Vendée Globe : Hugo Boss concède du terrain, passage dans l'hémisphère sud...

Quelques heures durant, un doute a flotté dans l’étrave de HUGO BOSS. En 48 heures en effet, entre son franchissement de l’équateur en leader, avec 78 milles d’avance sur LinkedOut, son dauphin, et ce jeudi, Alex Thomson a vu son avance réduire comme neige au soleil du Brésil : il ne comptait plus que 15,4 milles d’avance sur Thomas Ruyant au classement de 15 heures et 44,8 sur Charlie Dalin (Apivia) pointé à plus de 160 milles en début de semaine.
Crise de foi ? Soucis techniques ? Petites cachotteries ? Difficile à dire, le skipper anglais n’ayant pu répondre à la vacation du matin. Au jeu des théories, poussons en vrac et dans le désordre celle de la grosse session bricolage, prévue dans le Pot au Noir - mais finalement repoussée puisque, de Pot au Noir, il n’y en eut quasiment pas pour les leaders - ; celle de la réduction de voilure le temps de mener un train complet de contrôles et de petites réparations ; celle du décalage de performances entre HUGO BOSS d’une part et LinkedOut et Apivia d’autre part, proposée par Marcus Hutchinson (team manager de LinkedOut) et qui, en substance lors de la version anglaise de l’émission Vendée Live, soulignait qu’à des designs différents correspondaient des pics de performance différents ; et puis celle de Yann Eliès, interviewé en tant qu’expert lors de l’émission quotidienne, le Vendée Live, ce jeudi midi, et qui confiait indirectement les clés de la performance d’Alex Thomson à Nicolas Troussel : « Est-ce que c’est la configuration de foils de HUGO BOSS ? C’est possible. Mais il est aussi possible que les marins aient levé le pied par rapport à (ce qu’a vécu) Nicolas Troussel. On se pose beaucoup de questions sur le démâtage (de CORUM L’Epargne, lundi matin, ndlr), il est urgent de faire attention à la tension qu’on met dans le gréement en ce moment ».
Les résultats des expertises qui sont actuellement menées sur les circonstances du démâtage de Nicolas Troussel, dans des conditions de navigation acceptables, sont très attendus. Ce démâtage soulève des questions dans toutes les équipes, toutes équipées d’un des mâts monotypes imposés par la Classe IMOCA afin de sécuriser la flotte – et le résultat est probant depuis plusieurs années. Des flots de datas envoyés par CORUM L’Epargne sortiront des informations utiles au collectif.
HUGO BOSS, LinkedOut et Apivia navigueraient donc collé-serré ? Oui et non, puisque 70 milles séparent en longitude Alex Thomson, très à l’Ouest, du duo de Frenchies. Là, Alex Thomson a trouvé des vents un peu moins soutenus, mais qui lui ont permis de glisser plein Sud, tout se réservant la possibilité d’attaquer la traversée de l’Atlantique sud quand bon lui semblera. Calés plus Est, Thomas Ruyant, Charlie Dalin et leurs plans Verdier grappillaient encore du terrain ces dernières heures.
12 dans le Sud !
23 heures et 37 minutes après Alex Thomson, Damien Seguin a à son tour franchi l’équateur. Le skipper de Groupe Apicil est le 12e à entrer dans l’hémisphère sud lors de cette édition. Seaexplorer - Yacht Club De Monaco, Initiatives – Cœur, Maître CoQ IV, OMIA - Water Family et ARKEA PAPREC l’avaient précédé. À cette heure, 9 des 12 « sudistes » sont des foilers, mais les « dérives droites » tiennent bon ! On en veut pour preuve la 10e place de Benjamin Dutreux, sacré régatier sur OMIA – Water Family, et forcément la 4e place de Jean Le Cam, encore et toujours. À 135 milles dans le nord du leader, le doyen de la course tient toujours une cadence remarquable, nourrie par son imposant savoir. Kevin Escoffier (PRB) et Louis Burton (Bureau Vallée 2) sont 5e et 6e, à environ 200 milles de la tête de course.
D’ici 24 heures, ils devraient être six de plus la tête en bas. Ces skippers se seront alors débarrassés du Pot au Noir, ce dont rêvent Alan Roura (La Fabrique), pressé de pouvoir se coller une bonne sieste sans avoir à craindre une pétole brutale ou un coup de vent vachard (lire plus bas), ou encore Clarisse Crémer (Banque Populaire X) qui s’inquiète de ne rien avoir à faire lorsqu’il n’y a pas un petit réglage à poser.
Nicolas Troussel à Mindelo
Nicolas Troussel, le skipper de CORUM L’Epargne, a posé au mouillage son IMOCA ce jeudi après-midi après trois jours de traversée au moteur vers les îles du Cap-Vert. Le voici à quelques encâblures des pontons de Mindelo, la 2e ville de l’archipel. Le marin de la baie de Morlaix attend l’arrivée – imminente – de son équipe à terre pour négocier son atterrissage dans un port inégalement mouillé. Prudence prudence, l’essentiel est déjà fait ! L’heure de la saudade, cette musique locale magnifiée par Cesaria Evora, où s’enlacent tristesse et espoir, a sonné pour le marin et toute son équipe. Il convient de ne pas oublier les performances dont a été capable le tandem homme-machine avant que ne cède le mât.