De la mini au maxi, à chaque bateau sa météo

Lundi 25 novembre 2013 à 14h24

Si la réflexion stratégique pour trouver la meilleure route est l’activité principale de chaque coureur au large, elle n’est pas alimentée, une fois sur l’eau, par les mêmes informations météorologiques selon les courses ou les types de bateaux.

Si la réflexion stratégique pour trouver la meilleure route est l’activité principale de chaque coureur au large, elle n’est pas alimentée, une fois sur l’eau, par les mêmes informations météorologiques selon les courses ou les types de bateaux.

En cet automne 2013, pas moins de six classes de bateaux s’affrontent, du Mini 6,50 au Trimaran de 31 mètres de Thomas Coville, avec pour chacun une accessibilité différente aux données météo.

 

Le strict minimum


Il y a une cinquantaine d’années, si l’humidité relative d’un torchon renseignait Moitessier sur l’approche d’un front, aujourd'hui l’information météo arrive à bord d’un mini 6,50 par un moyen qui peut surprendre par sa simplicité. En effet, le système utilisé est la Bande Latérale Unique, connue sous le nom de BLU, soit une radio customisée qui est utilisée dans le monde maritime ou aérien. Elle diffuse quotidiennement un bulletin type Grand Large, dicté par le directeur de course et adapté à la position de la flotte sur l’océan. Pourquoi ? La Mini-Transat reste la seule course où il n’y a pas de lien entre le bateau et la terre et c’est ce qui fait toute sa force. À bord, il n’y a pas d’ordinateur relié à un Iridium, donc pas de possibilité de se connecter à un service météo. Pourquoi n’y a-t-il pas de fac-similé (système de fax connecté à une BLU qui reçoit des cartes isobariques papiers) qui permettrait de recevoir des cartes isobariques ? Est-ce la crainte de la course à l’armement ? Peut-être. Parce que capter le bulletin météo correctement sur la BLU, réussir à le noter, puis en faire une carte isobarique pour comprendre la situation météorologique, le tout sur une coque de noix humide et instable, est un vrai challenge. S’entraîner n’est pas un vain mot !

Une « monotypie » des informations

Pour respecter un principe d’égalité des chances, le circuit Figaro propose aux coureurs un package météo pour les Transats. L’objectif est que tout le monde ait la même information au même prix ; et que la manière de recevoir l’information soit compatible avec un téléphone satellite, les données à récupérer ne doivent pas en effet être lourdes. Sur le bateau, le coureur télécharge des fichiers de vent numériques ou « Gribs ». Il les intègre ensuite au logiciel de navigation qui calcule le routage théorique, c’est-à-dire une route optimum. La qualité du coureur intervient dans sa capacité à comprendre le routage proposé et à mettre en évidence les différences entre la théorie et la pratique. Le vent n’est pas toujours celui indiqué par le Grib et le bateau peut aller plus ou moins vite que sur le fichier, la route idéale est donc modifiée et le coureur la redessine lui-même.
 

« Open bar » !

Pour les Class40’ et 60’ de la Transat Jacques Vabre, l’avis de course précise que « l'accès aux informations numériques ou graphiques n'est autorisé que si elles sont accessibles, à titre gratuit ou payant, à l'ensemble des concurrents, sans qu'aucune exclusivité ne puisse exister entre un fournisseur de données et un concurrent ou un groupe de concurrents ». Les bateaux sont équipés de terminaux utilisant des réseaux satellitaires, connus sous les noms de Fleet, OpenPort ou autre. Ils offrent la possibilité de télécharger des données lourdes en poids très rapidement, de surfer sur le web et d’envoyer des vidéos… Est-ce plus simple pour autant d’avoir accès à toutes les informations possibles ? Pas sûr, car « trop d’infos tue l’info » : récupérer l’information pertinente sans y passer des heures est un exercice à part entière. L’objectif est de consacrer du temps à l’analyse et non à la récupération de données ; qui plus est, la connexion coûte cher ! Aussi le temps passé à la table à carte en début de course peut avoir raison de quelques estomacs.
 

La spécificité du routage

La navigation en multicoque est un art délicat. Charles Caudrelier, équipier sur le MOD 70 Gitana, disait à l’arrivée de la Transat Jacques Vabre 2013 au Brésil « C’était très usant car il y avait en permanence l’un de nous deux à la barre. Et on ne la lâchait pas pendant nos quarts. Pour faire la moindre action, il fallait réveiller l’autre ». Les MOD 70 ont été conçus pour faire de l’équipage. Mener ces bateaux en double et gérer la météo en même temps aurait rendu l’exercice dangereux, ou dégradé le rythme de la course. Le routeur a donc été autorisé, c’est-à-dire qu’une personne ou une équipe à terre récupère les données météo, les analyse, les adapte au bateau et propose une trajectoire aux marins. Autant dire que le routeur vit au rythme de son bateau, certes au chaud, mais en veille durant toute la course. Il envoie une mise à jour de la trajectoire à chaque nouveau fichier, il tient compte de l’état du bateau ou de la capacité de l’équipage à le faire avancer ou pas, de la capacité du bateau à supporter telles conditions de mer ou de vent. Les navigateurs ne sont pas pour autant téléguidés, c’est un vrai dialogue entre le terrien et le marin qui demande confiance et complicité.

 

L’évolution des technologies et le besoin toujours croissant de communiquer vont-ils modifier la donne dans les années à venir ? La Mini-Transat, qui interdit toute communication avec la terre, restera-t-elle un cas à part ? Pour la classe Figaro, la question « d’ouvrir » la jauge, aujourd’hui restreinte au téléphone satellite, et d’autoriser des équipements permettant de recevoir davantage de données météo, se pose avant chaque transat. Quelle est la pertinence, pour les Multi 50 de la Transat Jacques Vabre, d’avoir un routeur à terre, puisque ces bateaux sont plus « maniables » que des MOD 70 ? À chaque série de bateaux sa réflexion, les questions restent ouvertes.
 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.