
Lorsqu’il neige sur les terres, les flocons rencontrent l’eau et fondent immédiatement. Mais sous l’océan, un phénomène étonnant se produit : la formation de « neige marine », essentielle aux écosystèmes marins et à la régulation du climat.
Qu’est-ce que la neige marine ?
La neige marine n’est pas composée de cristaux de glace, mais de minuscules particules organiques et minérales. Il s’agit principalement de résidus de phytoplancton, de zooplancton, de mucus biologique et de déchets organiques. Ces éléments s’agglutinent en flocons qui, d’un diamètre de quelques microns à quelques millimètres, tombent lentement dans les profondeurs marines, évoquant une véritable chute de neige sous l’eau.Ces flocons sont souvent enrichis par des particules minérales qui agissent comme un « lest », accélérant leur descente vers le fond marin. Une fois déposés, ils forment des sédiments riches en carbone, essentiels au cycle biogéochimique des océans.
Un pilier des écosystèmes des abysses
Cette descente constitue une ressource précieuse pour les organismes des grandes profondeurs. En se décomposant, la neige marine libère des nutriments essentiels (comme l’azote et le phosphore) qui alimentent les écosystèmes à différentes strates de l’océan. Les bactéries et animaux des abysses consomment cette matière organique, jouant un rôle clé dans le cycle des nutriments.
Un rôle majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique
La neige marine agit aussi comme un mécanisme naturel de capture du dioxyde de carbone (CO2). Le phytoplancton, par photosynthèse, absorbe le CO2 atmosphérique pour croître. Une partie de cette biomasse, une fois morte, est entraînée vers le fond sous forme de neige marine. Là, le carbone reste piégé dans les sédiments pendant des milliers à des millions d’années. Ce processus, connu sous le nom de « pompe biologique », transporte le carbone des eaux de surface vers les grandes profondeurs. Il permettrait de stocker environ 15 gigatonnes de CO2 par an, contribuant à limiter les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre.
Malgré son importance, la neige marine ne compense pas l’explosion des émissions humaines de CO2. Les menaces comme l’acidification des océans et la dégradation des écosystèmes marins pourraient limiter son efficacité. De plus, certains projets visant à cultiver artificiellement du phytoplancton pour accélérer la formation de neige marine ont montré des effets écologiques imprévisibles, rendant cette solution risquée.
La neige marine, bien que discrète, joue un rôle fondamental dans le stockage de carbone et le maintien de la vie sous-marine. Elle illustre comment les océans agissent comme des régulateurs climatiques naturels. Renforcer la protection des écosystèmes marins pourrait non seulement améliorer la résilience de cette pompe biologique, mais aussi renforcer notre lutte contre le réchauffement climatique.