Traverser l’Atlantique reste l’un des grands rêves de tout plaisancier. Mais entre l’envie et le départ surgissent toujours les mêmes questions sur la sécurité et la préparation. Les rallyes transatlantiques proposent depuis plusieurs décennies une réponse originale : partir sur son propre bateau, en restant totalement responsable de sa navigation, mais entouré d’une organisation et de dizaines d’équipages engagés dans la même aventure. Une formule rassurante, à condition de ne pas confondre accompagnement et assistance permanente.

Il y a un moment assez particulier, chaque année au mois de novembre, dans le port de Las Palmas, aux Canaries. Pendant plusieurs jours, les pontons se remplissent de voiliers venus de toute l’Europe et parfois de beaucoup plus loin. Les équipages terminent les derniers préparatifs, remplissent les coffres, vérifient le gréement, révisent les procédures de sécurité, rencontrent leurs futurs compagnons de route. Puis arrive le jour du départ. En quelques heures, des dizaines, parfois plus d’une centaine de bateaux quittent Gran Canaria et mettent le cap vers l’ouest. Pour l’ARC classique, environ 2 700 milles nautiques les séparent alors de Sainte-Lucie. Pour beaucoup, cette traversée constitue le premier véritable saut dans le monde de la navigation océanique. Ils ne sont pourtant pas seuls. Autour d’eux naviguent des familles, des couples, des retraités, des groupes d’amis, quelques équipages très expérimentés mais aussi de nombreux plaisanciers qui, quelques années auparavant, naviguaient surtout pendant leurs vacances. C’est précisément ce mélange qui fait le succès de ces rallyes. Le principe est simple : vivre une aventure individuelle dans un cadre collectif.
L’ARC existe depuis 1986. Depuis, la formule a largement dépassé le simple rendez-vous annuel entre les Canaries et les Antilles et de nombreux autres organisateurs se sont lancés dans l’aventure. Chaque année, plusieurs centaines de bateaux et plus d’un millier de navigateurs participent à ces différents événements…
Un succès qui traduit une évolution profonde de la grande croisière. Traverser un océan n’est plus nécessairement considéré comme l’aboutissement d’une vie entière de navigation. Cela ne signifie pas pour autant que l’on puisse partir sans préparation.
Un rallye n’est pas une flottille
Le premier malentendu concerne souvent le mot « rallye ». Lorsque des dizaines de bateaux quittent ensemble les Canaries, l’image peut faire penser à une flottille avançant groupée, presque bord à bord. Dans les faits, cette vision ne dure que quelques heures. Dès la première nuit, la flotte commence à s’étaler. Les bateaux n’ont ni les mêmes vitesses, ni les mêmes routes, ni les mêmes choix météo. Quelques jours plus tard, certains équipages peuvent être séparés par plusieurs centaines de milles. Il n’y a pas de bateau de sécurité qui vous suit à quelques encablures. Il n’y a pas non plus de chef de flotte qui décide de votre route. Chaque skipper reste entièrement responsable de son bateau, de son équipage et de ses décisions. Le rallye apporte autre chose : une préparation structurée avant le départ, des contrôles de sécurité, des briefings, un suivi de la flotte, des moyens de communication et une organisation capable d’apporter conseils et coordination en cas de difficulté. La nuance est essentielle.
Les rallyes ne transforment pas l’océan en autoroute surveillée. Ils offrent un cadre collectif autour de navigateurs qui restent autonomes. Et ce cadre change beaucoup de choses, notamment sur le plan psychologique.
Lorsqu’un pilote automatique tombe en panne au sixième jour, lorsqu’une drisse casse ou qu’un équipier commence à être sérieusement malade, savoir que d’autres bateaux suivent globalement la même route apporte une sérénité supplémentaire. Les équipages communiquent, échangent leurs positions, leurs expériences et parfois leurs solutions techniques. Au fil des jours, une véritable communauté se crée. Mais le premier secours reste toujours celui que l’on est capable de s’apporter soi-même.
Qui trouve-t-on à bord ?
Il suffit de se promener sur les pontons de Las Palmas avant le départ d’un rallye pour comprendre pourquoi ces rallyes ont contribué à démocratiser la grande croisière. On n’y trouve pas vraiment de profil type de navigateur. On y rencontre des plaisanciers ayant une solide expérience côtière mais n’ayant encore jamais passé plus de trois ou quatre nuits consécutives en mer. Des retraités disposent enfin du temps nécessaire pour réaliser un projet repoussé pendant vingt ans. Des familles profitent d’une année sabbatique. D’autres équipages sont composés de couples renforcés par quelques amis pour la traversée. L’âge n’est pas davantage un critère déterminant. On croise des enfants, des quinquagénaires qui viennent de quitter leur activité professionnelle, mais aussi des navigateurs beaucoup plus âgés qui ont déjà plusieurs dizaines de milliers de milles dans le sillage. Les bateaux sont eux aussi très variés : monocoques de croisière, catamarans, unités très récentes ou voiliers plus anciens parfaitement entretenus. Autrement dit, un rallye n’est pas un rassemblement réservé aux marins professionnels. Mais ce n’est pas non plus une école de voile pour débutants.
Faut-il être un expert pour transater ?
Non. Faut-il déjà savoir sérieusement naviguer ? Oui. C’est probablement la distinction la plus importante. Pour rejoindre un rallye transatlantique, il n’est pas nécessaire d’avoir déjà traversé trois océans. En revanche, le skipper doit savoir manœuvrer son bateau, organiser des quarts, gérer la navigation de nuit, réduire la toile rapidement, interpréter une situation météo et faire face aux principales avaries. Il doit surtout connaître son bateau.
Un rallye comme l’ARC impose d’ailleurs des exigences de formation. Le skipper et au moins un autre équipier doivent avoir suivi une formation couvrant notamment les procédures de sécurité, l’utilisation d’un radeau de survie, la récupération d’un homme à la mer, les premiers secours, la météo et les communications d’urgence. Le minimum imposé est également de deux adultes à bord. Les navigateurs solitaires ne peuvent donc pas participer. Un bon candidat à l’ARC sera généralement un plaisancier déjà autonome sur son bateau, ayant réalisé plusieurs croisières significatives et quelques navigations de plusieurs jours. Avant de se lancer, effectuer une traversée de quatre ou cinq jours avec l’équipage prévu pour l’Atlantique constitue d’ailleurs un excellent test. Car la question n’est pas seulement de savoir si l’on sait naviguer. Il faut aussi découvrir si l’on sait vivre ensemble en étant fatigué, réveillé toutes les trois heures, parfois mouillé, parfois inquiet, pendant deux ou trois semaines.
La préparation du bateau : là où commence réellement la transat
Avant le départ, les bateaux sont soumis à une inspection de sécurité. Et la liste des équipements est sérieuse. Radeau de survie hauturier correctement révisé, balise de détresse EPIRB, VHF fixe avec appel sélectif numérique, VHF portable, AIS émetteur-récepteur, réflecteur radar, moyens de récupération d’un homme à la mer, lignes de vie, pompes de cale, éclairage de navigation de secours et pharmacie adaptée à une traversée océanique font partie des éléments contrôlés. Chaque équipier doit également disposer d’un gilet de sauvetage adapté, équipé d’un harnais, d’une sous-cutale et d’une balise AIS individuelle. Le bateau doit enfin disposer d’un moyen fiable pour communiquer à longue distance et recevoir des informations en mer. Autant dire que l’inspection est bien plus qu’une simple formalité administrative. Elle oblige à regarder le bateau avec un œil différent.
Combien coûte réellement une ARC ?
Le prix de l’inscription n’est finalement qu’une petite partie du budget. Pour l’ARC 2026, un voilier d’environ 13 mètres paie autour de 1 500 livres sterling pour le bateau, auxquels s’ajoutent environ 185 livres par équipier. L’ARC+ est un peu plus chère, avec environ 1 900 livres pour le bateau et 300 livres par adulte pour une unité de taille comparable.
À l’échelle d’une préparation transatlantique, ce montant reste raisonnable... Ce qui vraiment cher étant bien sûr l’achat du bateau et sa préparation…
La météo reste une responsabilité du skipper
La date de départ des principaux rallyes transatlantique en novembre n’a évidemment pas été choisi au hasard. Cette période correspond généralement au retour de conditions plus favorables sur l’Atlantique tropical, avec l’installation progressive des alizés. Mais une date favorable n’est jamais une garantie. Les systèmes météo évoluent, les alizés peuvent être irréguliers et certaines zones peuvent connaître des conditions très différentes de celles attendues. Chaque skipper doit donc étudier soigneusement la situation avant le départ puis suivre les prévisions pendant la traversée. Les analyses de Météo Consult Marine permettent de préparer sa stratégie et de suivre l’évolution des conditions sur l’Atlantique. L’organisation du rallye informe et accompagne. Elle ne décide jamais à la place du skipper…
Ce que l’on n’avait pas forcément prévu : les autres
Curieusement, lorsque les anciens participants parlent de leur rallye transatlantique, ils évoquent bien sûr leur bateau, les grains, les alizés et les nuits étoilées. Mais ils parlent énormément des autres équipages. Avant même le départ, les activités organisées sur le port de départ permettent de créer des liens. Puis l’Atlantique fait le reste. Les mêmes bateaux se retrouvent à l’arrivée après avoir vécu des conditions comparables, suivi les mêmes systèmes météo, connu les mêmes moments de fatigue et compté les mêmes derniers milles avant la terre. Cette dimension sociale devient encore plus importante sur les rallyes qui emmènent les plaisanciers autour du monde. Pendant plusieurs années, le rallye fonctionne presque comme un village itinérant. Les équipages se dispersent en mer puis se retrouvent aux escales. Pour un couple ou une famille qui quitte pour la première fois sa vie terrestre, cette communauté constitue un véritable soutien. Elle ne fait bien sûr pas disparaître les difficultés mais elle évite une partie de l’isolement du grand voyage.
Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.
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