
Figaro Nautisme : Comment se spécialise-t-on dans le développement et la commercialisation de solutions de gestion-location pour l’un des leaders mondiaux de la location de bateau ?
Frédéric Moreau : Je suis originaire de Tours et c’est là que j’ai commencé à naviguer vers 6 ans. Sur un lac, d’abord en Optimist, puis j’ai continué en Mini, en 420, en Laser... Patrick Nicolas, champion du monde de Class A entre autres, avait créé la première école de sport à Tours, une école pilote qui m’offrira une superbe formation... que j’ai poursuivie en sport-études à La Rochelle.
J’ai beaucoup navigué en 420, en enchaînant les régates nationales et internationales, une période extrêmement formatrice qui m’a ouvert de nombreuses portes. J’ai participé à 10 Tours de France à la Voile et j’ai navigué avec des marins remarquables. J’ai également embarqué sur des bateaux prestigieux, comme But, l’ex-VSD de Riguidel, dans le cadre d’une tentative de record de la traversée de la Gascogne face à Loïck Peyron et Florence Artaud.
À la fin de mes études à l’INB de Concarneau, j’ai naturellement commencé à travailler dans le nautisme, en tant que vendeur de bateaux dans différentes concessions Bénéteau. À l’époque, avec seulement 5 commerciaux, nous parvenions à vendre jusqu’à 550 bateaux par an, ce qui donne une idée du dynamisme du marché à ce moment-là. J’ai ensuite occupé plusieurs postes en concession, jusqu’à un licenciement lié au contexte de la première guerre du Golfe, qui m’a conduit, temporairement, à vendre des produits ménagers. Cette parenthèse a été, avec le recul, une excellente école de vente et de relation client.
Le nautisme me manquait trop pour rester éloigné longtemps. Je suis donc revenu dans cet univers en vendant des yachts Grand Banks, notamment à une clientèle très médiatisée à l’époque, avant d’intégrer Moorings en 1992. J’y ai développé en Europe un concept alors nouveau : la gestion locative. Après 12 années chez Moorings, j’ai souhaité revenir à des fondamentaux plus commerciaux en rejoignant une concession Bénéteau, avec un projet de reprise qui n’a finalement pas abouti. Un peu désabusé, je suis parti en vacances aux Seychelles, où j’ai croisé un ancien collègue de Moorings travaillant chez Dream Yacht Charter. L’entreprise ne proposait pas encore de véritable offre structurée de vente de bateaux en gestion location. C’est ainsi que j’ai rejoint Dream Yacht Charter, où je suis toujours aujourd’hui. J’y ai trouvé un modèle qui me correspond parfaitement : nous ne vendons pas seulement des bateaux, mais avant tout la possibilité de naviguer le plus possible, dans un maximum de destinations, et au meilleur coût.
Figaro Nautisme : Quand vous choisissez un nouveau bateau pour vos flottes de location, imposez-vous un cahier des charges précis, des demandes particulières aux constructeurs ?
Frédéric Moreau : La gestion locative permet à des investisseurs de devenir propriétaires de leur bateau sans supporter les contraintes classiques qu’elle impose. Dans le cadre des contrats à revenus garantis, nous prenons en charge l’ensemble des charges fixes et incompressibles, de la place de port à l’assurance tous risques, en passant par la maintenance au sens large et la gestion des imprévus. Et nous garantissons un revenu contractuel au propriétaire.
Dans ce contexte, nous imposons effectivement un certain nombre de spécifications. Les bateaux que nous commandons aux constructeurs sont conçus et équipés selon un cahier des charges très précis, indispensable pour garantir une exploitation efficace et cohérente en location.
Nous offrons une deuxième option au propriétaire. Il peut opter pour un système dit « au réel », il perçoit 70 % du chiffre d’affaires généré par le bateau. Il conserve alors à sa charge les frais fixes, mais bénéficie d’une plus grande liberté dans les options. Mon rôle consiste à l’accompagner et à le conseiller, notamment pour éviter des choix que nous savons difficiles à valoriser ou peu adaptés à la location, tout en respectant sa liberté de décision.
Figaro Nautisme : Pouvez-vous nous expliquer l’intérêt de la gestion location pour un particulier et les spécificités des contrats que vous proposez chez Dream Yacht Charter ?
Frédéric Moreau : La gestion locative permet avant tout d’accéder à la propriété d’un bateau à un coût nettement plus abordable, et sans les contraintes traditionnellement associées à la possession d’une unité. Le fait de percevoir un revenu - qui n’est pas fiscalisé grâce à l’achat en leasing - tout en étant exonéré des charges de fonctionnement abaisse significativement le coût global de l’investissement.
Un autre avantage majeur réside dans la liberté de navigation. Nos propriétaires peuvent découvrir les plus belles destinations au monde, qu’il s’agisse de la Méditerranée, des Antilles, de l’océan Indien, de l’Asie du Sud-Est ou du Pacifique Sud, au départ de l’une de nos 29 bases. Cela permet de changer régulièrement de bassin de navigation. On ne parle alors plus seulement de posséder un bateau, mais de voyager, de découvrir le monde par la mer et de vivre des expériences fortes, en famille ou entre amis.
Figaro Nautisme : Quelles sont les évolutions à attendre dans le monde de la location de bateaux dans les 10 ans à venir ?
Frédéric Moreau : Je n’ai pas la prétention de prédire l’avenir, mais une tendance de fond se dessine clairement : l’usage prend progressivement le pas sur la propriété au sens traditionnel. Nous observons par exemple une forte croissance de la demande pour les croisières à la cabine. La location de bateaux avec équipage représentait 40% de notre activité avant le Covid. Elle est aujourd’hui de 60% !
Cette évolution traduit une attente claire de la part des clients : profiter du bateau et de la navigation sans nécessairement suivre une formation poussée pour devenir skipper. Ces nouveaux profils recherchent avant tout le plaisir, associé à un bon niveau de service et à un prix maîtrisé. À nous, opérateurs, et aux constructeurs, d’y répondre. Cela passera sans doute par des bateaux plus simples, moins suréquipés, et donc plus accessibles. C’est un défi collectif pour les années à venir.
Figaro Nautisme : Dream Yacht Charter en chiffres ?
Frédéric Moreau : Nous proposons plus de 800 bateaux sur 29 bases dans le monde. Les bateaux restent, en moyenne, 66 mois, soit 5 années et demie, en gestion. Nous sommes aujourd’hui 450 personnes dans le monde à travailler chez Dream Yacht.
Figaro Nautisme : Votre dernière navigation et la prochaine ?
Frédéric Moreau : Toutes ces années à travailler dans le nautisme et dans le monde de la location de bateaux m’ont permis de faire quasiment le tour du monde... J’ai eu la chance de naviguer dans toutes les plus belles destinations. Et la prochaine sera Phuket, en Thaïlande...
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