Votre bateau peut-il se détruire au port ? Enquête sur la corrosion galvanique

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Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Une anode qui disparaît en quelques mois, une embase qui se pique, une hélice qui se dégrade sans raison apparente… Sous la ligne de flottaison, un bateau peut subir une véritable attaque électrochimique alors qu’il ne navigue même pas. Corrosion galvanique, courant parasite, prise de quai, bateau voisin : les causes sont multiples et souvent mal comprises. Voici comment distinguer un fonctionnement normal d’un phénomène capable d’entraîner plusieurs milliers d’euros de dégâts.

Le propriétaire n’avait rien remarqué. Son voilier était resté plusieurs mois à son poste, correctement amarré, branché au quai, entretenu comme il se doit. Au moment de la sortie d’eau, pourtant, surprise : les anodes avaient presque disparu. Plus inquiétant, l’embase présentait des piqûres profondes. « Les anodes ont fait leur travail », pourrait-on penser. Oui… mais pas toujours.

Une anode sacrificielle est faite pour se consommer. En revanche, lorsqu’elle disparaît en quelques semaines ou lorsqu’un appendice métallique commence à être attaqué, le bateau envoie un message qu’il faut prendre très au sérieux. Car la corrosion galvanique est l’une des avaries les plus silencieuses du nautisme. Pas de bruit, pas d’alarme, pas de voie d’eau immédiate. Quelques millivolts suffisent parfois à lancer un processus lent mais continu. Et le plus surprenant est que le problème peut venir de votre propre bateau, de la borne électrique du ponton… ou même du bateau voisin.

Sous l’eau, votre bateau devient une pile électrique

Pour comprendre le phénomène, il faut revenir à un principe physique très simple. Prenez deux métaux différents, reliez-les électriquement et plongez-les dans un liquide conducteur. Une différence de potentiel apparaît entre eux. Vous venez, schématiquement, de fabriquer une pile. Or un bateau comporte de nombreux métaux différents : inox, bronze, aluminium, acier, laiton… Et l’eau de mer est particulièrement conductrice. Certains métaux sont dits plus « nobles » que d’autres. Lorsqu’ils sont reliés électriquement, le métal le moins noble tend à se corroder au bénéfice du plus noble. C’est précisément pour cette raison que les bateaux sont équipés d’anodes sacrificielles. Le principe est simple : on ajoute volontairement un métal encore moins noble que ceux que l’on veut protéger. L’anode va alors se corroder en priorité. Elle se sacrifie littéralement.

Selon le type d’eau et les équipements concernés, elle peut être fabriquée en zinc, en aluminium ou en magnésium. Une anode qui s’use progressivement est donc parfaitement normale. À l’inverse, une anode qui reste comme neuve pendant un an peut être suspecte. Elle est peut-être mal fixée, isolée électriquement de la pièce qu’elle doit protéger, recouverte de peinture ou simplement inadaptée à son environnement.

Corrosion galvanique ou courant de fuite ?

C’est probablement la confusion la plus fréquente dans les ports. On parle souvent d’« électrolyse » pour désigner toutes les attaques de métal observées sous la ligne de flottaison. En réalité, deux phénomènes très différents peuvent être à l’œuvre. La corrosion galvanique est naturelle. Elle est liée à la présence de métaux différents immergés dans un électrolyte, ici l’eau, et reliés électriquement.

Le courant parasite, lui, provient d’une installation électrique. Un câble positif endommagé, une pompe de cale présentant un défaut, une connexion humide ou un appareil mal installé peuvent provoquer une fuite de courant vers l’eau. Le courant cherche alors un chemin de retour vers sa source. Lorsqu’il quitte une pièce métallique immergée, les dégâts peuvent être extrêmement rapides. C’est là toute la différence.

Une corrosion galvanique normale peut consommer une anode en plusieurs mois. Une fuite électrique sérieuse peut endommager un élément métallique en quelques semaines, parfois moins. Lorsqu’une anode qui durait traditionnellement une saison disparaît soudainement en deux mois, il ne suffit donc pas de la remplacer. Il faut chercher pourquoi !

La prise de quai, une liaison invisible entre les bateaux

Un autre phénomène surprend souvent les plaisanciers : la prise de quai peut créer une liaison électrique entre plusieurs bateaux. Lorsque vous branchez votre bateau au réseau 230 volts du port, le conducteur de protection, la terre, relie votre installation à celle du ponton. C’est indispensable pour la sécurité. Mais plusieurs bateaux branchés sur le même réseau se retrouvent ainsi indirectement connectés entre eux. Ajoutez l’eau du port et les différents métaux immergés, et vous obtenez un réseau électrochimique complexe.

Dans certaines situations, les anodes d’un bateau peuvent participer à la protection d’un autre. Un défaut électrique sur une unité voisine peut également perturber l’environnement électrique local. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut supprimer la terre de la prise de quai. Ce serait extrêmement dangereux. La solution consiste à isoler correctement le bateau sans remettre en cause la protection des personnes.

L’isolateur galvanique : couper les petits courants

C’est le rôle de l’isolateur galvanique. Installé sur le conducteur de terre de l’alimentation de quai, il permet de bloquer les faibles tensions responsables des échanges galvaniques tout en conservant la fonction de sécurité en cas de défaut électrique important. Il est particulièrement intéressant pour les bateaux qui restent régulièrement branchés au quai. Encore faut-il qu’il soit correctement dimensionné, installé et contrôlé. Comme n’importe quel équipement électrique, un isolateur galvanique peut tomber en panne ou avoir été mal monté. Le simple fait qu’il soit présent à bord ne garantit donc pas que le bateau soit effectivement protégé.

Le transformateur d’isolement : la séparation complète

La solution la plus efficace consiste à installer un transformateur d’isolement. Son principe est différent : l’électricité du quai est transmise au bateau par induction magnétique, sans liaison électrique directe entre les deux installations. Le bateau devient ainsi électriquement isolé du réseau du port. Du point de vue de la corrosion galvanique liée à la prise de quai, c’est une excellente solution mais il existe un défaut d’ordre pratique. Un transformateur d’isolement est plus lourd, plus encombrant et plus coûteux qu’un simple isolateur galvanique. Sur un petit voilier utilisé occasionnellement, son installation n’est pas toujours justifiée. Sur un bateau métallique, une grande unité ou un bateau restant branché en permanence dans une marina, la question mérite en revanche d’être sérieusement étudiée.

La liaison équipotentielle : une bonne idée… à condition de la maîtriser

Sur certains bateaux, plusieurs éléments métalliques sont reliés entre eux par des câbles électriques. C’est ce que l’on appelle une liaison équipotentielle. L’objectif est de placer différents éléments au même potentiel et de leur permettre de profiter d’une protection cathodique commune. Sur le principe, tout semble simple. Dans la réalité, une mauvaise liaison peut créer exactement l’effet inverse. Un câble coupé ou oxydé peut laisser une pièce sans protection. À l’inverse, relier deux éléments qui n’étaient pas destinés à l’être peut créer un nouveau couple galvanique. C’est pourquoi il ne faut jamais modifier au hasard le réseau de masses ou de bonding d’un bateau. En matière de corrosion, ajouter un câble « pour améliorer les choses » peut parfois les aggraver…

Polyester, aluminium, acier : les risques ne sont pas les mêmes

Sur un bateau en polyester, la coque elle-même n’est pas concernée par la corrosion galvanique. En revanche, les appendices métalliques le sont. Arbre d’hélice, hélice, saildrive, embase, passe-coques ou moteur hors-bord doivent être correctement protégés. Les pièces en aluminium demandent une vigilance particulière lorsqu’elles voisinent avec des métaux plus nobles comme certains bronzes ou inox. Sur un bateau en aluminium, la situation est nettement plus sensible. Cette fois, la coque elle-même participe au système électrochimique. Une mauvaise protection cathodique, un défaut d’isolation ou une association de métaux inadaptée peut créer des piqûres dans le métal. La peinture constitue une barrière importante, mais elle ne remplace pas une protection cathodique correctement calculée. 

Sur un bateau en acier, les problématiques sont différentes mais tout aussi sérieuses. L’état du revêtement, la répartition des anodes et leur capacité à protéger l’ensemble de la coque doivent être surveillés attentivement. Dans les deux cas, une corrosion profonde peut finir par affecter directement l’intégrité structurelle du bateau.

Comment savoir si vos anodes disparaissent trop vite ?

Le premier outil de diagnostic est particulièrement simple : l’historique. Un propriétaire qui photographie ses anodes à chaque sortie d’eau connaît leur vitesse normale de consommation. Si elles perdaient jusqu’ici environ la moitié de leur matière en une saison et qu’elles disparaissent soudainement en trois mois, quelque chose a changé ! Il peut s’agir du port, d’un nouvel équipement électrique, d’une modification du câblage ou simplement d’un problème de montage. Une usure homogène est généralement rassurante.

Une corrosion très localisée ou une consommation anormalement rapide doit pousser à poursuivre les investigations. À l’inverse, une anode qui reste intacte mérite également d’être contrôlée. Elle protège peut-être mal la pièce à laquelle elle est destinée.

Le diagnostic passe par la mesure

Lorsqu’un doute existe, un professionnel peut mesurer le potentiel électrique du bateau à l’aide d’une électrode de référence plongée dans l’eau. Cette mesure permet d’évaluer l’efficacité réelle de la protection cathodique. Plutôt que de compter simplement les anodes, on vérifie ce qui se passe réellement sous l’eau. Le test peut également être répété dans plusieurs configurations. Batteries déconnectées. Circuit continu remis sous tension. Équipements activés les uns après les autres. Prise de quai branchée, puis débranchée…

Si le potentiel change soudainement lors de la mise en route d’un équipement, la recherche du défaut devient beaucoup plus simple. Les pompes de cale et leurs câblages doivent notamment être surveillés avec attention. Ce sont des équipements électriques placés précisément dans une zone où l’humidité est omniprésente.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.