
À Marseille, l’heure est à la montée en puissance. Sur les quais du Vieux-Port, les derniers réglages s’enchaînent, les équipages s’activent et la tension monte à mesure que s’approche le lancement de la 60e Semaine Nautique Internationale de la Méditerranée. Du vendredi 3 au lundi 6 avril 2026, la Société Nautique de Marseille s’apprête à faire vivre une édition anniversaire particulièrement attendue, réunissant plus de 100 équipages et plus de 1 500 marins.
Épreuve de référence, la Snim est la seule régate habitable de Méditerranée française classée Grade 3, aux côtés des Voiles de Saint-Tropez et de la Loro Piana Giraglia. Ouverte aux IRC et aux monotypes, elle comptera cette année encore pour les Championnats Méditerranée IRC Duo et Équipage. Un décor prestigieux, un plan d’eau réputé exigeant, et un niveau sportif qui promet d’emblée une édition intense.
Marseille, terrain de jeu de l’élite internationale
Dans les catégories IRC 0 et 1, certains noms attirent déjà tous les regards. C’est le cas d’Albator, équipage rompu aux grandes joutes internationales. Son CV parle pour lui : tous les Fastnet depuis 2019, deux podiums, l’Admiral’s Cup 2025 sous les couleurs françaises, sans oublier les grandes courses du RORC en Angleterre, aux Antilles et sur les classiques de 600 milles.
Pour Benoît Briand, chef de projet de l’équipe, la Snim coche toutes les cases. « On adore naviguer à Marseille et la Snim est une régate prestigieuse. Le plan d’eau phocéen peut être très venté à cette période de l’année, et c’est ce que nous venons chercher également », explique-t-il. Mais cette participation a aussi valeur de test grandeur nature pour Albator 3, nouveau bateau de l’équipe, récemment optimisé pour mieux répondre aux exigences de la navigation en Méditerranée.
Construit au Brésil pour des plans d’eau peu ventés, le voilier a été retravaillé avec l’architecte espagnol Marcelo Botin, afin de l’adapter à des formats plus engagés, comme la course de nuit de la Snim ou des épreuves de 24 heures et plus. « Nous voulons bien sûr performer à la Snim, mais nous savons aussi que nous sommes en phase d’apprentissage du bateau », souligne Benoît Briand. Une lucidité qui n’empêche pas l’ambition : se mesurer au meilleur niveau possible, dans des conditions idéales pour progresser.
La fièvre du monotype monte d’un cran
Autre tendance forte de cette 60e édition : l’essor spectaculaire du monotype. Avec des bateaux strictement identiques, la discipline met en lumière la qualité des manœuvres, la finesse tactique et la cohésion des équipages. À Marseille, le succès est tel que la classe J70 affiche un record de participation avec 25 bateaux engagés, un niveau inédit en France. Pour Philippe Bonavita, président de la Classe J70 et en charge de l’organisation du Mondial, le contexte joue à plein. La tenue prochaine du championnat du monde J70 à Marseille, à la fin du mois de mai, renforce l’attractivité de la Snim. « C’est très attractif de naviguer à la Snim sur le plan d’eau des JO, les conditions météo sont très intéressantes et on apprécie toujours l’aspect festif à la Nautique. On se devait d’être là pour la 60e ! »
Le J70 séduit aussi par son accessibilité sportive. Le Championnat du monde Corinthien, réservé aux amateurs, ouvre la pratique à des profils variés, validés par World Sailing. Résultat : une classe profondément intergénérationnelle, où se côtoient jeunes équipages d’une vingtaine d’années et propriétaires expérimentés de plus de 70 ans. Parmi eux, Jean-Pierre Liandier, membre de la Société Nautique de Marseille, a choisi de participer au Mondial pour célébrer son entrée dans sa 80e année.
Une jeunesse ambitieuse et décomplexée
Dans ce bouillonnement sportif, la relève prend de plus en plus de place. Et elle ne vient pas faire de la figuration. À 23 ans, Julia Damodio, skipper du J70 Frioul, incarne cette génération déterminée, engagée et déjà très affûtée. Son équipage 100 % féminin, monté il y a environ deux ans, avance avec enthousiasme sur un support qu’elle juge aussi exigeant qu’excitant. « C’est un bateau qui est vraiment sympa, sur lequel on peut naviguer à 5, donc un gros équipage par rapport à la voile légère d’où nous venons à peu près toutes. C’est un support assez difficile techniquement, dont il faut apprendre les réglages », explique-t-elle. Le plaisir de naviguer est bien là, mais l’objectif est clair : performer. Avec une franchise rafraîchissante, elle résume l’état d’esprit de l’équipage : aller au bout de ses ambitions.
Le groupe peut compter sur l’accompagnement de Xavier Rohart, figure emblématique de la voile française, au sein du Pôle Inshore Sud. « Je pense que Xavier nous apporte essentiellement de la sérénité », glisse Julia Damodio. Réglages, vitesse, tactique, stratégie : l’encadrement est complet. Reste une inconnue, toujours décisive à Marseille : le vent. Plus léger en gabarit que beaucoup d’adversaires, l’équipage espère des conditions qui lui permettront d’exprimer tout son potentiel.

La “nouvelle vague” au cœur de l’édition anniversaire
Au-delà de la seule performance sportive, cette 60e Snim assume aussi une mission de transmission. Sur les pontons et les passerelles, la présence massive de jeunes équipiers saute aux yeux. Certains maîtrisent déjà les codes d’un univers dans lequel ils ont grandi. D’autres viennent d’écoles de voile ou découvrent encore les subtilités du vocabulaire et des automatismes de la régate en habitable.
À travers cette édition anniversaire, la Société Nautique de Marseille veut envoyer un signal fort. La Snim n’est pas seulement une classique du calendrier : elle est aussi un tremplin. Un lieu d’apprentissage, de brassage des générations et de montée en compétences, dans un cadre de compétition de très haut niveau. Cette volonté prend une forme concrète avec la création du Trophée 60e Snim - Banque Populaire Méditerranée - Nouvelle Vague, destiné à récompenser l’équipage présentant la plus faible moyenne d’âge dans la catégorie J70. Une manière symbolique et forte de mettre à l’honneur cette jeunesse qui arrive, apprend vite et transforme déjà le visage de la régate.
Une édition anniversaire très attendue
Parrainée par Justine Mettraux, cette 60e édition s’annonce comme l’un des temps forts du printemps nautique. Le programme débutera dès le jeudi 2 avril avec la confirmation des inscriptions et les contrôles de jauge. Le vendredi 3 avril, après le briefing des skippers à 10h30, les équipages prendront la mer à partir de 15h, avec le départ de la grande course pour les IRC 0, 1, 2, 3 et les duos, selon les conditions météo. Les régates se poursuivront samedi, dimanche et lundi, avant une remise des prix prévue le 6 avril à 19h.
Sur l’eau comme à terre, tous les ingrédients sont réunis : l’intensité de la compétition, le prestige de l’événement, la ferveur marseillaise et l’énergie d’une nouvelle génération prête à bousculer la hiérarchie. À 60 ans, la Snim regarde plus que jamais vers l’avenir.
vous recommande