Trois cœurs, du sang bleu et huit bras : les secrets étonnants du poulpe

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Deux cœurs pour les branchies, un troisième pour le reste du corps et une molécule à base de cuivre qui colore le sang : derrière l’anatomie extravagante du poulpe se cache une solution très pratique au problème de respirer sous l’eau.

Deux cœurs pour les branchies, un troisième pour le reste du corps et une molécule à base de cuivre qui colore le sang : derrière l’anatomie extravagante du poulpe se cache une solution très pratique au problème de respirer sous l’eau.

© AdobeStock - Alexey

Imaginez la salle des machines d’un petit sous-marin mou. Il faut alimenter huit bras, un cerveau exigeant, des muscles capables de changer la forme du corps et des cellules qui modifient la couleur de la peau en un instant. Le tout fonctionne dans l’eau, où l’oxygène est moins abondant que dans l’air. Pour faire circuler le carburant, le poulpe n’a pas installé une pompe, mais trois.

L’animal n’en tire aucun romantisme particulier. Ses cœurs ne correspondent ni à trois émotions, ni à trois vies. Ils se partagent simplement le travail. Et son sang bleu n’est pas un signe de noblesse : c’est la couleur prise par la molécule qui transporte l’oxygène lorsqu’elle utilise du cuivre plutôt que du fer.

Deux cœurs aux branchies, un cœur pour la tournée

Le poulpe possède deux cœurs branchiaux, placés à la base de ses deux branchies. Chacun pousse le sang pauvre en oxygène à travers une branchie, où il se recharge au contact de l’eau. Le troisième, appelé cœur systémique, reçoit ce sang oxygéné et l’expédie ensuite vers les organes, le cerveau et les bras.

On peut comparer l’ensemble à un relais. Les deux petites pompes font passer le sang au poste de ravitaillement ; la pompe centrale organise la distribution générale. Cette circulation fermée, le sang reste dans un réseau de vaisseaux, est inhabituelle chez les mollusques, dont beaucoup possèdent une circulation plus ouverte. Chez les céphalopodes actifs comme les poulpes, les seiches et les calmars, elle permet d’envoyer l’oxygène avec davantage de pression et de précision.

Pourquoi le sang est-il bleu ?

Chez nous, l’hémoglobine transporte l’oxygène grâce à du fer et donne au sang sa couleur rouge. Chez le poulpe, ce rôle revient à l’hémocyanine, une grande protéine contenant du cuivre. Lorsqu’elle fixe l’oxygène, elle prend une teinte bleue. Le sang d’un poulpe oxygéné est donc réellement bleuté ; ce n’est pas un effet de lumière à travers la peau.

L’hémocyanine fonctionne dans le plasma, alors que notre hémoglobine est enfermée dans les globules rouges. Ses performances varient avec la température, l’acidité et la quantité d’oxygène disponible. Elle est adaptée au monde marin et peut rester efficace dans des eaux froides ou pauvres en oxygène, mais elle impose aussi un système circulatoire capable de maintenir un débit et une pression suffisants. Les trois cœurs participent à cet équilibre.

Nager lui coûte cher

Le poulpe sait s’éjecter en contractant son manteau et en chassant l’eau par son siphon. Ce jet est parfait pour une fuite brusque, beaucoup moins pour une promenade au long cours. La forte contraction du manteau perturbe le retour du sang vers le cœur systémique, dont l’activité peut fortement ralentir ou s’interrompre brièvement pendant la propulsion.

Voilà pourquoi de nombreuses espèces benthiques préfèrent marcher sur leurs bras lorsqu’elles ne sont pas pressées. Ramper est plus économique. La nage à réaction reste le bouton d’urgence : spectaculaire, rapide et fatigant. Dire que le poulpe est paresseux lorsqu’il se déplace sur le fond revient donc à reprocher à un marin de ne pas naviguer en permanence plein gaz.

Un corps sans os, mais pas sans organisation

Les trois cœurs ne sont qu’un élément d’une anatomie déroutante. Une grande partie des neurones du poulpe se trouve dans ses bras, qui peuvent traiter localement de nombreuses informations sensorielles et coordonner des mouvements complexes. Les ventouses touchent et goûtent leur environnement. Le corps, sans squelette rigide, se glisse dans des ouvertures à peine plus larges que le bec, seule grande partie dure de l’animal.

Il est pourtant trompeur de parler de « neuf cerveaux » comme s’il existait neuf petits poulpes indépendants. Il y a un cerveau central et d’importants centres nerveux dans les bras, reliés et coordonnés. De la même façon, les trois cœurs ne sont pas trois exemplaires interchangeables : les cœurs branchiaux et le cœur systémique ont des rôles spécialisés.

Une extravagance parfaitement logique

Vu de notre anatomie de mammifère, le poulpe ressemble à une créature inventée après une réunion où personne n’aurait osé dire non : trois cœurs, du sang bleu, des bras qui goûtent, une peau-écran et aucun os. Mais chaque étrangeté répond à une contrainte. Respirer sous l’eau, alimenter un corps actif, se faufiler, chasser et échapper aux prédateurs exigent des solutions très différentes des nôtres.

Le plus étonnant n’est donc pas que le poulpe soit bizarre. C’est que tout se tienne. Les deux cœurs des branchies chargent le sang en oxygène, le troisième le distribue, l’hémocyanine le transporte et les bras choisissent souvent la marche pour économiser l’ensemble. Sous son manteau, ce mollusque ne cache pas une collection de curiosités : il abrite une mécanique d’une cohérence remarquable.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.