Les aventuriers du Vendée Globe

Vendée Globe : des sauvetages impressionnants qui ont marqué l’histoire
Avant le départ de la première édition du Vendée Globe en 1989, un seul marin avait réussi l’exploit de faire le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Il s’agit de l’Anglais Robin Knox-Johnston, seul concurrent – sur les neuf au départ - à avoir passé la ligne d’arrivée du Golden Globe Challenge en 1968. Alors, lorsque 13 marins se présentent sur la ligne de départ du premier Vendée Globe le 26 novembre 1989, la question que tout le monde se pose est de savoir combien réussiront à revenir ? Rapidement, les abandons s’enchainent. Un mois après le départ, Philippe Poupon déclenche sa balise de détresse. Il est au large du Cap de Bonne Espérance, loin de toute terre et des routes maritimes. 40 heures après avoir déclenché ses balises, Poupon est repéré par un avion de l’armée sud-africaine à 1500 milles au large du Cap. Le bateau est posé sur le côté. La direction de course a pris les devants et a demandé à trois des concurrents de se dérouter pour venir en aide au navigateur en détresse. Loïck Peyron est le plus proche. Lui, aussi, rencontre des problèmes. Son pilote ne fonctionne pas. Le temps de réparer, et le jeune marin (il a alors 29 ans) met le cap vers la position donnée par les balises de Poupon. Les conditions de mer sont difficiles. Au près, Peyron met 24 heures avant d’arriver sur zone. Guidé par un avion de l’armée sud-africaine, le skipper arrive enfin sur zone et découvre… Fleury Michon X couché sur le flanc comme un vulgaire dériveur ! « Je m'étais préparé à tout sauf à cette situation. Je pensais le retrouver retourné ou dans son radeau. Démâté, non, car Philou n'aurait pas appelé au secours et se serait débrouillé tout seul pour rejoindre la terre ferme ». Grand-voile à bas ris, tourmentin en place, Peyron tourne autour du bateau en détresse mais ne voit aucune trace de Poupon. Il hurle à chaque passage et – enfin – le naufragé sort de sa coque en combinaison de survie. La suite est gravée à jamais sur la pellicule des caméras que Loïck Peyron n’a pas manqué de mettre en marche. Les images des marins se battant pour lancer et récupérer une remorque envoyée puis, lentement, le bateau qui finit par se redresser. Poupon est sauvé. Il peut repartir par ses propres moyens jusqu’au Cap où il annoncera son abandon. Peyron finit deuxième de ce premier Vendée Globe, mais restera – à jamais – le sauveur de Poupon. La première histoire incroyable qui va forger la légende du Vendée Globe et dont les images feront le tour du monde.
En 1996, Raphaël Dinelli navigue dans l’océan Indien, au Sud de l’Australie quand il chavire le jour de Noël. Son bateau est à l’envers, le mât brisé défonce la coque et l’eau, inexorablement, s’engouffre à l’intérieur. La tempête fait rage, l’eau est glacée. Dinelli est parti sur cette édition « en pirate ». Il n’a pas été autorisé à partir en course, car il n’a pas rempli toutes les formalités pour se qualifier. Il est donc parti après les autres, hors course. Mais qu’importe, il est en danger et en vie puisqu’il a déclenché ses trois balises de détresse l’une après l’autre. Le directeur de la course, Philippe Jeantot demande à tous les marins de se dérouter vers la position de Dinelli. Pete Goss, qui n’est pas très loin, envoie un telex à Jeantot : « Philippe, j’ai 55-60 nœuds de vent (plus de 100 km/h). Mer très vicieuse. Je viens de chavirer trois fois. Je ne peux pas faire la route directe. Ici c’est très mauvais. Je fais au mieux… ». Pendant que Goss se bat contre les éléments, la situation de Dinelli est apocalyptique. Son bateau s’est enfin redressé, le mât s’étant détaché. Mais la coque est totalement remplie d’eau. Seul le pont dépasse légèrement au-dessus d’une mer gelée. Le 26 décembre, Pete Goss, au près dans une mer dantesque chavire plusieurs fois. Il est en mode survie, lui aussi, mais ne lâche rien. Dinelli ne peut plus rester dans son bateau totalement immergé. Il doit se résoudre à embarquer dans son canot de survie mais… à peine gonflé, les sangles cèdent et la survie s’éloigne de l’épave. Condamné à rester sur le pont accroché au vit de mulet avec son harnais, Dinelli attend un miracle. Un avion largue deux canots de sauvetage. Dinelli arrive à en récupérer un et monte à bord quand… son bateau s’enfonce dans les eaux. Dans la nuit du 26 au 27 décembre, Pete Goss arrive enfin sur zone au prix d’un effort surhumain. Il faudra attendre le matin pour que le skipper anglais arrive enfin à récupérer le naufragé, en hypothermie et épuisé mais… vivant !
Quelques heures plus tard, Thierry Dubois puis Tony Bullimore sont, eux aussi, en détresse. La marine australienne va réussir deux sauvetages périlleux et ramèneront les deux marins à terre. Sur ce Vendée Globe 1996, ils ne sont que 6 à l’arrivée sur les 16 au départ…
En 2008, Yann Elies est en train de manœuvrer au milieu de l’océan Indien à l’avant quand une énorme vague fait décoller le bateau et… le marin ! La chute est vertigineuse et, immédiatement, la douleur horrible. Le fémur du marin vient de se casser net. A 800 milles de la côte la plus proche, au beau milieu des 40e rugissant, la situation est compliquée. A force de volonté, Elies rampe jusqu’à son cockpit et arrive – on se demande vraiment comment – à mettre son bateau à la cape. Il rejoint ensuite le carré et appelle avec son téléphone satellite son équipe à terre. Marc Guillemot n’est qu’à 120 milles de son concurrent. Il se déroute immédiatement et, une fois sur zone, prend contact par VHF avec le blessé pour le réconforter et lui envoyer des anti-douleurs. Samatha Davies arrive à son tour sur zone. Guillemot envisage d’abandonner son bateau pour sauter à bord de Generali pour aider Elies. Même si cela signifie perdre son propre bateau… Finalement, après 48 heures d’attente, une frégate de la marine australienne arrive sur zone et récupère le blessé.
Trois semaines plus tard, Jean Le Cam chavire au large du Cap Horn alors que le skipper est en train de parler au téléphone avec Vincent Riou, lui aussi en course sur ce même Vendée Globe à quelques milles de distance. Riou et Armel Le Cléac’h cravachent pour arriver sur zone le plus vite possible et ce qu’ils découvrent les pétrifie : « Son bateau était partiellement rempli d'eau. L'arrière était partiellement immergé. Il a vécu dans l'étrave du bateau pendant toute l'attente, avec le petit volume d'air qui lui restait. A chaque vague, il s’enfonçait sous l’eau »… Le Cam arrive à récupérer le bout lancé par Vincent Riou à la 4e tentative. Le naufragé dont le bateau s’enfonce de plus en plus s’attache et se jette à l’eau. De son côté, Riou passe le bout sur son winch et… remonte à son bord son copain après plus d’un quart d’heure d’effort.
En 2013, c’est un véritable miracle que va vivre Javier Sansó. Il est au sud des Açores à une dizaine de jours de l’arrivée lorsque la quille de son bateau se brise. Le bateau chavire et le skipper est projeté à l’eau. Heureusement, il arrive à nager jusqu’au tableau arrière et il peut déclencher sa balise de détresse, percuter son canot de sauvetage et monter à bord. Les secours arrivent six heures plus tard…
En 2016, Kito de Pavant navigue au large des îles Crozet lorsqu’un choc énorme arrache le puits de quille. La voie d’eau qui s’ensuit oblige le skipper à abandonner son bateau qui embarque sur le Marion Dufresne II alors en patrouille au large des Kerguelen. Avant d’abandonner son bateau, le skipper récupère ses disques durs qui enregistrent les images du bord. En les analysant, Kito découvre que l’objet flottant qu’il a percuté est un cachalot…
Lors du Vendée Globe 2020, Kevin Escoffier déclenche sa balise de détresse à 600 milles dans le Sud-Ouest du cap de Bonne-Espérance et envoie un message à son équipe : son bateau PRB se remplit rapidement d’eau. Immédiatement, Jean Le Cam, Boris Hermann, Yannick Bestaven et Sébastien Simon sont déroutés par la direction de course. Le Cam arrive le premier sur zone et découvre Escoffier dans son canot de survie. PRB est parti par le fond ! Mais après ce premier passage, Le Cam perd la trace du naufragé dans une mer difficile et plus de 30 nœuds de vent. Il faudra alors près de 9 heures de recherche en pleine nuit et des dizaines de manœuvres pour que Le Cam retrouve enfin Kevin Escoffier et arrive à le hisser à bord. Douze ans après son sauvetage par Vincent Riou sur son PRB, Jean Le Cam sauve à son tour un skipper… de PRB !
Vendée Globe : l’aventure avec un grand A
Le Vendée Globe est une course à la voile, mais c’est aussi une aventure pour les skippers qui osent se lancer dans ce que beaucoup appellent « l’Everest des mers ». La seconde édition est difficile, les avaries et les drames se succèdent. Le 8 janvier 1993, Bertrand de Broc est aux avant-postes à bord de son bateau Groupe LG qui n’est autre que le bateau vainqueur de la première édition avec Titouan Lamazou. En solitaire, chaque manœuvre doit être bien anticipée et réfléchie. Ce jour-là, de Broc est violemment percuté par son écoute de grand-voile. Le choc est violent. Il se mord la langue qui est ouverte sur plusieurs centimètres. En pleine mer, dans une course sans assistance, c’est soit l’abandon et aller faire escale pour se faire recoudre la langue, soit… se la recoudre soi-même. La pharmacie du bord comporte des compresses, des aiguilles courbes et du fil à recoudre. Le médecin de la course, Jean-Yves Chauve ordonne au marin de se recoudre la langue pour arrêter les saignements. En suivant les conseils du médecin, face à un petit miroir, Bertrand de Broc arrive, en deux heures intenses, à se recoudre la langue et en tire un surnom : Rambo…
En 2000, Michel Desjoyeaux, alors en tête de la course, se retrouve avec un moteur impossible à démarrer. Et sans moteur, pas d’énergie, donc pas de pilote ni d’instruments à bord. C’est l’abandon obligatoire. Finalement, le skipper réussit à démarrer son moteur grâce à un ingénieux système de poulies reliées à sa bôme. Un empannage et le moteur redémarre. Système D comme Desjoyeaux explique le marin lors d’une vacation…
Cette même année Yves Parlier, longtemps en tête, est troisième quand il démâte à 2000 km de la côte australienne. Le mât est brisé en trois morceaux mais le skipper n’envisage à aucun moment l’abandon. Une nouvelle course commence pour Parlier. Il arrive à rejoindre une petite crique d’une île dépendant de la Nouvelle-Zélande et, pendant dix jours, travaille quinze heures par jour à la reconstruction d’un mât. Heureusement, le marin est aussi un ingénieur spécialisé en matériaux composites. Il réussit l’exploit de remâter son bateau et repart pour un demi-tour du monde qu’il finit treizième, en 126 jours, après avoir dû se nourrir d’algues pendant les derniers jours de course. Il n’avait plus aucune réserve de nourriture !
Le Vendée Globe a aussi écrit quelques-unes des histoires les plus invraisemblables en termes de navigations. Et notamment, ces marins qui ont fini l’épreuve… sans quille ! Mike Golding est le premier à passer la ligne d’arrivée sans sa quille lors du 5e Vendée Globe. Perdant son bulbe de quille à 52 milles de la ligne, il arrive à stabiliser son bateau et, grâce à ses ballasts, se paye même le luxe de finir 3e. 4 ans plus tard, Marc Guillemot perd sa quille au large des Açores. A presque 1000 milles de l’arrivée, il continue pourtant sa route et finit, lui aussi, sur la troisième marche du podium.
Sur le Vendée Globe 2012/2013, Jean-Pierre Dick perd, lui aussi, sa quille alors qu’il est troisième de la course. Lui non plus n’envisage pas d’abandonner et va réussir à naviguer 2650 milles sans quille pour finalement finir à la 4e place…