Ports français, la révolution verte s’organise à quai

Economie

Longtemps considérés comme de simples lieux d’accueil, les ports de plaisance sont aujourd’hui en première ligne face aux enjeux environnementaux. Gestion des déchets, traitement des eaux, carénage propre, biodiversité, fin de vie des bateaux… Derrière les quais, une transformation profonde est en cours. Discrète mais structurante, elle redéfinit le rôle des marinas en France et modifie durablement les pratiques des plaisanciers.

Longtemps considérés comme de simples lieux d’accueil, les ports de plaisance sont aujourd’hui en première ligne face aux enjeux environnementaux. Gestion des déchets, traitement des eaux, carénage propre, biodiversité, fin de vie des bateaux… Derrière les quais, une transformation profonde est en cours. Discrète mais structurante, elle redéfinit le rôle des marinas en France et modifie durablement les pratiques des plaisanciers.

Les initiatives écoresponsables dans les ports français

La transition écologique de la plaisance ne se joue pas uniquement en mer. Elle commence à quai, se poursuit sur les terre-pleins techniques et s’achève parfois bien après la dernière navigation, lorsque le bateau arrive en fin de vie. En France, les ports de plaisance ont progressivement changé de statut. D’infrastructures d’accueil, ils deviennent des plateformes de gestion environnementale, confrontées à des réalités très concrètes que les plaisanciers connaissent bien.

Chaque escale concentre en effet une série de flux invisibles. Eaux de cale, eaux usées, résidus de carénage, huiles, solvants, batteries, déchets composites. Pendant longtemps, ces flux ont été mal identifiés, mal organisés, parfois ignorés. Aujourd’hui, ils structurent une nouvelle approche portuaire, plus technique, plus rigoureuse, mais aussi plus lisible pour les usagers.

La fin de vie des bateaux, un tournant décisif

Le véritable déclic écologique des ports français est venu d’un sujet longtemps repoussé. Celui de la fin de vie des bateaux de plaisance. Avec plusieurs milliers d’unités arrivant chaque année en bout de course, la question n’était plus théorique. Les ports se retrouvaient en première ligne face aux abandons, aux épaves immobilisées et aux coûts de gestion pour les collectivités.

La mise en place d’une filière nationale de déconstruction a profondément modifié la situation. Elle a permis de structurer des centres agréés, d’organiser la collecte et surtout de donner un cadre clair aux gestionnaires portuaires comme aux plaisanciers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plusieurs milliers de bateaux ont déjà été déconstruits, avec des taux de valorisation élevés, notamment sur les métaux et certains composites. Pour les ports, c’est un soulagement opérationnel, mais aussi un levier environnemental majeur.

Ce changement a également une portée culturelle. Il rappelle que la plaisance ne se limite pas à l’usage du bateau, mais engage une responsabilité sur l’ensemble de son cycle de vie. Une réalité que les ports doivent désormais intégrer dans leur fonctionnement quotidien.

Ports propres, quand l’écologie devient une organisation

Dans cette dynamique, la montée en puissance des démarches de type “Ports Propres” a joué un rôle central. Loin d’un simple affichage, ces certifications imposent une logique systémique. Identifier les sources de pollution, équiper les infrastructures, former les équipes, informer les plaisanciers, tracer les flux et contrôler les pratiques.

Concrètement, cela se traduit par des points de collecte dédiés aux déchets dangereux, par des circuits clairs pour les huiles et les filtres, par des dispositifs de récupération des eaux polluées et par une signalétique pensée pour éviter toute ambiguïté. Pour le plaisancier, la différence est immédiate. Les bons gestes deviennent simples parce qu’ils sont évidents. Déposer un bidon usagé ou un filtre ne relève plus de l’improvisation.

Sur le littoral méditerranéen, plusieurs marinas ont engagé cette transformation avec des résultats visibles. À Saint-Raphaël, le Vieux Port s’inscrit pleinement dans cette logique, avec une reconnaissance européenne qui reflète un travail de fond sur la gestion environnementale. Ce type d’exemple illustre une évolution de fond. Les ports ne se contentent plus d’inciter, ils organisent.

La zone technique, cœur environnemental du port

S’il fallait désigner un lieu stratégique dans un port de plaisance, ce serait sans hésiter la zone technique. C’est là que se concentrent les risques de pollution les plus significatifs, notamment lors des opérations de carénage. Résidus de peinture, eaux chargées, nettoyages haute pression. Autant de pratiques qui, mal encadrées, ont un impact direct sur le milieu marin.

Les ports engagés dans une démarche écoresponsable investissent massivement dans des aires de carénage équipées de systèmes de récupération et de traitement. Ces installations permettent de capter les polluants à la source et d’éviter qu’ils ne rejoignent le plan d’eau. Elles imposent aussi un cadre plus strict aux professionnels comme aux plaisanciers, en transformant des habitudes parfois anciennes.

Cette évolution est souvent bien acceptée, car elle s’accompagne d’une meilleure lisibilité des règles et d’une professionnalisation des pratiques. La zone technique devient ainsi un espace maîtrisé, où l’impact environnemental est réduit sans bloquer l’activité.

Biodiversité et qualité de l’eau, un enjeu de crédibilité

Au-delà des déchets et des équipements, de plus en plus de ports intègrent la question de la biodiversité dans leur stratégie. Suivi de la qualité de l’eau, protection de certaines zones sensibles, installation de dispositifs favorisant la vie marine. Ces actions ne sont pas toujours spectaculaires, mais elles participent à une prise de conscience collective.

Elles renforcent aussi la crédibilité du discours écologique des ports. Pour des plaisanciers de plus en plus informés et exigeants, la cohérence entre les engagements affichés et les pratiques observées sur le terrain est devenue essentielle. Un port qui gère sérieusement ses flux et surveille son impact inspire naturellement davantage de confiance.

Des plaisanciers acteurs, à condition que le système soit clair

Contrairement à une idée reçue, la majorité des plaisanciers ne sont pas réticents aux démarches environnementales. Ils demandent surtout de la simplicité et de la cohérence. Lorsque les équipements sont accessibles, les consignes compréhensibles et les filières bien identifiées, les comportements suivent.

Plusieurs gestionnaires de ports observent d’ailleurs une hausse significative des volumes de déchets collectés depuis la mise en place de dispositifs structurés. Non pas parce que les plaisanciers polluent davantage, mais parce qu’ils disposent enfin de solutions adaptées. L’écologie portuaire devient alors une affaire de parcours utilisateur, au même titre que l’accueil ou la sécurité.

Vers une plaisance plus compatible avec son environnement

Ce qui se dessine aujourd’hui dans les ports français dépasse largement la question de l’image. La marina écoresponsable de demain est un maillon clé de la transition de la plaisance. Elle anticipe la fin de vie des bateaux, organise les flux, encadre les pratiques techniques et intègre progressivement les enjeux de biodiversité.

Pour les navigateurs, cette évolution change le regard porté sur l’escale. Une marina engagée n’est pas seulement un lieu plus vertueux, c’est aussi un espace plus fonctionnel, plus lisible et souvent plus agréable à vivre. À terme, cette transformation pourrait bien devenir un critère de choix aussi important que l’abri ou les services proposés.

La transition écologique de la plaisance ne se fera pas sans les ports. Elle commence précisément là où chaque navigation fait une pause. Sur le quai, là où tout devient visible.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.