
Figaro Nautisme : Comment devient-on directeur général d’une marque aussi emblématique dans l’univers marin, qu’Armor-lux ?
Yannick Le Floch : C’est avant tout une aventure familiale et amicale. Mon père et Michel Gueguen sont des amis d’enfance et se sont rencontrés au Lycée Chateaubriand à Rennes en « prépa ». Ils travaillaient ensemble à Paris pour une grande entreprise bretonne. Tous deux étaient originaires du Finistère et souhaitaient revenir en Bretagne. En 1993, l’opportunité de racheter Armor-lux s’est présentée et ils se sont lancés sans hésiter. Très vite, avec Thomas, le fils de Michel, nous avons commencé à travailler dans l’entreprise, notamment dans le magasin d’usine lors des braderies ou à l’occasion d’événements comme les Fêtes maritimes de Douarnenez.
Après mes études à Paris, je suis rapidement revenu à Quimper pour rejoindre l’entreprise familiale. En 2027, cela fera 20 ans que je travaille chez Armor-lux. J’ai d’abord piloté des projets liés au développement des systèmes d’information, puis l’organisation de grands événements comme les Fêtes maritimes de Brest ou la Route du Rhum, avant de prendre en charge le réseau de distribution, qui compte aujourd’hui environ 100 points de vente en France.
En 2023, après le décès de Michel Gueguen, nous avons fait évoluer la gouvernance du groupe en nommant trois directeurs généraux : Thomas Gueguen, son fils, Philibert Carminati, mon beau-frère, et moi-même, tandis que Jean-Guy Le Floch, mon père, demeure président du groupe.
Figaro Nautisme : Armor-lux est indissociable du monde de la mer. Quelle est l’origine de la marque ?
Yannick Le Floch : Armor-lux a été créée en 1938 par Walter Hubacher et son épouse, des Suisses profondément attachés à la Bretagne et désireux de s’y installer. Ils ont acquis un premier métier à tricoter, installé dans leur maison. Puis, après la Seconde Guerre mondiale, ils ont relancé l’aventure en développant une entreprise de tricotage, de teinture et de confection à Quimper.
Le nom Armor-lux reflète cette double culture bretonne et suisse : « Armor » signifie la mer et « Lux » la lumière. La marque a bâti sa réputation sur la qualité de ses sous-vêtements et de ses vêtements de dessus issus du vestiaire marin breton, comme le caban, le pull, la vareuse, la marinière ou le pantalon à pont.
Figaro Nautisme : Vous proposez des vêtements techniques pour les marins sous la marque Bermudes. Comment développez-vous ces produits et quels progrès techniques peut-on attendre dans les années à venir ?
Yannick Le Floch : Nous avons repris la marque Bermudes en 2000, ce qui nous a permis d’acquérir un savoir-faire spécifique dans la fabrication de vêtements de protection contre le froid, la pluie et le vent. À l’origine, Bermudes concevait surtout des équipements pour la montagne et le ski. Nous avons réorienté cette expertise vers l’univers marin en la rapatriant en Bretagne.
Ces vêtements sont complémentaires de la gamme Armor-lux et s’adressent aussi bien aux navigateurs qu’aux personnes qui fréquentent le littoral. Les tissus et le montage de ces articles sont complexes et les membranes très techniques. Leur évolution s’appuie sur le travail de stylistes spécialisés, sur notre bureau d’études basé à Quimper, et sur les retours de marins que nous soutenons, qui testent les produits en conditions réelles avant leur mise sur le marché, comme Jean Le Cam ou Erwan Tabarly.
Les vêtements marins ont beaucoup progressé ces dernières années et cette dynamique va se poursuivre, notamment avec l’évolution des membranes, qui gagnent en performance, en confort et en durabilité. Bermudes s’adresse aujourd’hui aussi bien aux marins qu’à celles et ceux qui recherchent des vêtements élégants et fonctionnels pour évoluer en bord de mer.
Figaro Nautisme : Où sont produits vos vêtements ?
Yannick Le Floch : Armor-lux est un groupe industriel français spécialisé dans la création, la fabrication et la distribution de vêtements. À Quimper, nous disposons d’un outil de production textile intégré verticalement qui nous permet de maîtriser toutes les étapes de fabrication d’un vêtement en maille, du tricotage à la confection, en passant par la teinture et l’ennoblissement.
Les filières de production varient toutefois selon les typologies de produits. Les vêtements en maille coton, comme les t-shirts, polos ou marinières, sont tricotés et ennoblis à Quimper, puis confectionnés à Quimper ou au Maroc et en Tunisie, en fonction des capacités de production disponibles. Les pièces en chaîne et trame, telles que les chemises, vestes ou pantalons, sont produites dans l’espace Euro-méditerranéen, notamment en France, au Portugal, au Maroc, en Tunisie et en Turquie. Les vêtements techniques, comme les parkas, cirés ou doudounes, sont fabriqués dans des usines spécialisées en Europe et en Asie.
Tous nos partenaires industriels sont sélectionnés selon des critères éthiques et environnementaux stricts et font l’objet d’audits réguliers. Quel que soit le lieu de fabrication, chaque produit est soumis à un contrôle qualité exigeant avant sa mise en rayon. C’est essentiel pour nous !
Figaro Nautisme : Armor-lux en chiffres ?
Yannick Le Floch : L’entreprise a aujourd’hui 88 ans d’existence, puisqu’elle a été créée en 1938. Le groupe réalise un chiffre d’affaires de 120 M€, emploie 600 salariés et dispose de trois usines en France, dont deux à Quimper et une à Troyes.
Notre activité se répartit entre le vêtement grand public, porté par les marques Armor-lux et Bermudes, qui représente 60 % du chiffre d’affaires, et le vêtement professionnel, qui en constitue 40 %. Nous habillons près de 500 000 personnels notamment ceux de La Poste, de la SNCF ou encore de la grande distribution (Carrefour, Leroy Merlin...). Ce segment est appelé à se développer fortement, avec l’objectif clair pour 2026 de répondre à de nombreux appels d’offres publics et privés.
Le groupe s’appuie également sur un réseau de 100 boutiques en propre et en affiliation, 1 000 revendeurs en France et à l’international, notamment en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Angleterre, au Japon, et développe depuis deux ans sa présence aux États-Unis. L’export constitue l’une de nos priorités stratégiques pour 2026.
Figaro Nautisme : Votre dernière navigation et la prochaine ?
Yannick Le Floch : Je navigue régulièrement avec des amis, principalement vers l’archipel des Glénan, tout proche de chez nous. Ma dernière sortie remonte à l’automne dernier, à bord du bateau d’un ami, justement au Glénan.
La prochaine navigation est prévue à l’occasion d’Escale à Sète, du 31 mars au 6 avril, un événement dont nous sommes partenaires pour accompagner les bateaux au départ et à l’arrivée. À l’automne, nous serons également présents à Saint-Malo pour le départ de la Route du Rhum, pour laquelle nous développons la collection officielle. D’ici là, j’espère pouvoir profiter de l’été pour naviguer en Bretagne.
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