Ocean Nomads : quand l’étrave remplace l’appartement

Culture nautique
Par Virginie Lepoutre

Le soleil se lève à peine sur le Vieux-Port de La Rochelle en ce début d’année 2026. À bord de son monocoque de 12 mètres, Thomas, 38 ans, ne prépare pas ses lignes de traîne pour une partie de pêche, mais ajuste son double écran et lance sa première visioconférence de la journée. Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à avoir délaissé le béton des métropoles pour le teck des cockpits. Cette nouvelle génération de « travailleurs du large » redéfinit les contours du nomadisme numérique, transformant le bateau en un studio flottant où la vue sur mer n'est plus un luxe de vacances, mais un cadre de travail quotidien.

Le soleil se lève à peine sur le Vieux-Port de La Rochelle en ce début d’année 2026. À bord de son monocoque de 12 mètres, Thomas, 38 ans, ne prépare pas ses lignes de traîne pour une partie de pêche, mais ajuste son double écran et lance sa première visioconférence de la journée. Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à avoir délaissé le béton des métropoles pour le teck des cockpits. Cette nouvelle génération de « travailleurs du large » redéfinit les contours du nomadisme numérique, transformant le bateau en un studio flottant où la vue sur mer n'est plus un luxe de vacances, mais un cadre de travail quotidien.

Un refuge face à la fracture immobilière

Loin des clichés de l'aventurier solitaire fendant les vagues, la réalité d’aujourd’hui montre un visage plus pragmatique. Pour une part croissante de ces nouveaux résidents, le choix du bateau est d'abord une réponse à la crise du logement qui frappe durement nos littoraux. Avec plus de 2,7 millions de ménages en attente d'un logement social et une envolée des loyers dans les villes portuaires, le voilier d'occasion devient une alternative crédible. À Mandelieu ou à Lorient, vivre à l'année sur un voilier de 14 mètres revient en moyenne à 15 000 euros par an, incluant la place de port, l'entretien courant et les taxes. Une enveloppe qui, bien que conséquente, rivalise désormais avec le coût global d'un petit appartement en centre-ville, les charges de copropriété et la taxe foncière en moins.

Certains font le choix de la sédentarité portuaire, profitant des infrastructures de la marina tout en bénéficiant de cette liberté de larguer les amarres le week-end venu. Pour ces résidents de ponton, le bateau est un "home-office" optimisé où chaque recoin est pensé pour l'efficacité. Ils côtoient une autre frange de nomades, plus mobiles, qui alternent six mois de travail intense au port et six mois de navigation hauturière. Ces derniers, souvent consultants ou développeurs en freelance, utilisent la mer comme un moteur de créativité, trouvant dans le rythme des marées une discipline de travail que l'open-space ne leur offrait plus.

L'autonomie technique : le nerf de la guerre

Travailler depuis son bateau en 2026 n'est plus un défi technologique insurmontable, à condition d'avoir investi dans une préparation irréprochable. L'arrivée des connexions satellitaires à très haut débit a été le véritable déclencheur de cette révolution. Finies les antennes Wi-Fi capricieuses en bout de ponton ou les téléphones hissés en tête de mât pour capter un filet de 4G au mouillage. Aujourd'hui, une petite antenne plate installée sur le portique permet de participer à une réunion en haute définition, même au milieu de la mer Tyrrhénienne.

Mais la connectivité n'est rien sans l'énergie. Pour faire tourner un ordinateur puissant, des écrans et les instruments de bord, l'autonomie électrique est devenue la priorité absolue des « Ocean Nomads ». Le parc de batteries au lithium, couplé à des panneaux solaires de dernière génération et parfois à un hydrogénérateur pour les traversées, constitue l'investissement de base. Il n'est pas rare de voir des budgets de préparation électronique atteindre 10 000 à 15 000 euros pour garantir un bureau fonctionnel en toutes circonstances. La météo reste toutefois le juge de paix : avant toute navigation de travail, une consultation rigoureuse des prévisions de METEO CONSULT Marine est indispensable pour éviter que le mal de mer ou une gîte excessive ne viennent interrompre une présentation stratégique.

Entre liberté et contraintes du quotidien

Si le tableau semble idyllique, la vie d'Ocean Nomad impose une résilience que tout le monde ne possède pas. L'espace réduit demande une organisation militaire, surtout pour ceux qui, comme Clémence et Julien, vivent et travaillent à deux sur un catamaran de 42 pieds. L'humidité hivernale, le bruit du gréement lors des coups de vent et la gestion des réservoirs d'eau sont autant de rappels que l'on vit dans un milieu exigeant. L'isolement social peut aussi être un piège, même si la communauté des "bateaux-bureaux" se serre les coudes sur les pontons, recréant parfois de véritables espaces de coworking improvisés dans les carrés.

L'accessibilité financière reste le point de bascule. Si l'achat d'un bateau d'occasion bien entretenu permet de réaliser une économie moyenne de 40 % par rapport au neuf, l'entretien annuel représente toujours 8 à 12 % de la valeur du navire. C'est un choix de vie courageux qui demande de troquer la sécurité du bail locatif pour l'incertitude de la redevance portuaire. Pourtant, pour ces travailleurs d'un nouveau genre, le retour sur investissement ne se compte pas en euros, mais en couchers de soleil et en sentiment de liberté absolue. En 2026, l'horizon n'est plus une limite, c'est un bureau avec vue.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.