Essai Tiwal 2L : une idée géniale, ça se partage !

Voiliers
Par François Tregouet

Voilà dix ans que les deux sacs Tiwal au jaune et noir distinctifs sont sortis pour la première fois du coffre. Suscitant autant de regards curieux que sceptiques, le dériveur gonflé et gonflable a débarqué sur nos plages, animé nos mouillages. Avec le seuil des 2 000 unités vendues franchi l’an passé, la création de la jeune designer Marion Excoffon ne peut plus être qualifiée d’iconoclaste. Le Tiwal s’est imposé partout dans le monde comme un vrai petit voilier. Pour continuer à prospérer, les deux modèles qui ont fait le succès de la start-up française se dédoublent. En attendant la version « racing » du grand T3, c’est le T2 qui prend du volume, passant du format type Laser solitaire à celui d’un 420 plus familial, mais sachant toujours se faire mini au moment du rangement.

©François Tregouet - MULTImedia
Voilà dix ans que les deux sacs Tiwal au jaune et noir distinctifs sont sortis pour la première fois du coffre. Suscitant autant de regards curieux que sceptiques, le dériveur gonflé et gonflable a débarqué sur nos plages, animé nos mouillages. Avec le seuil des 2 000 unités vendues franchi l’an passé, la création de la jeune designer Marion Excoffon ne peut plus être qualifiée d’iconoclaste. Le Tiwal s’est imposé partout dans le monde comme un vrai petit voilier. Pour continuer à prospérer, les deux modèles qui ont fait le succès de la start-up française se dédoublent. En attendant la version « racing » du grand T3, c’est le T2 qui prend du volume, passant du format type Laser solitaire à celui d’un 420 plus familial, mais sachant toujours se faire mini au moment du rangement.

Il faut bien l’avouer, l’arrivée en 2012 de ce véritable OFNI sur un marché du nautisme toujours un brin conservateur a suscité autant de curiosité que de scepticisme. En réalisant deux millions d’euros de chiffre d’affaires sur le dernier exercice, dont 75 % à l’export, la douzaine de salariés de l’entreprise installée près de Vannes ont fait taire les critiques et imposé le respect. Mark Twain avait raison, « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ! » Une citation que ne renierait pas Laetitia Picaud, qui découvre en même temps que nous, encore dans ses sacs, le T2L qu’elle vient d’acquérir. Le concept « Dream Big, Pack Small » de Tiwal a complètement séduit cette jeune quarantenaire entrepreneuse. Elle est même venue avec une des caravanes Tear-Drop qu’elle propose à la location à Mesquer, comme pour s’assurer qu’avec son joli voilier ils feront la paire. Bientôt, les clients du campement de La Grande Ourse à Mesquer, à la frontière entre Loire-Atlantique et Morbihan, pourront dormir sous les étoiles et naviguer au soleil. Mais ce premier bateau, elle l’a aussi acheté pour elle, pour partager de bons moments sur l’eau avec ses enfants devenus adolescents, plus aguerris au dériveur qu’elle, la fan de planche à voile. Un peu anxieuse à l’idée de changer de catégorie, elle a été rassurée par la douceur des formes, la légèreté du Tiwal. Elle le sent accessible à tous, sans risque de se blesser, alors pour sa petite famille comme pour le louer ce sera idéal.

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Du coffre de la voiture à l’eau en moins de 20 minutes

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Mais avant de naviguer il faut assembler les 27 pièces détachées, toutes soigneusement protégées et emballées. Pas de stress, la notice est très bien faite et le montage, même pour une première fois, ne prend pas plus de vingt minutes. Un gonfleur électrique est le bienvenu, mais s’il n’est pas chargé comme lors de cet essai inaugural, la pompe manuelle double action fait très bien l’affaire, sans s’épuiser. Comme le T2 originel, le T2L a des ailes gonflables. C’est moins de montage, moins de risque d’abîmer le gelcoat du bateau quand on s’en sert au mouillage, plus confortable au rappel, moins impressionnant pour les débutants. Trois volumes sont donc à gonfler successivement. La coque centrale, qui demande le plus de pression (0,75 bars), pour assurer une bonne rigidité, et les deux ailes qui se contentent de 0,2 bars. Ne pas se laisser emporter par son élan : penser à insérer la structure alu centrale en cours d’exercice. C’est la clé du comportement de vrai bateau du Tiwal. Supportant le pied de mât, accueillant le puits de dérive, et des outriggers qui sont reliés à la coque par des sangles Velcro, cette pièce assure une rigidité vraiment intéressante. Le très grand soin apporté à sa fabrication, qui forcément participe au coût de l’ensemble, assure un assemblage parfait et une qualité de finition vraiment perceptible. Le support de safran, lui, peut être positionné en dernier. Une fois les manchons du mât carbone assemblés, on le fait entrer dans le fourreau de la voile et le tour est joué. Aucun outil, aucun nœud à réaliser, faire simple est souvent très compliqué, mais Tiwal se rend vraiment accessible à tous.

Polymorphe, le Tiwal séduit tous les publics

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La baie de Quiberon est toujours un endroit privilégié pour essayer un voilier, même en fin d’hiver. Juste avant l’isthme qui relie la presqu’île à la terre, la plage des Sables Blancs offre un décor de carte postale. Le Tiwal glisse sur l’eau à peine ridée. Très vite, Laetitia relève le silence apaisant qui règne à bord. Et c’est vrai qu’en y prêtant attention, entre la coque, l’accastillage textile, les poulies Harken haut de gamme, aucun bruit anxiogène ne vient perturber le souffle du vent dans la voile parfaitement coupée par North Sails. À ce sujet, plusieurs options sont possibles. La première – celle de notre essai – est une voile de 6,60 m2 à lattes verticales. Il en existe une version plus petite, de 5,20 m², qui conviendra à des enfants débutants ou par vent supérieur à 15 nœuds. Toutes deux peuvent s’enrouler autour du mât une fois le palan d’écoute décroché, ce qui facilite les pauses entre deux navigations, sur la plage ou derrière la jupe du bateau au mouillage, servant de base. Enfin une voile de 7 m² est proposée pour optimiser les performances, avec une option arrisable qui permettra là-aussi d’affronter des vents plus soutenus. Ce que nous retenons, c’est que les 50 cm gagnés en longueur – 3,30 m contre 2,80 m – sont loin d’être un détail. Sa longueur, dépassant même celle du T3 (3,20 m), apporte également un surcroît de flottabilité, qui fait passer la charge maximale autorisée à bord, de 150 à 200 kg. Là où le T2 originel accueillait un adulte, accompagné d’un enfant au maximum, le T2L peut recevoir deux adultes ou un adulte et deux enfants sans qu’ils ne se marchent sur les pieds. Alors nous essayons toutes les configurations possibles : solitaire, deux adultes, un adulte et deux enfants…

Un vrai voilier à partager

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Dans à peine 5 nœuds de vent, petits et grands s’amusent déjà comme des fous. Tout le monde se sent en sécurité sur cette coque vraiment très stable. À cinq ans comme à cinquante on se met debout pour faire rire les amis. Il faut dire que les couches de PVC de très haute qualité, fusionnées et non plus collées pour gagner en poids et en homogénéité, offrent une rigidité bluffante, renforcée par la forme en V et les assemblages. On enchaîne les virements de bord, les empannages, sans risque de se cogner et encore moins de se faire mal. Pas besoin de ramer pour avancer, il suffit de faire gîter et de s’avancer pour limiter la surface mouillée dans ces tout petits airs. En effet, plus le bateau est grand, plus son assiette, aussi bien longitudinale que latérale, est à surveiller. Mais les signaux sont très faciles à décrypter. Dès que la mer commence à passer entre l’aile sous le vent et la coque, il est temps de monter s’installer confortablement au rappel ! Assis sur l’aile, les pieds calés dans la sangle, on peut lâcher les chevaux. Au près, la dérive sabre permet de remonter comme un laser, au portant, la largeur restée à 1,50 m donne de la puissance. À deux, c’est facile, l’un au stick de barre, l’autre à l’écoute de grand-voile, il suffit de se coordonner un peu. Il n’y a que trois bouts à bord, et même finalement seulement deux réglages. En effet, le Cunningham, en dehors des pros de la régate, sert très peu une fois en mer. Mais il sécurise le mât sur la structure alu en cas de dessalage, il ne faut donc surtout pas l’oublier. L’écoute, et à un degré moindre le hale-bas, sont donc les deux seuls réglages à effectuer en mer. À la barre, l’engin se révèle délicieusement sensible. Trop peut-être pour les vrais débutants, à qui il faut apprendre à border d’une seule main sans lâcher la barre. Astucieuse, celle-ci est télescopique, moins longue en équipage qu’en solitaire pour gagner un peu de place à bord. Par bonne brise, une fois confortablement installé au rappel, on peut déployer le stick pour garder le contrôle.

En grandissant, le T2L devient effectivement plus accueillant et permet donc de partager en live, les sensations de véritable petit voilier qu’il procure. La qualité a certes un prix, mais chaque élément le justifie pleinement, et l’ensemble réuni ne fait pas débat. Le Tiwal 2L est accessible, performant, fait pour durer, tout sauf un vulgaire engin de plage. Énormément de travail et de recherches ont permis d’en faciliter l’usage, en faisant l’illustration nautique du concept de « simplexité » cher au neurophysiologiste Alain Berthoz. Toutes proportions gardées, il fait penser au premier iPhone, à la fois disruptif et qualitatif. Il a créé lui aussi quelque part un marché qui n’existait pas. Cette fois, ce n’est pas un « gourou » de la Silicon Valley qui l’a inventé, mais une jeune française bourrée de talent, qui continue à décliner très intelligemment un concept vraiment pertinent.

Fiche technique

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Longueur : 3,30 m

Largeur : 1,50 m

Tirant d’eau dérive basse : 75 cm

Poids : 47 kg

Charge maximale : 200 kg

Mât carbone : 4,90 m (5 parties)

Surface de voile : 6,60 m² / 5,20 m² / 7 m²

Rangement : 2 sacs (20 kg + 35 kg)

Prix : à partir de 5 850 euros TTC

Retrouvez cet essai et bien d'autres sujets dans notre dernier hors-série Collection 2022 à lire en ligne ici !

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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