Peut-on vraiment vivre 100 % en autonomie sur un bateau ?

Economie

L’idée a de quoi faire rêver : larguer les amarres, couper le cordon avec la terre ferme et s’affranchir totalement des contraintes du quotidien. Plus besoin de factures d’électricité, plus de supermarché, plus de dépendance aux infrastructures terrestres… Juste l’océan, le vent et une liberté totale. Mais derrière cette vision idyllique se cache une réalité plus complexe. Produire sa propre eau, générer son électricité, gérer son alimentation et assurer la maintenance du bateau… Peut-on vraiment tout faire soi-même, sans jamais mettre un pied à terre ?

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L’idée a de quoi faire rêver : larguer les amarres, couper le cordon avec la terre ferme et s’affranchir totalement des contraintes du quotidien. Plus besoin de factures d’électricité, plus de supermarché, plus de dépendance aux infrastructures terrestres… Juste l’océan, le vent et une liberté totale. Mais derrière cette vision idyllique se cache une réalité plus complexe. Produire sa propre eau, générer son électricité, gérer son alimentation et assurer la maintenance du bateau… Peut-on vraiment tout faire soi-même, sans jamais mettre un pied à terre ?

Sans eau douce, l’aventure s’arrête vite
C’est sans doute le premier défi pour quiconque veut vivre en autonomie sur un bateau : l’eau douce. Sur terre, on ouvre un robinet sans même y penser. En mer, chaque goutte compte. Un être humain a besoin d’au moins 3 litres d’eau par jour rien que pour s’hydrater, et si l’on ajoute la cuisine, l’hygiène et le nettoyage, ce chiffre grimpe vite.
Certains marins optent pour une gestion ultra stricte : une douche tous les trois jours, vaisselle à l’eau de mer et rinçage minimal, lessive ultra occasionnelle. Mais pour une véritable autonomie, il faut produire son eau. C’est là qu’intervient le dessalinisateur, un équipement devenu indispensable pour les navigateurs au long cours. Capable de transformer l’eau de mer en eau potable grâce à un système d’osmose inverse, il permet de produire entre 30 et 100 litres par heure selon les modèles. Un Spectra Ventura 200T, par exemple, consomme environ 8 ampères en 12V pour produire 30 litres par heure, ce qui reste raisonnable.
Certains préfèrent des méthodes plus artisanales, comme la récupération d’eau de pluie. Une bâche tendue sur le pont, un système de gouttières bricolé… Mais cette solution est aléatoire et ne suffit pas sur le long terme, surtout sous les tropiques où les averses peuvent être rares.
Alors, l’autonomie en eau douce est-elle possible ? Oui, mais au prix d’un équipement coûteux et d’une gestion rigoureuse. Pas question de laisser couler l’eau en se brossant les dents.

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L’électricité, un défi technologique à ne pas sous-estimer
Pas d’autonomie sans énergie. Un bateau moderne a besoin d’électricité pour tout : pilote automatique, instruments de navigation, réfrigérateur, éclairage, charge des appareils électroniques… La clé, c’est donc de produire sa propre énergie, et de la consommer intelligemment.
Les panneaux solaires sont la solution la plus répandue. Faciles à installer, silencieux et sans entretien, ils permettent de capter une source d’énergie inépuisable… du moins quand le soleil brille. Un bateau équipé de 1 000 Wc de panneaux solaires peut générer 4 à 6 kWh par jour en plein soleil, ce qui suffit à couvrir les besoins essentiels. Mais dès que le temps se couvre, la production chute drastiquement.
D’autres préfèrent l’éolienne, une option intéressante en navigation ou dans les mouillages ventés. Un modèle comme le D400 peut produire jusqu’à 1 kWh par jour, mais son bruit et ses vibrations en rebutent plus d’un.
Et puis il y a les hydrogénérateurs, ces petits bijoux technologiques qui transforment l’énergie du mouvement du bateau en électricité. Un Wat&Sea POD 600 produit jusqu’à 200 W à 5 nœuds, de quoi alimenter la plupart des appareils essentiels en navigation.
Alors, peut-on se passer totalement du moteur ou du générateur diesel ? Oui… mais pas sans une bonne dose d’ingéniosité et un système bien optimisé. La combinaison idéale reste souvent un mix entre solaire, éolien et hydrogénération, avec une grosse capacité de batteries pour stocker l’énergie les jours sans soleil ni vent.

Manger en pleine mer : autonomie ou illusion ?
L’autosuffisance alimentaire est sans doute l’aspect le plus compliqué de la vie en mer. À moins de naviguer sur un trimaran géant avec un potager flottant (et encore !), impossible de produire suffisamment de nourriture à bord pour survivre indéfiniment.
Les navigateurs qui vivent en autonomie misent donc sur trois stratégies :
1. Des réserves bien pensées : Riz, pâtes, légumineuses, farine, conserves… Les aliments secs et non périssables constituent la base de l’alimentation.
2. La pêche : Une belle prise peut faire la différence, mais encore faut-il avoir de la chance et les bons appâts. Certains marins ne jurent que par la traîne, d’autres par la chasse sous-marine quand les conditions s’y prêtent.
3. La fermentation et la conservation maison : Confitures, légumes lacto-fermentés, viande séchée… Un bon stock de bocaux permet d’avoir des repas variés sans dépendre des escales.
Alors, peut-on vraiment être autonome en nourriture ? Pas totalement. Même les plus aguerris finissent toujours par devoir compléter leurs stocks après plusieurs mois en mer.

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Se couper du monde : une vraie bonne idée ?
L’autonomie, c’est aussi la capacité à naviguer sans dépendre d’infrastructures extérieures, y compris en matière de communication. Mais peut-on réellement tout couper et vivre sans contact avec le monde extérieur ?
En réalité, même les navigateurs les plus autonomes ne renoncent pas complètement à la communication. La VHF est indispensable pour la sécurité et les échanges locaux. Les marins en haute mer s’appuient sur des solutions comme l’Iridium GO! ou Starlink, qui offrent une connexion internet n’importe où sur la planète.
Quant à la météo, il est impensable de se passer de prévisions fiables. Le modèle de METEO CONSULT Marine est devenus une référence pour les marins, leur permettant d’anticiper les conditions et d’ajuster leurs routes en fonction.

Et quand ça casse, on fait comment ?
Impossible de parler d’autonomie sans évoquer la maintenance. Vivre en mer signifie aussi savoir tout réparer : un winch grippé, un gréement fatigué, un moteur capricieux… Tout ce qui casse doit pouvoir être réparé avec les moyens du bord.
Les navigateurs autonomes embarquent toujours un stock impressionnant de pièces de rechange : courroies, filtres, colliers de serrage, huile moteur, mais aussi résine et fibre de verre pour colmater une voie d’eau en urgence. Et surtout, ils doivent savoir s’en servir. Un marin incapable de démonter son moteur ou de refaire une épissure risque de voir son autonomie réduite à néant au premier problème sérieux.

Alors, autonomie totale ou utopie ?
Peut-on vivre 100 % en autonomie sur un bateau ? Techniquement, oui… mais dans les faits, c’est une autonomie relative. Il est possible de produire son eau, son électricité et de gérer sa consommation de manière à limiter les escales au strict minimum. Mais sur le long terme, l’approvisionnement en nourriture et les besoins en maintenance finissent toujours par nécessiter un contact avec la terre.
Ce qui est certain, c’est qu’avec un bon équipement, une organisation rigoureuse et un peu d’ingéniosité, il est tout à fait possible de vivre des mois sans mettre un pied à terre. Et cette sensation de liberté, de ne dépendre de rien ni de personne, est sans doute l’une des expériences les plus exaltantes qu’offre la navigation au long cours.

Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…