Quand les femmes font changer le visage de la course au large

Course au large

Pendant des décennies, la course au large a célébré quelques figures féminines sans pourtant jamais ouvrir les mêmes portes aux skippeuses. Aujourd’hui, les résultats parlent d’eux-mêmes. Des transatlantiques en solitaire aux tours du monde, les femmes skippers ne cherchent plus simplement à prouver qu’elles ont leur place. Elles naviguent, elles performent, et elles transforment en profondeur un univers longtemps verrouillé.

Pendant des décennies, la course au large a célébré quelques figures féminines sans pourtant jamais ouvrir les mêmes portes aux skippeuses. Aujourd’hui, les résultats parlent d’eux-mêmes. Des transatlantiques en solitaire aux tours du monde, les femmes skippers ne cherchent plus simplement à prouver qu’elles ont leur place. Elles naviguent, elles performent, et elles transforment en profondeur un univers longtemps verrouillé.
Justine Mettraux, 8e au classement general et premiere femme du Vendee Globe 2024-2025.
Justine Mettraux, 8e au classement general et premiere femme du Vendee Globe 2024-2025.© Anne Beauge / Alea

Quand la performance fait tomber les derniers doutes

En course au large, une chose ne se discute jamais très longtemps : le chronomètre. Et ces dernières années, il a cessé d’alimenter le débat sur la légitimité des femmes. Sur le dernier Vendée Globe, la Suissesse Justine Mettraux termine dans le top 10, signant le meilleur temps féminin jamais enregistré sur l’épreuve. Derrière elle, Clarisse Crémer confirme qu’une femme peut enchaîner les grandes campagnes IMOCA avec le même niveau d’exigence et de fiabilité que les meilleurs.

Ces classements ne sont pas des symboles. Ils traduisent des saisons complètes, des milliers de milles accumulés, des projets menés sur la durée. En solitaire, sans équipage ni assistance, la mer ne corrige personne. Elle valide ou elle sanctionne. Et elle valide désormais des trajectoires féminines au plus haut niveau.

Florence Arthaud, une victoire fondatrice... et longtemps isolée

Pour comprendre la portée du moment actuel, il faut revenir à une image qui n’a rien perdu de sa force : Florence Arthaud remportant la Route du Rhum en 1990. Ce jour-là, elle ne gagne pas « chez les femmes ». Elle gagne tout court. À armes égales, face aux meilleurs marins de son époque.

Cette victoire ouvre une brèche immense, mais elle ne suffit pas à transformer durablement le système. Pendant de longues années, la course au large reste un monde où l’accès au meilleur bateau, aux budgets solides et aux réseaux conditionne presque tout. Or, sans projet structuré, il est difficile d’accumuler de l’expérience, et sans expérience, encore plus difficile d’obtenir un projet. Beaucoup de navigatrices talentueuses se heurtent à ce plafond invisible.

Un changement de fond, pas seulement de façade

Ce qui évolue aujourd’hui dépasse la seule question du palmarès. La course au large moderne est devenue une discipline collective, où la performance se construit autant à terre qu’en mer. Les équipes techniques, les directions de projet, l’ingénierie, la préparation physique et mentale jouent un rôle central. La féminisation progresse aussi dans ces sphères longtemps restées très masculines.

Dans la classe IMOCA, cette évolution est désormais assumée comme un enjeu structurel. L’objectif n’est plus uniquement de voir des femmes sur la ligne de départ, mais de leur permettre d’accéder à toutes les strates du projet sportif, y compris là où se prennent les décisions et où se conçoit la performance. C’est un levier essentiel pour inscrire les carrières dans la durée et éviter que chaque génération reparte de zéro.

Route du Rhum et Vendée Globe, deux terrains d’affirmation

La Route du Rhum et le Vendée Globe sont les deux courses les plus médiatisées du calendrier. Elles n’imposent pas les mêmes logiques, mais jouent un rôle complémentaire dans cette transformation. La transat permet parfois un basculement spectaculaire, une victoire ou un coup d’éclat qui marque les esprits. Le tour du monde, lui, installe une crédibilité sur le long terme. Qualification, fiabilité, gestion de l’usure, résistance mentale : rien n’y est improvisé.

Quand une skippeuse boucle un Vendée Globe, et plus encore quand elle se classe aux avant-postes, ce n’est plus un événement exceptionnel. C’est la démonstration d’un professionnalisme abouti, comparable à celui de n’importe quel concurrent.

Des freins qui subsistent, mais qui reculent

Les obstacles n’ont pas disparu. Ils sont souvent plus discrets : orientation des parcours, accès différencié aux opportunités, nécessité de concilier des trajectoires personnelles et sportives très exigeantes. La course au large reste un milieu où le temps de mer compte énormément, et où les carrières se construisent tôt.

Mais ces freins reculent à mesure que les modèles se multiplient. Voir des femmes diriger des projets, mener des équipes, encaisser les échecs et rebondir change profondément la perception du métier. Cela ouvre aussi des perspectives nouvelles pour toute la filière nautique, bien au-delà des seules lignes de départ.

Un bénéfice collectif, sportif et culturel

L’essor des femmes en course au large est d’abord une bonne nouvelle sportive. Plus de talents, plus de diversité de parcours, plus de concurrence, c’est un niveau général qui s’élève. C’est aussi un atout pour l’industrie nautique, qui élargit son vivier de compétences et renouvelle ses façons de travailler.

Mais l’impact le plus durable est peut-être ailleurs. Pour les petites filles, voir des femmes traverser les océans en solitaire transforme un rêve lointain en possibilité concrète. Pour les petits garçons, grandir avec ces images ancre une évidence : la maîtrise, l’engagement et la performance n’ont pas de genre. La mer, elle, n’en a jamais eu. La course au large commence enfin à s’en souvenir pleinement.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.