Interview exclusive Clarisse Crémer « J'ai plein de projets, plein de choses que j'ai envie de faire ! »

Culture nautique
Vendredi 21 mai 2021 à 12h03

Alors que la voile n’était « qu’une passion », la jeune diplômée de HEC Paris décide un jour de tout quitter pour retrouver la Bretagne aux côtés de son compagnon, devenu mari, Tanguy Le Turquais. C’est lui qui lui fera découvrir les joies de la course au large au travers de la Mini Transat en 2017. L’année suivante, une nouvelle aventure commence au sein du Team Banque Populaire. Aujourd’hui, Clarisse Crémer vient de boucler son premier tour du monde, battant dans le même temps le record du tour du monde en solitaire et sans escale féminin, détenu jusque-là par Ellen MacArthur. Rencontre avec une jeune femme pétillante, motivée, l’aventure au cœur et la tête sur les épaules.

©Yvan Zedda / BPCE
Alors que la voile n’était « qu’une passion », la jeune diplômée de HEC Paris décide un jour de tout quitter pour retrouver la Bretagne aux côtés de son compagnon, devenu mari, Tanguy Le Turquais. C’est lui qui lui fera découvrir les joies de la course au large au travers de la Mini Transat en 2017. L’année suivante, une nouvelle aventure commence au sein du Team Banque Populaire. Aujourd’hui, Clarisse Crémer vient de boucler son premier tour du monde, battant dans le même temps le record du tour du monde en solitaire et sans escale féminin, détenu jusque-là par Ellen MacArthur. Rencontre avec une jeune femme pétillante, motivée, l’aventure au cœur et la tête sur les épaules.

Propos recueillis en mars 2021, interview à retrouver en intégralité dans notre nouveau hors-série Collection 2021.

F.N. : Ce Vendée Globe a été rempli de premières fois pour vous et de grandes expériences : navigation dans les mers du Sud, montée au mât… Il y avait une Clarisse avant le Vendée Globe et il y a désormais une Clarisse après ?

C.C. : « On apprend plein de choses sur l’eau et surtout seule pendant trois mois. C’est un apprentissage accéléré et intense. C’est assez dur un Vendée Globe alors on apprend sur soi, on apprend à rebondir lorsqu’on a un coup de mou… j’ai aussi appris énormément techniquement car avec mon parcours un peu rapide j’avais quelques lacunes et notamment sur ma capacité à gérer des moments de crise. Donc oui, j’ai beaucoup appris sur plein de thématiques différentes ! »

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F. N. : Du fait d’être une femme dans un milieu encore très masculin, avez-vous dû faire face à des défis supplémentaires, à des « mauvaises expériences » ou au contraire pas du tout ?

C. C. : « Non je n’ai pas eu d’exemples précis de misogynie. Au sein du team Banque Populaire par exemple ce sont essentiellement des hommes et quand il s’agissait de préparer mon bateau, le fait que je sois une femme n’a jamais posé de problèmes. On avait un objectif et on faisait ça bien. Le gros sujet du manque de femmes dans la course au large c’est parce qu’un homme peut continuer à progresser dans sa carrière en ayant des enfants, ce n’est pas possible pour une femme. Ou alors c’est un moment de pause et aujourd’hui ce moment de pause est souvent mal vécu par les sponsors qui « oublient » les athlètes qui font une pause. J’espère que cela va évoluer, qu’on laissera les athlètes faire une pause et revenir, car cela permettra à plus de femmes de se sentir soutenues. Certaines femmes choisissent de ne pas avoir d’enfants et elles peuvent progresser sans pause dans leur carrière et c’est super, mais cela ne devrait pas être la seule option. Il faut que ce soit un vrai choix. »

F. N. : Votre coin favori pour les vacances d’été ?

C.C. : « En bateau, j’aime beaucoup le Morbihan ! Quand j’étais étudiante j’ai fait des croisières en Corse hors saison en juin et c’est tout simplement sublime. Après, toutes les côtes françaises sont belles ! On a de la chance en faisant la Solitaire du Figaro de voir plein de coins différents et c’est top. Un endroit où j’aimerais vraiment bien retourner c’est l’Irlande ! Arriver dans un petit port irlandais, je l’ai fait sur la Solitaire en 2019 et malheureusement j’ai eu à peine 48 heures sur place, je n’ai pas eu le temps de faire grand chose mais cela donnait très envie d’aller boire des coups dans le bar du coin !  »

F. N. : Pratiquez-vous des sports nautiques autres que la voile ?

C. C. : « Je fais du kitesurf et du surf. Tanguy passe sa vie sur les planches de kite même après avoir fait du bateau toute la semaine, alors que moi j’ai plutôt envie d’aller courir en forêt, d’aller faire du VTT. J’ai plus une envie de boue que d’embruns ! J’adore me baigner, être sur l’eau, me balader au bord de l’eau… j’aime être en pleine nature et l’effort physique. J’ai grandi en région parisienne, j’ai fait 10 ans d’athlétisme donc j’étais plus dans la forêt et c’est quelque chose que j’aime retrouver. »

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F. N. : La protection des océans, de l’environnement, a été un sujet particulièrement mis en avant par certains skippers lors de cette édition du Vendée Globe. Quelles sont votre vision et votre implication sur ce sujet ?

C. C. : « La protection des océans, c’est un des éléments du vaste sujet de la protection de l’environnement. À titre personnel, je suis très sensible à ce sujet, très grave et sérieux. Dans mon projet Vendée Globe, je n’avais pas d’engagement particulier dans le sens où je n’avais pas d’instruments de mesure et nous n’avions pas fait une communication spécifique. Mais c’est un sujet sur lequel tout le monde doit faire des efforts au quotidien. La course au large a quand même un impact assez fort sur l’environnement. Rien que l’antifouling, c’est un biocide donc c’est compliqué, on réfléchit à trouver des solutions. Je n’en ai pas fait un élément de communication dans mes projets jusqu’à présent, aussi parce que j’ai eu des projets sportifs très rapides avec beaucoup de défi s techniques à relever et c’était difficile d’y ajouter cette dimension-là en faisant bien les choses et surtout en faisant en sorte que ce ne soit pas que de la communication. J’aimerais bien réussir à avoir un vrai impact et que ce ne soit pas que des opérations de communication et de marketing. Je préfère ne rien communiquer plutôt que de faire quelque chose pour faire joli… mais cela ne veut pas dire qu’à titre personnel je n’essaye pas, notamment dans mes choix de consommation et mon mode de vie au quotidien, de m’améliorer. Je trouve cela chouette car la course au large me donne l’opportunité d’être un peu l’ambassadrice de ces causes notamment de préservation des océans, mais l’industrie nautique et de la course au large a pas mal de chemin à faire pour être plus respectueuse de l’environnement, j’y suis particulièrement sensible. Malheureusement, il n’y a pas besoin de naviguer bien loin pour se rendre compte de l’ampleur de la pollution des océans… »

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.