Vendée Globe : dépressions et réparations, la bataille continue
Pour une fois, les vidéos ne suffisent pas. Guirec Soudée le disait à sa manière la semaine dernière quand il filmait pour la première fois la virulence des mers du Sud : « on ne voit pas trop parce que l’image écrase mais ça secoue ». Et décidément, oui, ça secoue beaucoup pour une grande majorité de skippers. Un groupe conséquent, allant d’Isabelle Joschke à Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One, 33e), est confronté à une dépression très virulente, semblable à celle qu’avait endurée la tête de flotte la semaine dernière. Au programme : des vents à plus de 40 nœuds en moyenne et des rafales jusqu’à 60 nœuds. « Les prévisions sont plutôt précises dans les mers du sud en termes de positionnement mais elles sont souvent sous-estimées en force », précise Basile Rochut, consultant météo du Vendée Globe. Les compteurs s’affolent donc et, à bord, il faut s’adapter, résister, tenir bon et tout oublier, la fatigue, l’humidité, la répétition des efforts…
Même constat pour ceux qui sont situés bien plus au sud. Antoine Cornic (Human Immobilier, 31e), un des premiers à avoir fait face à la dépression hier, est parti à l’abattée, ce qui a engendré une casse sur le rail de grand-voile, arraché sur près d’un mètre. Il a affalé sa grand-voile et pris la décision de se dérouter vers les îles Saint-Paul et Amsterdam afin de se mettre à l'abri et pouvoir procéder aux réparations dans de meilleures conditions. Il devrait y arriver dans environ 7 jours. « Je ne sais pas comment je vais faire pour réparer », confie-t-il, dépité. 300 milles devant Antoine Cornic, il y a Conrad Colman (28e). Le skipper de MS Amlin a passé le front dans la nuit : « J’ai eu 48 nœuds dans le front. Je savais que ça allait être très dur et c’est pour ça que j’ai essayé de faire une route plus Nord récemment. J’ai eu des petits bobos dans les voiles et un de mes écarteurs (Jockey Pole) est cassé. Dès qu’il y a un peu d’accalmie, je suis en train de bricoler… Mais c’est rare d’avoir le temps de le faire, tellement c’est difficile. Je ne suis jamais à 100% ! »
Trois bateaux progressent encore plus au Sud et sont fortement exposés au plus gros de la dépression : Tanguy Le Turquais (Lazare, 21e), Louis Duc (Fives Group - Lantana Environnement, 24e) et Guirec Soudée (Freelance.com, 27e). Les bateaux ont souffert à l’instar des avaries de J2 (voile d’avant) constatés chez Tanguy et Guirec. Le premier est monté au mât hier pour y poser un patch, le second a constaté une avarie sur cette voile cette nuit. Guirec a annoncé ce jeudi qu’il souhaitait s’abriter à proximité des Kerguelen pour monter au mât lui aussi. Bien plus loin, dans l’Atlantique Sud, c’est Szabolz Weöres (New Europe, 38e) qui va bientôt composer avec une autre dépression, une mer de 5 à 6 mètres et des rafales dépassant les 50 nœuds.
« Ça peut partir par devant, tout le monde navigue pied sur le plancher », assure Thomas Ruyant (VULNERABLE). « C’est une course-poursuite où on essaie de récupérer ce qu’on peut sur ceux qui sont devant », atteste Yannick Bestaven (Maître CoQ V, 9e), un des « chasseurs » qui pourrait recoller. Mais l’essentiel n’est pas qu’une question de compétition. Le vainqueur du dernier Vendée Globe l’a rappelé, cette nuit, en quittant un peu ses réglages. « J’ai vu comme un gros éclairage dehors. Je suis sorti, c’était la lune, elle éclairait tout l’océan, le ciel était dégagé… Le spectacle que nous offre la nature est magnifique et on est les seuls à pouvoir voir ça ». Il a une barbe de trois jours, des cernes autour des yeux mais un large sourire barre son visage : « ce sont ces petits bonheurs qui expliquent pourquoi on est là ».
L’INFO EN PLUS. Nouvelle modification de la ZEA
La direction de course a décidé de modifier légèrement la Zone d’Exclusion Antarctique qui permet aux skippers de ne pas se rapprocher trop près des icebergs. En collaboration avec CLS (Collecte Localisation Satellites) qui mobilise satellites et experts pour cartographier les icebergs, la ZEA a donc été légèrement abaissée à la longitude de l’île Campbell, à plus de 1300 km au sud de la Nouvelle-Zélande. « Grâce aux relevés de CLS, aucun iceberg n’a été détecté dans la zone, ce qui nous permet de modifier la ZEA, précise Hubert Lemonnier, directeur de course. Ça va contribuer à ouvrir la stratégie pour les skippers ».
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe et suivez les skippers en direct grâce à la cartographie.