Bientôt le sud de l'Australie

L’évocation de Leeuwin fait raisonner l’histoire de ces grands navigateurs-explorateurs de la compagnie néerlandaise des Indes orientales qui cartographièrent une partie de l’Australie du 17e siècle. La dénomination de ce cap – donnée à posteriori, au 19e siècle - provient d’ailleurs du nom d’un de ces navires pionniers hollandais, « La Lionne ». Prolongement de la pointe sud-ouest de l’Australie, il est pour les marins du Vendée Globe un passage symbolique. Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il ne marque pas les deux tiers du parcours, ni même l’entrée dans l’océan Pacifique qui ne débute qu’à partir de la Tasmanie.
L’insoutenable instabilité de l’air
A l’aube de ce 36e jour de course, l’océan Indien reste toujours le terrain de jeu pour l’ensemble de la flotte. Un terrain labyrinthique et bien complexe. L’anticyclone des Mascareignes s’étend sur presque toute la largeur de la piste, et il sème ses bulles sans vent comme autant de petits cailloux bleus sur le chemin des solitaires.
« C’est un vrai casse – tête » admettait Stéphane Le Diraison. Je viens de passer du portant au près en très peu de temps et hier, le vent oscillait de 10 à 30 nœuds, je suis parti plusieurs fois au tas… ». Le skipper de Time for Oceans (17e) endurait sa punition grâce à une une bonne dose d’humour : « Je suis en train de travailler sur mon livre « le Vendée Globe 2.0 ». C’est complètement has been les dépressions dans les mers australes. C’est tellement plus sexy le tour du monde des hautes pressions ! ». Devant lui, Arnaud Boissières décrivait aussi des conditions de vent très changeantes et un brouillard à couper au couteau. « On se croirait à Saint-Pierre et Miquelon. Je vois à peine l’avant du bateau » confie t-il à la vacation de 5 heures de matin.
Pas facile de trouver son chemin dans ce méandre de zones sans vent et de petits fronts.
Ce régime instable semble être le lot commun pour les 27 solitaires. « On prend un ris, puis on le renvoie, puis le vent monte à nouveau. A la fin, ça finit à la bannette parce qu’il faut bien récupérer » avoue à son tour Armel Tripon (14e) qui surfait à l’avant d’une petite dépression au Nord des Kerguelen, tout en se préparant des œufs au curry pour son petit déjeuner.
A l’arrière d’une dépression qui s’est formée au Sud du cap Leeuwin, les hommes de tête ne sont pas épargnés par ces changements de rythme, comme en témoignent les accélérations et décélérations de la nuit. L’hémorragie se poursuit à petites gouttes pour Charlie Dalin, qui a encore perdu une dizaine de milles sur Thomas Ruyant et Yannick Bestaven, désormais bord à bord.
En bon ouvreur, le skipper d’Apivia est le premier à subir les creux et les bosses de cette piste mal damée. Mais il devrait aussi être le premier à bénéficier du renforcement du vent de Sud-Ouest. Et devrait franchir en tête le deuxième cap de son premier Vendée Globe.
La rédaction du Vendée Globe / Camille El Beze