Votre bateau est-il vraiment prêt à partir ? La bonne routine avant l’appareillage

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Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Le moteur tourne, les amarres sont prêtes à être larguées et l’équipage attend dans le cockpit. Pourtant, le bateau est-il réellement prêt à prendre la mer ? Chez un skipper compétent, les trente minutes qui précèdent un appareillage ressemblent moins à une checklist qu’à une véritable enquête... Et elle ne sera évidemment pas la même pour deux heures de balade, 50 milles de traversée ou plusieurs jours au large !

Il est 8h20. Le bateau doit quitter le port à 9 heures. Les sacs sont rangés, le café terminé et une partie de l’équipage commence déjà à retirer les housses dans le cockpit. Le skipper, lui, disparaît dans le carré. Quelques minutes plus tard, il est à genoux devant le moteur. Pas de panne. Pas d’alarme. Rien d’anormal, apparemment. C’est précisément pour cela qu’il regarde. Il soulève une trappe, éclaire le fond de la cale, passe la main sous une durite, contrôle un niveau, observe une courroie. Puis il revient sur le pont, regarde les amarres, fait quelques pas vers l’étrave, revient au cockpit, met l’électronique sous tension et écoute la VHF. Une demi-heure plus tard, le bateau appareille.

Cette scène résume assez bien la différence entre partir et être prêt à partir. L’objectif n’est pas de cocher mécaniquement trente cases avant chaque navigation. Il est de répondre à une question beaucoup plus simple : si quelque chose doit nous poser problème aujourd’hui, pouvons-nous le découvrir avant de quitter le quai ? La nuance est fine, mais elle change tout !

Les trente minutes commencent avant même de monter à bord

La première inspection n’a pas lieu dans la cale moteur. Elle commence avec la météo. Le bon skipper ne cherche pas uniquement à savoir s’il fera beau. Il essaie d’imaginer toute la navigation : vent au départ, évolution prévue, état de la mer, visibilité, courant, marée, conditions à l’arrivée et, surtout, différence entre le scénario prévu et un scénario dégradé. Pour une sortie de deux heures le long de la côte, une évolution du vent en fin d’après-midi peut être presque anecdotique si le bateau doit être rentré à midi. Pour une traversée de 50 milles, cette même évolution peut déterminer l’heure de départ. Pour une navigation hauturière, le skipper ne regarde plus seulement les prochaines heures, mais la succession des systèmes météorologiques et les possibilités de modifier sa route. C’est également à ce moment qu’arrive une question étonnamment peu posée : à partir de quelle évolution des conditions décide-t-on de ne pas partir ?

Définir cette limite lorsque le bateau est encore amarré est beaucoup plus facile que lorsque l’équipage est installé, que les vacances ont commencé et que tout le monde attend l’appareillage. Les professionnels raisonnent beaucoup de cette manière. Ils ne cherchent pas uniquement à construire un plan A. Ils veulent savoir à quel moment il faudra basculer vers le plan B. C’est le contrôle le plus important… Et il n’a nécessité aucun tournevis.

Dans la cale moteur, chercher ce qui a changé

Vient ensuite le moteur. C’est probablement l’endroit où la différence entre inspection et checklist est la plus flagrante. Contrôler le niveau d’huile est évidemment indispensable. Mais il faut aussi et même surtout se demander s’il est identique à celui observé précédemment. Même chose pour le liquide de refroidissement. Une baisse inexpliquée est un indice bien plus utile que la simple présence de liquide entre les repères minimum et maximum. Le skipper ouvre donc le compartiment moteur avant le démarrage. Il regarde sous le bloc, autour des filtres, du circuit d’eau de mer, de l’échappement et de l’inverseur. Un diesel marin fonctionne dans un environnement particulièrement hostile : chaleur, humidité, sel, vibrations et périodes d’immobilisation. Beaucoup de petites anomalies commencent donc par une simple trace. Du gasoil sous un filtre. Une poussière noire autour d’une courroie. Une goutte d’eau au niveau d’un collier. Une légère auréole d’huile. Rien de bien grave pris séparément. Mais en mer, un collier qui fuit peut laisser entrer de l’air, une courroie détendue empêcher un alternateur de charger correctement et une prise d’eau partiellement obstruée provoquer une surchauffe. Voilà pourquoi les cinq minutes passées devant le moteur ne sont jamais vraiment perdues.

Démarrer ne suffit pas

Le moteur démarre au premier coup. Parfait. Mais le contrôle ne s’arrête pas là. Le skipper doit alors immédiatement regarder l’échappement. L’eau de refroidissement sort-elle normalement ? Le débit ressemble-t-il à celui observé habituellement ? Puis il écoute. Un moteur possède une signature sonore que son propriétaire finit par connaître. Un claquement, une vibration ou un sifflement inhabituel mérite quelques secondes d’attention. Les instruments donnent ensuite une deuxième lecture : pression d’huile, température, tension de charge. Enfin arrive un contrôle parfois oublié au port : l’inverseur. Marche avant, point mort, marche arrière. Découvrir qu’une commande fonctionne mal après avoir largué la dernière aussière est une excellente manière de transformer un appareillage paisible en démonstration improvisée de manœuvre portuaire. Sur un bateau à moteur, le raisonnement est évidemment identique, avec une attention encore plus marquée portée aux transmissions et aux circuits de refroidissement.

Une batterie chargée n’est pas forcément une batterie en bonne santé

L’électricité mérite elle aussi son inspection. L’erreur classique consiste à regarder simplement le voltmètre. Une batterie peut afficher une tension correcte et pourtant être incapable de fournir l’intensité nécessaire quelques heures plus tard. Le chef de bord va donc s’intéresser à la cohérence de l’ensemble : tension avant démarrage, chute éventuelle pendant le lancement du moteur, charge apportée ensuite par l’alternateur et comportement du parc de servitude. Pourquoi cette attention ? Parce qu’un bateau moderne dépend énormément de son électricité. Pilote automatique, instruments, GPS, VHF, pompes, éclairage, réfrigérateur et parfois guindeau, dessalinisateur ou moyens de communication : une défaillance électrique peut très rapidement devenir une défaillance opérationnelle. Pour une balade de deux heures, une batterie de servitude fatiguée restera peut-être une contrariété. À 200 milles des côtes, elle peut devenir un vrai problème…

Le carburant : ne pas faire confiance aveuglément à la jauge

Voici maintenant un petit exercice. Demandez à dix propriétaires combien de litres contient leur réservoir. Presque tous vous répondront. Demandez-leur combien de litres ils possèdent actuellement à bord. Les réponses deviennent alors moins précises. Les jauges de carburant des bateaux ne sont pas toujours d’une précision absolue. La forme du réservoir, la gîte, l’assiette et le vieillissement du capteur peuvent rendre leur lecture approximative. Un skipper raisonne donc en autonomie. Combien d’heures le moteur peut-il fonctionner ? Combien consomme-t-il réellement au régime utilisé ? Quelle réserve souhaite-t-on conserver ? Pour une petite sortie, l’enjeu paraît limité. Mais pour une navigation plus longue, la nuance est, là encore, d’importance !

La panne sèche commence rarement lorsque le réservoir est vide. Elle commence beaucoup plus tôt, lorsque le skipper surestime ce qu’il contient.

Avant de quitter le quai, tourner la barre

Le contrôle suivant ne demande que quelques secondes. Barre à bâbord, puis à tribord. Le mouvement est-il fluide ? La réponse du safran paraît-elle normale ? Aucun bruit inhabituel ? Sur une barre à roue, un simple déplacement permet parfois de détecter un point dur ou un jeu anormal. Sur un système hydraulique, une sensation spongieuse mérite également attention. Pour une navigation hauturière, l’inspection change naturellement d’échelle. On ne se contente plus de vérifier la gouverne principale. Il faut savoir comment le bateau sera dirigé si celle-ci disparaît.

L’ancre n’est pas réservée au mouillage du soir

Direction maintenant la proue. Le guindeau fonctionne-t-il ? La chaîne est-elle libre ? L’ancre peut-elle être mise à l’eau immédiatement ? Cette dernière question est, bien sûr, essentielle. On pense généralement au mouillage comme à une activité de fin de journée : une baie sympathique, quelques mètres d’eau et l’apéritif dans le cockpit. Mais une ancre est aussi un équipement de sécurité. Une panne moteur près d’une côte, une perte de propulsion dans un chenal ou une avarie pendant l’attente d’une assistance peuvent rendre le mouillage extrêmement précieux. Encore faut-il pouvoir l’utiliser rapidement. 

Une VHF qui s’allume ne suffit pas

Retour au poste de barre. GPS, sondeur, instruments, pilote et VHF sont mis sous tension. Sur la VHF, le skipper ne vérifie pas uniquement que l’écran s’allume. Il contrôle le volume, l’écoute et le bon fonctionnement général de l’appareil. Car disposer d’une radio qui fonctionne est une chose. Savoir s’en servir en est une autre. Et c’est là que le contrôle du bateau rejoint celui de l’équipage. Qui peut lancer un appel de détresse si le skipper tombe dans l’escalier et se fracture la cheville ? Qui connaît la position du bateau ? Qui sait démarrer le moteur ? Ces questions paraissent presque triviales tant que tout va bien. Elles le sont beaucoup moins lorsqu’un événement sérieux se produit.

Le second n’a pas besoin d’être un navigateur capable d’effectuer seul une traversée. En revanche, au moins une autre personne à bord devrait pouvoir assurer les fonctions essentielles si le chef de bord devient indisponible.

Le dernier système à vérifier est humain

Nous voici justement au contrôle probablement le plus important. L’équipage. On peut posséder un bateau irréprochable et partir dans de mauvaises conditions parce qu’une personne à bord est fatiguée, malade, inquiète ou simplement insuffisamment préparée. Le briefing avant appareillage est parfois traité comme une formalité réservée aux bateaux de location. Erreur. Plus la navigation s’allonge, plus il devient important. Pour deux heures de promenade, rappeler où se trouvent les gilets, expliquer la conduite à tenir en cas de chute à la mer, montrer la VHF et préciser les principales règles de déplacement peut suffire. Pour 50 milles, il faut déjà parler davantage de la route, des conditions attendues, du fonctionnement du bateau et de la répartition des rôles. Avant une navigation hauturière, le briefing devient une véritable organisation : quarts, repos, harnais, déplacements nocturnes, réduction de voilure, procédures d’urgence, incendie, voie d’eau, homme à la mer, abandon et communications. L’objectif n’est bien sûr pas d’effrayer l’équipage, bien au contraire. Les situations stressantes deviennent beaucoup plus faciles à gérer lorsqu’elles ont déjà été évoquées calmement.

Le détail qui arrête le départ

Enfin, le skipper compétent possède enfin une qualité parfois frustrante pour leur équipage : il accepte de retarder un appareillage pour, ce qui peut sembler, presque rien. Une odeur inhabituelle. Une petite fuite. Une batterie qui charge moins bien que la veille. Un ris plus difficile à prendre. Une prévision météorologique qui se dégrade…

Pris isolément, chacun de ces éléments peut sembler insignifiant. Mais l’expérience apprend qu’une avarie importante commence souvent par un symptôme minuscule. Les trente minutes avant l’appareillage ne servent donc pas à démontrer que tout fonctionne. Elles servent à trouver ce qui pourrait ne pas fonctionner… Et gâcher votre belle croisière !

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.