
Le 20 janvier, Jean-Louis Étienne quittera Christchurch, en Nouvelle-Zélande, à bord d’un navire équipé pour une mission de près de 2 mois. Baptisée Persévérance en Antarctique, l’expédition mettra le cap sur la Mer de Ross, avant de rejoindre la mer Dumont d’Urville, en Antarctique Est. À bord, une instrumentation scientifique de pointe permettra de collecter des données essentielles sur la météorologie, l’état du phytoplancton, la faune marine, les polluants atmosphériques et la dynamique des vagues. Autant d’indicateurs clés pour comprendre l’évolution rapide de l’océan Austral, encore largement méconnu.
L’Antarctique, sentinelle du changement climatique
Pour Jean-Louis Étienne, les pôles sont devenus des témoins directs du dérèglement climatique. L’Antarctique représente à lui seul entre 70 % et 80 % de la glace mondiale et couvre une surface équivalente à 28 fois celle de la France. Un colosse fragile, dont l’équilibre est désormais menacé par l’augmentation des températures de surface et la montée du niveau des océans. L’explorateur rappelle que certaines zones du continent ont déjà disparu. Des transformations si rapides qu’elles rendraient aujourd’hui impossibles certaines expéditions menées il y a à peine 30 ou 40 ans. Un signal d’alarme sur l’accélération des phénomènes climatiques dans ces régions extrêmes.
La pression croissante de la pêche industrielle
Au réchauffement climatique s’ajoute une autre menace : la pêche industrielle. En particulier celle du krill, petit crustacé au rôle central dans l’écosystème antarctique. Véritable pilier de la chaîne alimentaire, il nourrit baleines, phoques, manchots et oiseaux marins. L’arrivée croissante de bateaux-usines dans l’océan Austral inquiète les scientifiques. Pour Jean-Louis Étienne, cette pression supplémentaire fragilise un environnement déjà soumis à de fortes contraintes climatiques et renforce l’urgence de protéger certaines zones stratégiques.
L’expédition Persévérance aura aussi pour mission d’évaluer l’efficacité de l’aire marine protégée de la mer de Ross, créée il y a 10 ans. Souvent présentée comme un modèle, cette AMP doit désormais prouver sa capacité à préserver durablement les écosystèmes face aux pressions humaines et climatiques. Les résultats de cette mission pourraient peser lourd dans les discussions internationales autour d’un nouveau projet d’aire marine protégée en Antarctique Est, porté par la France et l’Australie avec le soutien de l’Union européenne. Quatre autres projets sont actuellement à l’étude au sein de la Convention pour la Conservation de la Faune et de la Flore Marines de l’Antarctique, l’instance chargée de la gestion de ces espaces.
Un enjeu climatique et politique mondial
Cette mission s’inscrit dans un contexte plus large. La France s’est engagée, dans sa stratégie nationale pour les aires protégées, à couvrir 30 % de son territoire terrestre et marin d’ici 2030, dont 10 % sous protection forte. Pour Jean-Louis Étienne, ces objectifs sont essentiels pour éviter une dégradation progressive de l’océan Austral, aux conséquences potentiellement globales.
En repartant vers l’Antarctique, l’explorateur ne cherche pas l’exploit. Il tente surtout de documenter, chiffres et observations à l’appui, l’état d’un continent clé pour l’équilibre climatique mondial. Un territoire lointain, mais dont l’avenir concerne bien au-delà des glaces polaires.
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