Vendée Globe : dans l’antre des héros
Il y a d’autres façons de se surpasser que d’arpenter un podium, contempler ses semblables et attendre des heures un sacre cathodique. Les marins l’ont bien compris : la promesse de traverser les océans du globe ne nécessite d’ailleurs ni projecteur, ni maquillage, ni discours pré-écrit. L’intensité du défi au large et ce qu’il implique emportent tout. Tanguy Le Turquais (Lazare, 23e) fait partie de ceux qui en parle le mieux. Il en faut beaucoup pour atteindre son enthousiasme mais ces derniers jours avec des problèmes de voile, les 40 nœuds de vent moyen et la houle de 7 mètres l’ont fait entrer dans une nouvelle dimension.
Devant, le trio de tête allonge la foulée dans le Pacifique. Dépassé par Yoann Richomme (PAPREC ARKEA, 2e) hier, Sébastien Simon (Groupe Dubreuil, 3e) a plongé au Sud et compte désormais plus de 100 milles en latéral sur son rival. Yoann, lui, réduit encore la distance avec Charlie Dalin en passant sous la barre des 100 milles d’écart (82,5 milles à 7 heures). Le leader explique : « Yoann et Sébastien ont touché le front avant moi, j’ai dû faire un gros zig-zag dans le Sud avant de me repositionner et de récupérer le vent de Nord-Ouest que j’ai actuellement ». Il sait que ses deux rivaux « vont continuer à se rapprocher » mais cela ne semble pas ébranler sa sérénité. Interrogé sur sa place de n°1 qu’il occupe depuis le 2 décembre, le Normand répond du tac au tac : " Pourvu que ça dure ! Je dois mon avance à ma gestion de la dépression dans l’océan Indien qui m’a propulsé devant et m’a permis d’avoir un peu d’avance. Malheureusement, je n’ai pas pu m’échapper de façon définitive par rapport au reste du groupe mais ça fait partie du jeu. Si ça pouvait rester comme ça jusqu’au bout, ça m’irait très bien ! Là, j’attends le passage d’un front pour me mettre à tribord et faire une route un peu plus sud-est vers la zone des glaces. Après, vers mardi, on devrait se faire un peu ralentir à cause d’une zone sans vent. Ce qui est sûr, c’est que je préfère être là où je suis et que je ne vais pas ralentir ! "
Pour Guirec, Damien et tous les autres, il y a toujours, même au cœur des difficultés, des petits bonheurs qui n’ont pas de prix. C’est le leader, Charlie Dalin, qui l’a évoqué à sa manière : « quand j’ai un peu de chance en mettant la tête dehors, je tombe parfois sur un albatros. Leur vol est assez fabuleux, on n’est pas loin de la perfection aérodynamique quand on les voit voler, c’est assez magique ». Qu’il se rassure : on ressent la même exaltation à les voir évoluer, jour après jour, dans les contrées inhospitalières de l’Indien et du Pacifique.
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