requiert résilience et endurance : « Parfois ce qui est fatiguant c’est de rentrer à la maison, reprendre le rythme familial, l’école, la vie quotidienne... Là on va rester en mode course, ça permet de rester dans sa bulle ! »

Le collectif à l’épreuve

Mais au-delà des petites astuces individuelles, une constante demeure dans ce challenge hors-norme : mesurer la force du collectif qui œuvre derrière chaque solitaire. « J’ai une super équipe en laquelle j’ai hyper confiance, et sur qui je vais pouvoir me reposer... pour mieux me reposer ! », explique ainsi Violette Dorange, benjamine de l’épreuve sur son IMOCA DeVenir, qui naviguera pour la toute première fois en solo sur son bateau lors du Retour à La Base.

Cette configuration exceptionnelle va en effet solliciter tous les membres des teams IMOCA, qui devront s’assurer en un temps record que le bateau est en état d’affronter l’Atlantique Nord au mois de décembre. « Dans ce genre de moments où il faut vraiment remettre vite le bateau d’aplomb pour une autre transat hyper importante pour le projet, la solidité et la confiance qu’on a dans l’équipe, c’est la clé », confirme la navigatrice Clarisse Crémer, qui a lancé son projet avec le bateau L’Occitane en Provence en avril seulement.

Un challenge qui va permettre ainsi de resserrer les rangs, à moins d’un an d’un Vendée Globe qu’ils rêvent tous de disputer. « Finalement, on est heureux de relever ce défi en tant que petite équipe. Ça nous amuse », reconnaît ainsi le skipper de Lazare, Tanguy Le Turquais, qui n’est pas le dernier à apprécier les challenges, peu importe leur nature !

« Sur le fil » entre passion et raison

Reste que malgré cette effervescence, il faudra aussi mesurer constamment le risque, sur l’aller comme sur le retour. Car pour bon nombre de marins engagés sur la Transat Jacques Vabre, prendre le départ du Retour à La Base – et, dans l’idéal, le terminer – est une nécessité pour participer au prochain Vendée Globe.

Les nouvelles règles de qualification pour l’épreuve-reine de la classe IMOCA obligent en effet à prendre le départ d’au moins une course en solitaire avant 2024, et d’en boucler une avant le Vendée Globe. A ce jour, 14 marins ne répondent pas encore à cet impératif ! Et pour les autres, chaque mille supplémentaire leur permet d’assurer un peu plus leur candidature finale, dans ce grand rendez-vous qui se joue malheureusement à guichets fermés…

S’il est inimaginable pour tous ces férus de compétition de naviguer le pied sur le frein lors de la transat en double, objectif sportif qu’ils préparent avec acharnement depuis plusieurs mois, sauront-ils toutefois raison garder pour assurer l’avenir ? « Il faudra faire preuve d’ambition et de raison, marcher sur un fil pour tout donner tout en veillant constamment à préserver le bateau », reconnaît ainsi Yohann Richomme, qui fait partie avec son IMOCA Arkea Paprec de ceux qui ne peuvent pas se permettre de manquer leur Retour à La Base.

Une épée de Damoclès qui pèsera, quoi qu’il arrive, sur la complexe équation physique et psychologique que constitue une course au large à un niveau aussi relevé ! Mais qui va contribuer, assurément, à faire de cette fin d’année 2023 une belle fête pour tous les amateurs de voile et d’aventure, et une épreuve aussi intéressante qu’instructive dans le sillage de leurs marins préférés.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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