Ces poissons qui brillent : le secret de la bioluminescence

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Dans les profondeurs océaniques, où la lumière du soleil s’éteint dès les premiers centaines de mètres, certains poissons produisent leur propre clarté. Loin d’être un simple phénomène spectaculaire, la bioluminescence structure la vie des grands fonds, conditionne les stratégies de chasse, de fuite et de reproduction, et révèle une biodiversité encore largement méconnue.

Dans les profondeurs océaniques, où la lumière du soleil s’éteint dès les premiers centaines de mètres, certains poissons produisent leur propre clarté. Loin d’être un simple phénomène spectaculaire, la bioluminescence structure la vie des grands fonds, conditionne les stratégies de chasse, de fuite et de reproduction, et révèle une biodiversité encore largement méconnue.
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Une réaction chimique parfaitement maîtrisée

La bioluminescence repose sur une réaction biochimique précise impliquant une molécule, la luciférine, et une enzyme, la luciférase. En présence d’oxygène, cette réaction libère de l’énergie sous forme de lumière froide, sans dégagement de chaleur. Chez les poissons, cette lumière est presque toujours bleue ou bleu verdâtre, car ces longueurs d’onde traversent l’eau de mer plus efficacement que les autres.
Cette capacité n’est pas marginale. Les scientifiques estiment qu’une grande majorité des poissons vivant entre 200 et 1000 mètres de profondeur présentent une forme de bioluminescence, qu’elle soit produite directement ou déléguée à des bactéries symbiotiques.

Les poissons lanternes, piliers lumineux de l’océan

Parmi les espèces les plus emblématiques figurent les poissons lanternes, regroupés dans la famille des myctophidés. Petits, mais extrêmement abondants, ils forment l’une des biomasses de poissons les plus importantes de la planète. Leur corps est ponctué de photophores, de minuscules organes lumineux disposés selon des motifs propres à chaque espèce.
Ces poissons utilisent leur lumière à plusieurs fins. Elle leur permet de se reconnaître, de rester groupés lors de leurs migrations verticales nocturnes et de se dissimuler des prédateurs grâce à la contre illumination. Chaque nuit, ils remontent vers la surface pour se nourrir avant de redescendre dans l’obscurité à l’aube, jouant un rôle majeur dans le transfert de carbone entre la surface et les profondeurs.

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Le poisson pêcheur et l’art du leurre lumineux

Autre figure emblématique, le poisson pêcheur des grands fonds illustre l’utilisation prédatrice de la bioluminescence. Chez ces espèces, une excroissance située sur la tête se termine par un organe lumineux alimenté par des bactéries bioluminescentes. Ce leurre imite une proie et attire poissons et crustacés à portée de mâchoires.
Dans l’obscurité totale des abysses, ce point lumineux devient un signal irrésistible. La bioluminescence n’est plus seulement un outil de communication ou de camouflage, mais une arme de chasse redoutable, parfaitement adaptée à un environnement où les rencontres sont rares.

Devenir invisible grâce à la lumière

Chez les poissons hachettes ou certaines espèces de poissons dragon, la bioluminescence sert avant tout à se rendre invisible. Leur ventre émet une lumière calibrée pour correspondre exactement à la faible luminosité venant de la surface. Vue d’en dessous, leur silhouette se confond avec le fond lumineux, effaçant toute ombre.
Les poissons dragons poussent cette stratégie encore plus loin. Certaines espèces sont capables d’émettre une lumière rouge, invisible pour la majorité des poissons des profondeurs. Cette particularité leur permet d’éclairer leur environnement sans être repérés, une forme de vision nocturne exclusive dans les abysses.

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Quand la lumière vient des bactéries

Tous les poissons bioluminescents ne produisent pas eux-mêmes leur lumière. Des espèces comme les poissons cardinaux lumineux ou certains poissons hachettes hébergent des bactéries bioluminescentes dans des organes spécialisés. Ces bactéries, nourries et protégées par leur hôte, émettent une lumière constante que le poisson peut moduler grâce à des tissus opaques ou mobiles.
Cette relation symbiotique permet au poisson de disposer d’un système lumineux fiable sans supporter le coût énergétique direct de la production chimique, tout en offrant aux bactéries un habitat stable et riche en nutriments.

Un champ de recherche encore largement ouvert

La bioluminescence des poissons reste un domaine de recherche actif. Chaque campagne océanographique révèle de nouvelles espèces, de nouveaux motifs lumineux et parfois des mécanismes encore inconnus. Ces découvertes intéressent autant les biologistes marins que les chercheurs en médecine ou en biotechnologie, qui s’inspirent de ces systèmes naturels pour développer des outils d’imagerie et de diagnostic.
Dans le noir absolu des grands fonds, ces poissons lumineux rappellent que l’océan profond n’est ni vide ni inerte. Il s’agit d’un monde complexe, structuré par la lumière produite par le vivant lui même, où chaque lueur raconte une stratégie de survie façonnée par des millions d’années d’évolution.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.