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Comment vous êtes vous découvert le pied marin ?
“J’avais 6 ou 7 ans quand j’ai commencé à naviguer, je ne venais pas d’une famille de marins, c’était un désir incompréhensible. Cela n’a pas été simple de convaincre mes parents qui me voyaient plus faire de la danse classique par exemple.”
Julie Mira ne vivait pas à proximité de la mer durant son enfance, mais cette envie et ce besoin se sont confirmés pendant ses vacances, sur la pointe du Finistère, durant les vacances de la Toussaint chaque année. C'est en naviguant pendant les vacances puis, suite à un déménagement, que Julie Mira a eu la possibilité de naviguer sur un lac proche de chez elle, à bord d’un optimist. C'est ainsi que la compétition est très tôt entrée dans les projets : “C’est un parcours un peu classique car, à l’époque, il n’y avait pas de voile loisir, on était tout de suite poussés à la régate. J’ai fait de la régate de mes 9 ans à mes 17 ans.”
Faire d’une passion son métier, un choix qui est venu à elle avec le temps :
“Je n’ai pas fait d'études dirigées vers le nautisme, mais cela m'appelait toujours. Pendant les vacances scolaires, j’encadrais comme monitrice de voile, je faisais des stages. J’ai eu très vite envie de naviguer au large. Jusque-là, la question ne se posait pas, je ne savais pas que c’était un métier. Je n’avais pas grandi dans cet univers, je ne venais pas de ce milieu-là donc je n’avais pas vraiment conscience que cela pouvait être un métier.”
Julie Mira va malgré tout se lancer dans le milieu professionnel du nautisme à 18 ans en cherchant à enseigner dans une école de voile. Son parcours est notamment riche de 10 années durant lesquelles elle va naviguer dans le grand nord, parmi les glaces de l'Arctique.
Les Marinettes, comment est né ce projet ?
“J’ai eu envie de donner un autre sens à mon boulot et d’intégrer l’humain dans mon activité. Je voyais tout le temps des couples naviguer ensemble et peu de femmes seules. Dans les couples qui naviguaient, la femme était rarement à la manoeuvre.”
Ces observations ont poussé Julie Mira à s'interroger sur les rapports hommes-femmes, la parité, les dynamiques de couple et de sport et par la suite à créer les Marinettes. Elle y propose une solution de coaching nautique unique pour accompagner les femmes, les couples, les familles et les groupes d'amis dans leurs projets en mer.
Dans quelle mesure intervient les Marinettes ?
“J’ai accompagné entre 130 et 150 femmes et couples. Je reçois beaucoup de témoignages de la communauté que cela a créé, ce qui revient le plus souvent est le défaut de confiance en soi, un élément très féminin. On a rarement appris aux femmes à être autonomes, à être sportives et à avoir des codes parfois masculins pour s’épanouir dans un sport. L’entreprise et moi avons beaucoup évolué en 4 ans. Je me suis formée en coaching, en préparation mentale avec beaucoup d'outils différents, car je me suis rendue compte que le bateau était souvent une excuse. Le coaching sur le bateau a un impact également dans différentes sphères de la vie. Au sein des couples, les problèmes sont souvent la communication, la confiance. Il s’agit de problématiques qu’on identifie aussi dans la vie de tous les jours.”
“Le bateau comme un accompagnement”, sur les vagues d’une évolution
Les Marinettes évoluent aujourd’hui, la voile n’est plus qu’un élément sportif, elle devient à elle seule également un moyen de coaching pour appréhender des problématiques de la vie quotidienne :
“Je suis en formation en train de finir un DU en coaching mental, car c’est un outil fantastique qui n’est pas seulement réservé aux sportifs de haut niveau. Le leitmotiv n'est plus seulement “les Marinettes, c’est des femmes qui vont apprendre à faire du bateau”, mais plutôt autour de l’utilisation du bateau, c'est comme un accompagnement. La technique devient un outil : en mettant le point sur la technique, on permet de débloquer des éléments personnels.”
Pouvez-vous décrire la pédagogie des Marinettes en quelques mots ?
Personnalisé
Bienveillance
Confiance
À faire pour soi
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Aujourd’hui, Julie Mira travaille en collaboration avec la FFVoile depuis 1 an et demi sur les actions visant notamment à la mixité et à la féminisation du sport.
“Aujourd’hui ,on a besoin de se sentir accueillies, de se sentir à notre place lorsque l’on va pratiquer la voile. J’ai très souvent des témoignages de femmes entre 30 et 50 ans qui ont envie d’apprendre et de s’autoriser à y aller, mais qui ne trouvent pas d’endroit où la pratiquer et où apprendre, car ce n’est pas simple d’intégrer un club de voile encore bien souvent composé en grande majorité d’hommes. Aujourd’hui, il y a peu d’espace pour ces femmes-là. Avec la fédération et d'autres acteurs, on cherche à avoir un peu plus d'attractivité auprès du public féminin. C’est aussi le rôle de la société et aux clubs de leur ouvrir la porte.”
Un manque de représentation de la femme qui n'aide pas :
“Le manque de représentation est encore très présent. Le podcast Woman of the seas est aujourd’hui quelque chose qui fait beaucoup de bien. Il s’agit d’un podcast de femmes marins de “tous les jours”. Il ne s’agit pas des grandes icônes de la course au large, parfois inaccessibles. Elles permettent de s’identifier plus facilement. Je pense qu'il y a encore du boulot à ce sujet notamment sur la représentation de la femme dans les magazines. Elle est rarement mise en avant autrement qu’en train de prendre un bain de soleil. Il y a une responsabilité de divers acteurs du nautisme pour permettre à la femme d’être représentée à l’égal de l’homme dans le domaine de la voile. En discutant avec des groupes, la grande majorité des acheteurs de bateau sont des hommes, ce qui pourrait expliquer ce manque de représentation dans les magazines.”
Et les hommes dans tout ça ?
« J’ai de plus en plus d'hommes qui viennent chercher une approche plus personnalisée et humaniste telle qu'on l'inculque chez les Marinettes. Je propose de plus en plus quelque-chose qui va au-delà de la technique. C'est également un moyen de passer au-dessus de traumatismes, de la peur ou de l’appréhension. Nous travaillons sur le mental et la possibilité de retrouver du plaisir dans la voile. »
Pour terminer, Julie Mira nous confie l'importance du partage sur un bateau :
"En bateau, on apprend toujours, moi la première, même si je navigue depuis toujours et que je suis professionnelle. C’est ce qui est magique en bateau, c’est que l’on peut toujours apprendre : on peut faire de la plomberie, de la cuisine, de la météo dans la même journée ! On a toujours des choses à apprendre, il y a un transfert de connaissances qui est important et nécessaire."
Si vous souhaitez un avant-goût de ce que les Marinettes a à vous partager, n'hésitez pas à parcourir notre sélection de livres à offrir dans laquelle figure son guide pratique pour les voileuses !