Passion mer… et embrasser une carrière de marin

Culture nautique
Jeudi 25 février 2021 à 15h35

Si certains, au XIXème siècle, ont embrassé de force une carrière maritime, ou du moins ont embarqué lors de campagnes ou d’expéditions après s’être faits « shanghaïer » (embarquer à son insu) un soir dans un port… Ce temps-là est désormais bien révolu ! Aujourd’hui le métier maritime est à la fois attractif, mystérieux et semble d’accès complexe. Entretien avec Armel le Strat, capitaine 1ère classe de la navigation maritime, directeur d’armement, Il est aussi très actif (Vice-Président) au sein de l’Association La Touline qui accompagne les marins dans leurs évolutions de carrière.

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Si certains, au XIXème siècle, ont embrassé de force une carrière maritime, ou du moins ont embarqué lors de campagnes ou d’expéditions après s’être faits « shanghaïer » (embarquer à son insu) un soir dans un port… Ce temps-là est désormais bien révolu ! Aujourd’hui le métier maritime est à la fois attractif, mystérieux et semble d’accès complexe. Entretien avec Armel le Strat, capitaine 1ère classe de la navigation maritime, directeur d’armement, Il est aussi très actif (Vice-Président) au sein de l’Association La Touline qui accompagne les marins dans leurs évolutions de carrière.

Le métier maritime est attractif et évocateur car il véhicule encore l’image de voyages, d’horizons lointains, de découvertes d’autres cultures, et permet d’évoluer dans un environnement naturel spectaculaire.

Il est aussi mystérieux car pour celui, ou celle, qui n’a jamais franchi la coupée d’un navire, les activités qui s’y déroulent ne sont pas faciles à imaginer : que font les marins embarqués pendant les traversées ? Comment cela se passe-t-il dans les pays étrangers ?

Accès complexe : oui sans aucun doute tant les voies sont multiples, mais cela est aussi la richesse de ce métier.

Le sésame pour s’y retrouver ? Prendre conseil et bien définir son projet pour établir sa feuille de route vers l’objectif visé.

Essayons donc de clarifier ces premières étapes qui sont souvent décisives…

En préambule, pour remplir une fonction sur un navire, une formation maritime est indispensable. Ces formations sont dispensées dans des établissements spécialisés, soit les Lycées Maritimes (12 établissement répartis sur l’ensemble du littoral), soit l’Ecole Nationale Supérieure Maritime (ENSM /4 sites, surnommée aussi l’Hydro), ou encore dans des structures privées.

Tous ces établissements préparent au métier de marin professionnel, soit pour embarquer sur des navires armés au commerce, à la plaisance, ou à la pêche et aux cultures marines. Les formations diffèrent suivant le niveau de responsabilité visé et les fonctions exercées sur un navire.

Les filières d’études présentent l’avantage de proposer des passerelles qui permettent d’entrer à des niveaux différents, puis de progresser vers les fonctions les plus élevées grâce à un parcours de formation continue.

Ainsi les Lycées Maritimes sont ouverts aux candidats dès leur sortie du brevet des collèges (classe de troisième). Les jeunes y trouveront les formations ouvrant la porte aux métiers de la pêche, de la navigation sur les navires de commerce ou voiliers, ou la grande plaisance, etc…

L’ENSM accueille les bacheliers, ou autres provenances post bac, qui auront aussi le choix du type de navigation.

Un tel panel d’options explique la complexité apparente des parcours possibles, c’est la raison pour laquelle l’orientation initiale est essentielle.

La progression de carrière est aussi une question souvent abordée : elle peut paraître longue sans nul doute. Elle reste liée au niveau d’intégration dans les étages de formation, et alterne avec des emplois embarqués. Le minimum pour obtenir un brevet de Capitaine 200 est d’environ 3 ans. Il est important de comprendre que le parcours est ponctué d’embarquements à bord de navires permettant d’acquérir expérience et compétences, car ces métiers sont basés sur ces deux critères.

Toutes les formations comprennent également un volet important de stages et modules liés à la sécurité à bord.

Outre la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), la progression de carrière par la formation continue est ensuite une affaire de choix et de volonté. Les outils pour faciliter ces choix existent, ils sont ouverts à tous, sans limite d’âge, et les formations sont souvent remplies de jeunes et de moins jeunes qui veulent approfondir leurs connaissances et progresser dans leur emploi. Un brassage de cultures et d’expérience bénéfique à tous.

A noter qu’avant l'entrée en formation (initiale ou continue), le candidat doit être apte sur le plan médical, cette visite médicale annuelle des médecins des « Gens de Mer » est l’un des sésames de la profession.

L’obtention du Capitaine 200 UMS*

*UMS correspond au tonnage (volume / capacité) du bateau (200 UMS correspond sensiblement à 100 tonneaux). Sensiblement un navire de 200 UMS correspond à un navire à moteur d'une longueur jusqu'à ~ 24 mètres, un voilier d'une longueur jusqu'à ~ 30 mètres

Formation continue

Le Certificat de Matelot Pont (CMP), qui est la porte d'entrée dans la profession, est une formation accessible à toutes personnes âgées de 18 ans au moins (et représente 346 heures de formation). En sortie de formation de CMP, il faut réaliser 6 mois de navigation effective (temps de navigation réalisé à bord du navire). Ces prérequis réunis permettent une entrée en formation de capitaine 200 UMS auprès d'un centre agréé par l'administration des Affaires Maritimes. La formation dure environ 5 mois. A l'issue de la formation, le / la candidat.e se voit délivrer un Diplôme de Capitaine 200 UMS, il lui faudra ensuite réaliser 6 mois de navigation effective pour obtenir le Brevet de Capitaine 200 UMS.

Il existe des modules spécifiques selon le type de navigation : voile, yacht et pêche. Enfin, au cours de la formation sont proposés des modules permettant d'acquérir des certificats liés à la sécurité, exigés par la réglementation maritime STCW 2010 (Formation de base à la sécurité, Médical I, II et III, Radio & Communication, etc...).

Formation initiale

Celle-ci est dispensée par les lycées maritimes, Bac Pro Conduite et Gestion des Entreprises Maritimes (BAC Pro CGEM) / filière pont et depuis cette année (en mode expérimental) le BAC Pro polyvalent soit 3 ans d'études (seconde, première et terminale).

Ce cursus comprend des périodes de stage obligatoire.

- En fin de 1ère année (classe de Seconde), le jeune acquiert un niveau de CAP maritime

- En fin de 2ème année (classe de 1ère) le jeune acquiert un niveau de BEP Maritime et le Diplôme de Capitaine 200 UMS, après 12 mois de navigation effective, il se verra délivrer le Brevet de Capitaine 200 UMS.

- En fin de 3ème année (classe de Terminale) le jeune acquiert le Bac Pro CGEM / polyvalent

Ensuite les jeunes peuvent poursuivre en BTS.

Comme dans le cadre de la formation continue, le jeune peut faire le choix d'une spécialité liée au type de navigation : Bac pro option commerce, pêche ou voile. En cours de formation, ils suivent également des modules leur permettant de se voir délivrer les certificats exigés par la règlementation internationale liée à la formation maritime dite STCW 2010 (Certificat de formation de base à la sécurité CFBS, CRO, CGO, CAEERS...).

Enfin, un point de vigilance : l'Expérience !

On ne devient pas de facto capitaine si on est titulaire d'un Brevet Capitaine 200 UMS.

Il faut avoir exercé préalablement une fonction subalterne à bord. C'est une des difficultés à laquelle sont confrontés les marins. Certains oublient ce paramètre : le métier de marin est avant tout un métier d'expérience. C'est la raison pour laquelle, notamment, la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) est une réponse adaptée à la profession.

La formation Capitaine 200 UMS est dispensée en Métropole, et dans les territoires Ultramarins.

Pour se renseigner le site PROMETE (https://promete.din.developpement-durable.gouv.fr/promete/rechercherSessionFormation) réalisé par l'Administration des Affaires Maritimes, ou La Touline (www.latouline.com) qui accompagne toute personne souhaitant intégrer la filière Mer.

Ensuite on pourra toujours s’orienter vers le Capitaine 500, le 3 000, et même l’illimité, mais quel que soit le titre, le métier, lui, garde une forte note d’attractivité, de découverte et de réelles opportunités pour découvrir le monde.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.