Éoliennes en mer : comment pêcheurs et plaisanciers doivent-ils cohabiter avec les nouveaux parcs offshore ?

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Les parcs éoliens changent peu à peu le paysage maritime français. Ils ne sont pourtant ni des zones totalement interdites, ni des espaces où l’on navigue comme avant. Entre règles locales, câbles sous-marins et activités de pêche, la cohabitation s’apprend parc par parc.

Les parcs éoliens changent peu à peu le paysage maritime français. Ils ne sont pourtant ni des zones totalement interdites, ni des espaces où l’on navigue comme avant. Entre règles locales, câbles sous-marins et activités de pêche, la cohabitation s’apprend parc par parc.

© AS_SleepingPanda

À plusieurs milles de la côte, les alignements d’éoliennes ne sont plus seulement des silhouettes aperçues depuis la plage. Ils deviennent de véritables espaces de navigation, traversés par des pêcheurs professionnels, des voiliers, des bateaux à moteur et des navires chargés de la maintenance. Pour tous, une même question se pose : que peut-on encore faire entre les machines ?
La réponse tient en une phrase, mais elle est essentielle : il n’existe pas de règlement unique valable dans tous les parcs français. Les conditions dépendent de la phase du projet, de la configuration du site et de l’arrêté pris par le préfet maritime compétent. Un parc en exploitation peut être ouvert sous conditions, tandis qu’un chantier voisin reste fermé ou entouré de zones d’exclusion temporaires.
 

Un parc industriel installé dans un espace déjà occupé

Avant l’arrivée des éoliennes, ces secteurs étaient déjà utilisés. Les pêcheurs y suivaient des espèces, posaient des engins ou pratiquaient le chalutage. Les plaisanciers y traçaient des routes côtières. Des navires de commerce pouvaient passer à proximité, tandis que les CROSS surveillaient la circulation et coordonnaient les secours. Le parc ajoute un nouvel usage à cet espace commun. Chaque éolienne possède une fondation, un balisage et des câbles électriques qui la relient au poste en mer ou aux autres machines. Des navires de service entrent et sortent du site, parfois à vitesse soutenue. Par visibilité réduite, les pales, les feux et les échos radar créent un environnement plus complexe qu’une mer ouverte.
La cohabitation ne consiste donc pas simplement à laisser assez de place autour d’un mât. Elle oblige à organiser les routes, les techniques de pêche, les secours, la maintenance et les périodes de travaux. C’est la raison pour laquelle les comités des pêches, les services de l’État, les exploitants, les sauveteurs et les représentants des autres usagers participent aux discussions en amont et pendant l’exploitation.
 

Ouvert à la navigation ne veut pas dire sans contraintes

Saint-Nazaire donne une bonne idée du fonctionnement d’un parc en exploitation. Les navires autorisés doivent notamment respecter une vitesse maximale de 12 nœuds, rester à plus de 50 mètres des éoliennes et à plus de 200 mètres du poste électrique en mer. Le mouillage, la plongée, la navigation sous-marine et les activités tractées ou aérotractées y sont interdits. Fécamp applique des principes comparables et réserve l’accès aux navires de moins de 25 mètres. Ces chiffres sont utiles pour comprendre la logique de sécurité, mais ils ne doivent pas être mémorisés comme une règle nationale. À Saint-Brieuc, la réouverture aux activités maritimes en 2024 a elle aussi conservé des périmètres de 50 mètres autour des éoliennes et de 200 mètres autour du poste électrique. Ailleurs, notamment pendant les travaux, les distances d’exclusion peuvent être beaucoup plus grandes.
Le plaisancier doit donc consulter les cartes à jour, les avis aux navigateurs, les arrêtés de la préfecture maritime et les informations diffusées localement. Un ancien guide de croisière ou une carte électronique non actualisée ne suffit pas. Les zones peuvent évoluer au rythme du chantier, de la pose des câbles ou d’une opération de maintenance exceptionnelle.
 

Pourquoi le mouillage et certaines pêches posent problème

Sous la surface, les câbles inter-éoliennes forment un réseau invisible. Ils sont généralement ensouillés ou protégés, mais une ancre ou un engin traînant peut les endommager et mettre le bateau en danger. L’interdiction de mouiller est donc l’une des règles les plus fréquentes à l’intérieur des parcs. Elle vaut aussi comme protection pour le plaisancier : crocheter une infrastructure électrique n’a rien de comparable avec une ancre prise dans un rocher. Pour les pêcheurs, la distinction entre arts dormants et arts traînants est centrale. Casiers, filets ou lignes restent possibles dans certains parcs, sous des conditions précises de signalement, d’orientation ou de lestage. Le chalutage et les autres arts traînants sont souvent interdits entre les machines afin de protéger les câbles. Là encore, l’arrêté local décide : la pratique autorisée dans un parc ne l’est pas automatiquement dans le suivant.
La pêche de loisir peut être admise, mais elle ne donne jamais le droit de s’amarrer à une structure ou de stationner dans une zone interdite. Elle doit aussi composer avec les engins professionnels. Une bouée ou un pavillon aperçu entre deux éoliennes peut signaler un filet, une filière ou un casier ; il faut ralentir, identifier l’obstacle et laisser une marge généreuse.
 

Les bons réflexes avant d’entrer dans un parc

La première règle est de préparer la traversée avant de se retrouver au pied des pales. Le chef de bord vérifie l’ouverture du parc, la longueur maximale admise, la vitesse, les distances de sécurité et les activités interdites. Il repère également les couloirs éventuels, le poste électrique, les navires de maintenance et les zones temporairement fermées. Une veille attentive sur la VHF permet de recevoir les messages de sécurité et de comprendre les opérations en cours. L’AIS, lorsqu’il est disponible, aide à repérer les navires de service, mais il ne montre pas tous les usagers ni tous les engins de pêche. Il ne remplace ni la veille visuelle, ni le radar, ni l’écoute du canal 16.
Par mauvais temps ou dans le brouillard, contourner le parc peut être le choix le plus raisonnable. Les alignements peuvent donner une impression trompeuse de couloir parfaitement libre. Le vent est perturbé près des machines, les repères se ressemblent et le trafic de maintenance peut surprendre. Une marge de sécurité confortable vaut mieux qu’une route raccourcie de quelques milles.


Pêcheurs et plaisanciers, deux perceptions différentes

Pour un plaisancier, le parc est généralement un obstacle occasionnel. Pour un pêcheur professionnel, il peut modifier durablement une zone de travail, déplacer l’effort de pêche et imposer de nouvelles manœuvres. Les débats ne portent donc pas seulement sur la possibilité physique de passer entre les éoliennes, mais aussi sur l’accès à la ressource, les temps de route, la sécurité des équipages et les effets écologiques à long terme. Les fondations peuvent attirer certaines espèces et créer localement un effet de récif. Cela ne permet pas d’affirmer que le parc augmente automatiquement les stocks de poissons. Les résultats varient selon les espèces, les fonds, les techniques de pêche et la durée d’observation. Les suivis scientifiques sont indispensables pour distinguer une concentration locale d’un véritable gain pour la population.
La bonne cohabitation repose finalement sur une idée simple : un parc éolien n’efface pas les usages précédents, mais il les oblige à se réorganiser. Pour les plaisanciers, cela passe par une information actualisée et une navigation prudente. Pour les pêcheurs, par des règles construites avec ceux qui connaissent le terrain. Entre les deux, la mer reste un espace partagé  mais désormais beaucoup plus balisé.
 

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.