Cap Leeuwin : seconde étape mythique du Vendée Globe

Par Figaronautisme.com avec METEO CONSULT

Le Cap Leeuwin, situé à l’extrémité sud-ouest de l’Australie-Occidentale, est bien plus qu’un simple point géographique. Il marque la frontière entre l’océan Indien et la mer de Tasman, et constitue un passage clé du Vendée Globe, ce tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance. Charlie Dalin a franchi le Cap Leeuwin en tête de course, suivi de près par Sébastien Simon et Yoann Richomme. Ils figurent parmi les 13 skippers qui ont désormais passé ce nouveau cap, poursuivant leur aventure dans les mers du Sud.

Une géographie et une histoire singulières

Ce promontoire rocheux n’est pas le point le plus au sud de l’Australie – cette distinction revient à la pointe sud de la Tasmanie. Cependant, il tient une place importante dans l’histoire maritime. En 1801, l’expédition française menée par Nicolas Baudin le renomma en l’honneur de Pierre-François de Leuw, un administrateur colonial. Une erreur d’orthographe sur les cartes le transforma en « Leeuwin », un nom désormais gravé dans la toponymie maritime mondiale.

Le Cap Leeuwin est réputé pour son climat et son écosystème bien particuliers. Il est entouré de paysages spectaculaires, avec des falaises abruptes et des eaux souvent agitées par des courants puissants. Cette région, où se rencontrent les courants chauds de l’océan Indien et les eaux plus froides de la mer de Tasman, est un lieu stratégique pour l’étude des interactions climatiques et maritimes. C’est une zone où les masses d’air polaire venu de l’antarctique rencontrent des masses d’air venant des régions tropicales, ce qui engendrent des perturbations actives et influence le climat de cette zone de l’hémisphère sud. Pour les skippers du Vendée Globe, le Cap Leeuwin est le deuxième des trois grands caps à franchir, après le Cap de Bonne-Espérance et avant le Cap Horn. Toutefois, ils passent généralement à plusieurs centaines de kilomètres au large, dans les eaux tumultueuses des Quarantièmes Rugissants. Ce passage marque la sortie de l’océan Indien, connu pour ses dépressions violentes et ses vagues puissantes, pour entrer dans la mer de Tasman et s’approcher des eaux encore plus froides et imprévisibles du Pacifique Sud.

Des conditions de mer hostiles

Les environs du Cap Leeuwin sont synonymes de défis extrêmes. Les vents dominants soufflent souvent à plus de 40 nœuds, générant des creux impressionnants et rendant la navigation exigeante physiquement et mentalement. Les skippers doivent constamment surveiller leur route pour éviter la zone d’exclusion antarctique, mise en place pour limiter les risques de collision avec des icebergs. Les conditions maritimes autour du Cap Leeuwin se caractérisent par des vagues qui peuvent dépasser les 10 mètres de haut, créant un environnement particulièrement éprouvant. Les tempêtes, parfois soudaine et violente, peuvent changer la donne et provoquer des situations à haut risque. La combinaison de la puissance des vagues, des températures de l’eau qui tournent autour de 10 °C, et de la force des vents crée un terrain de jeu impitoyable pour les navigateurs.

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© Antoine Cornic #VG2024

Un défi de navigation et de stratégie : l’après Cap Leeuwin

Une fois la longitude de Leeuwin franchie, une nouvelle phase de la course commence. Les skippers ajustent leur stratégie pour exploiter les vents d’ouest tout en évitant les pièges météorologiques. La transition vers le Pacifique Sud est redoutée pour son intensité : les dépressions sont encore plus fréquentes, et les conditions extrêmes deviennent presque la norme. Le passage du Cap Leeuwin est une étape stratégique où chaque choix compte. Les navigateurs doivent planifier minutieusement leur trajectoire pour tirer parti des vents d'ouest dominants, connus pour leur puissance, tout en évitant les zones de calme et les systèmes météorologiques complexes qui peuvent générer des changements soudains dans la direction et l'intensité du vent.

Le Cap Leeuwin est aussi un seuil psychologique. Passer ce cap symbolise la transition vers la partie la plus difficile de la course. C'est le moment où le stress accumulé doit être maîtrisé pour se préparer mentalement à l'affrontement des Cinquantièmes hurlants, des zones maritimes qui s’étendent sur de vastes distances et qui font partie des zones maritimes les plus redoutées les plus redoutés par les marins. Les navigateurs savent que ce passage est aussi un cap mental. Il marque la traversée des mers australes avec le passage du cap Horn, la dernière des trois grandes étapes mythiques. Chaque mille nautique gagné ici rapproche le skipper de son objectif ultime : boucler ce tour du monde hors norme. Les marins prennent conscience que l’issue de la course peut se jouer sur les choix stratégiques faits autour de Leeuwin, qui détermineront non seulement la vitesse de progression mais aussi la sécurité et la fiabilité de leur route jusqu’à la fin de la course.

Le Cap Leeuwin est donc bien plus qu’un point sur une carte. Il incarne à la fois l’aboutissement d’une traversée éprouvante de l’Océan Indien et le prélude à de nouveaux défis dans les eaux glaciales et majestueuses du Pacifique.
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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