Vendée Globe : dans l’antre des héros

Par Figaronautisme.com

Loin des projecteurs, les 38 skippers encore en lice sur ce 10? Vendée Globe poursuivent leur périple dans les eaux les plus hostiles de la planète. Yoann Richomme (PAPREC ARKÉA), après avoir brillamment décroché la 2? place, continue de grignoter son retard sur Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) : il n’est désormais qu’à 82,5 milles du leader.

Il y a d’autres façons de se surpasser que d’arpenter un podium, contempler ses semblables et attendre des heures un sacre cathodique. Les marins l’ont bien compris : la promesse de traverser les océans du globe ne nécessite d’ailleurs ni projecteur, ni maquillage, ni discours pré-écrit. L’intensité du défi au large et ce qu’il implique emportent tout. Tanguy Le Turquais (Lazare, 23e) fait partie de ceux qui en parle le mieux. Il en faut beaucoup pour atteindre son enthousiasme mais ces derniers jours avec des problèmes de voile, les 40 nœuds de vent moyen et la houle de 7 mètres l’ont fait entrer dans une nouvelle dimension.

« Vivement qu’on se casse ! »
Alan Roura (Hublot, 20e) a déjà deux Vendée Globe à son actif. Situé dans le petit groupe de cinq qui progresse tout droit après avoir bien géré le passage de la dépression, le Suisse corrobore la description de Tanguy dans cet océan Indien décidément impitoyable : "Quand on m’avait demandé de le décrire en un mot les deux dernières fois, j’avais dit que c’était le diable. Et ça m’est resté. Là, j’ai un bateau en bon état, j’ai tout pour mais la mer est tellement forte que je n’arrive pas à passer. La mer est croisée, les vagues font 7 mètres, le vent passe subitement de 25 à 40 nœuds, le bateau ne sait plus quoi faire… Le plaisir pur, je ne l’ai plus. Depuis deux à trois jours. Il n’y a pas de répit et c’est très ingrat. L’Indien est très dur avec nous, vivement qu’on se casse ! "

Richomme se rapproche de Dalin
Vu de là-bas, le Pacifique a des allures d’eldorado. Le Pacifique justement, ils sont désormais cinq à y être entrés, le passage de la Tasmanie le matérialisant symboliquement. Thomas Ruyant (VULNERABLE, 4e) et Jérémie Beyou (Charal, 5e) l’ont franchi ce samedi. Ils sont déjà ralentis par la dorsale (la zone sans vent) qui leur barre la route. Situés plus au Nord, ils se font déjà rattraper par Nicolas Lunven (Holcim-PRB, 6e) qui évolue plus au Sud. Surtout, ce sont les skippers de derrière qui reviennent comme prévu. Alors que Thomas et Jérémie progressent à moins de 15 nœuds, la cavalerie accélère à l'instar de Boris Herrmann (Malizia – Seaexplorer, 10e, 22 nœuds), Justine Mettraux (TeamWork-Team Snef, 11e, 22,3 nœuds), Samantha Davies (Initiatives-Cœur, 12e, 21 nœuds) et Clarisse Crémer (L’Occitane en Provence, 13e, 22 nœuds).

Devant, le trio de tête allonge la foulée dans le Pacifique. Dépassé par Yoann Richomme (PAPREC ARKEA, 2e) hier, Sébastien Simon (Groupe Dubreuil, 3e) a plongé au Sud et compte désormais plus de 100 milles en latéral sur son rival. Yoann, lui, réduit encore la distance avec Charlie Dalin en passant sous la barre des 100 milles d’écart (82,5 milles à 7 heures). Le leader explique : « Yoann et Sébastien ont touché le front avant moi, j’ai dû faire un gros zig-zag dans le Sud avant de me repositionner et de récupérer le vent de Nord-Ouest que j’ai actuellement ». Il sait que ses deux rivaux « vont continuer à se rapprocher » mais cela ne semble pas ébranler sa sérénité. Interrogé sur sa place de n°1 qu’il occupe depuis le 2 décembre, le Normand répond du tac au tac : " Pourvu que ça dure ! Je dois mon avance à ma gestion de la dépression dans l’océan Indien qui m’a propulsé devant et m’a permis d’avoir un peu d’avance. Malheureusement, je n’ai pas pu m’échapper de façon définitive par rapport au reste du groupe mais ça fait partie du jeu. Si ça pouvait rester comme ça jusqu’au bout, ça m’irait très bien ! Là, j’attends le passage d’un front pour me mettre à tribord et faire une route un peu plus sud-est vers la zone des glaces. Après, vers mardi, on devrait se faire un peu ralentir à cause d’une zone sans vent. Ce qui est sûr, c’est que je préfère être là où je suis et que je ne vais pas ralentir ! "

Accalmie en vue pour Seguin, passage de front pour Soudée
À signaler également, dans l’océan Indien cette fois, la ténacité de Damien Seguin (Groupe APICIL, 17e). Victime d’une avarie hier, touché au cou et au genou, le skipper de Groupe APICIL voit enfin les conditions s’améliorer. « Il a encore 30 nœuds de vent moyen mais ça devrait diminuer, précise Pierre Hays à la direction de course. En revanche, il a encore 5 à 6 mètres de creux. Damien devrait essayer de conserver sa trajectoire et s’atteler dès qu’il le peut à effectuer les réparations nécessaires ». Plus loin, Guirec Soudée (Freelance.com, 30e) en a fini avec les réparations, lui qui devait composer avec une avarie de J2. En revanche, il va se faire rattraper par un front virulent dans la journée. « Je devrais avoir 60 nœuds, des rafales de 70 nœuds, des creux de 8 à 9 mètres… Il va falloir être prudent et prendre le moins de risques possibles » confiait-il hier.

Pour Guirec, Damien et tous les autres, il y a toujours, même au cœur des difficultés, des petits bonheurs qui n’ont pas de prix. C’est le leader, Charlie Dalin, qui l’a évoqué à sa manière : « quand j’ai un peu de chance en mettant la tête dehors, je tombe parfois sur un albatros. Leur vol est assez fabuleux, on n’est pas loin de la perfection aérodynamique quand on les voit voler, c’est assez magique ». Qu’il se rassure : on ressent la même exaltation à les voir évoluer, jour après jour, dans les contrées inhospitalières de l’Indien et du Pacifique.

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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